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Je vais aujourd’hui vous présenter un texte célèbre de Baruch Spinoza, qui est tiré de ses Correspondances, Lettre 58 qu’il a adressé à Schuller.

Publié le 21/02/2016

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Je vais aujourd’hui vous présenter un texte célèbre de Baruch Spinoza, qui est tiré de ses Correspondances, Lettre 58 qu’il a adressé à Schuller. Juste avant de plonger dans ce texte, je dois vous faire quelques remarques méthodologiques. Lorsque nous étudions un texte, nous faisons déjà de la philosophie. Le simple fait d’en lire et de formuler des remarques sur les mots de l’auteur, c’est déjà pratiquer la philosophie. Ne croyez pas qu’il est requis de connaitre tous les auteurs « par cœur » pour faire de la philosophie. C’est une idée injustifiée car au cours de l’année de Terminale vous rencontrez tellement d’auteurs que cette démarche est absurde. Par contre, le fait d’en comprendre le sens, d’analyser les choix intellectuels, ces choses-là doivent être patiemment notées dans un cahier. Car il n’y a rien de plus précieux que d’avoir compris un texte de philosophie. Par conséquent, je ne vais pas vous apprendre la liberté selon Spinoza, ce serait bien trop compliqué et long à faire, mais nous allons voir, comment à partir de ce texte, la notion de liberté comme nous la concevons habituellement est remise en question. Comment ce texte à lui seul change notre rapport à la liberté individuelle, que nous croyons tant connaître. Pour finir avec ces remarques, ne vous précipitez pas sur des formules toutes faites prises dans un anna bac, elles sont justes, mais ne pas en comprendre le sens les rend inutiles, et peut être même dangereuses. Ainsi pour être sur d’avoir compris : il faut lire un texte et non apprendre bêtement. A présent le texte de Spinoza. Spinoza est un philosophe du 17ème siècle qui a profondément bouleversé la pensée philosophique. Aujourd’hui encore il est lu et relu pour la bonne et simple raison que ses démonstrations sont encore pertinentes. Attaquons donc la première partie du texte qui est certainement la plus difficile : «  une pierre par exemple reçoit d’une cause extérieure qui la pousse, une certaine quantité de mouvement et, l’impulsion de la cause extérieure venant à cesser, elle continuera à se mouvoir nécessairement. Cette persistance de la pierre dans le mouvement est une contrainte, non parce qu’elle est nécessaire, mais parce qu’elle doit être définie par l’impulsion d’une cause ext&eacu...
spinoza

« pierre roule encore.

Bien entendu, la pierre roule à cause de l’effet de la poussée et donc roulera jusqu’à ce que cette force s’épuise dans le roulement de la pierre.

Pourtant quand nous observons la pierre, personne ne se dit que cette pierre s’est déplacée toute seule ! qu’elle a décidé de rouler par elle-même ! Nous savons évidemment qu’elle a du recevoir une force (le vent, un choc) pour se déplacer et nous serions fous si nous pensions que la pierre était capable de bouger par elle-même. Ce que nous venons de dire notons clairement avec des concepts philosophiques : la pierre n’est pas libre , elle se déplace selon des lois naturelles (que nous nommons la Physique), et non selon sa propre volonté .

Nous le savons parce que nous connaissons ces lois naturelles qui régissent les objets physiques .

Ainsi le mouvement de la pièce est déterminé et nécessaire , aucune pierre pourra se déplacer en dehors de ces lois physiques. Maintenant, nous allons voir que pour Spinoza, qu’entre une pierre et un homme il y a bien peu de différence, mise à part une chose : sa conscience. Concevez maintenant, si vous voulez bien, que la pierre, tandis qu’elle continue de se mouvoir, pense et sache qu’elle fait effort, autant qu’elle peut, pour se mouvoir.

Cette pierre assurément, puisqu’elle a conscience de son effort seulement et qu’elle n’est en aucune façon indifférente, croira qu’elle est très libre et qu’elle ne persévère dans son mouvement que parce qu’elle le veut. Spinoza nous demande de faire une petite expérience, aussi folle soit-elle, il nous demande d’imaginer que si cette pierre avait une conscience, n’aurait-elle pas l’impression de se déplacer par elle-même, par sa propre volonté.

En effet, comme la pierre ne sait pas pourquoi elle bouge, mais qu’elle se voit bouger.

Alors elle se dit, « ce doit être moi qui veut que je bouge, puisque je bouge ».

Il faudrait aller voir cette pierre et lui dire qu’elle ne bouge qu’à cause d’une loi physique et que sa volonté n’y est pour rien.

Mais voilà, la pierre ne connait pas les causes qui la déterminent et se trompe le plus naturellement du monde.

J’espère que nous comprenons bien Spinoza : La pierre croit bouger selon sa propre volonté à cause de sa conscience .

Mais elle se trompe car sa conscience ne lui permet pas de bouger davantage, elle n’est donc pas libre, c’est une illusion produite par sa conscience et son ignorance des lois naturelles qui la déterminent . L’anecdote est amusante car impossible, aucune pierre n’a de conscience.

Mais comme l’a rappelé Spinoza, ce qui est vrai pour la pierre l’est de toute façon pour tout être y compris les hommes : Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent.

Un enfant croit librement appéter le lait, un jeune garçon irrité vouloir se venger et, s’il est poltron, vouloir fuir.

Un ivrogne croit dire par un libre décret de son âme ce qu’ensuite, revenu à la sobriété, il aurait voulu taire.

De même un délirant, un bavard, et bien d’autres de même farine, croient agir par un libre décret de l’âme et non se laisser contraindre.

Ce préjugé étant naturel, congénital parmi tous les hommes, ils ne s’en libèrent pas aisément.. »

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