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Ce qui est naturel a-t-il nécessairement une valeur?

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Mais nombre de phénomènes naturels ne sauraient représenter, d'un point de vue intéressé ou non, une valeur pour nous. Or l'adverbe « nécessairement », dans le libellé du sujet, nous oriente vers la recherche d'une relation universelle, systématique et qui ne souffre pas d'exceptions.Il faut donc, pour chercher cette relation, sortir la notion de valeur du domaine du quantifiable : si la valeur se définit comme l'importance d'un sens, alors on peut trouver une valeur à la nature, et même ériger un modèle naturel pour « vivre selon la nature ». b) Ainsi Calliclès veut-il, dans le Gorgias de Platon, s'en tenir à ce qui est « juste selon la nature », c'est-à-dire au pur règne de la force et du surhomme, qui s'adonne tout entier à sa passion de jouir toujours plus. Mais ce modèle naturel doit être suspecté, car rien ne dit que l'idée d'avoir toujours plus (la pléonexia grecque) soit quelque chose de naturel. De même, quoique dans un tout autre genre, on retrouve de nos jours l'idée de vivre selon la nature, dans l'écologie, la macrobiotique ou l'alimentation végétarienne : ces comportements prennent toute leur valeur aux yeux de leurs adeptes dans la mesure où ils se prévalent du label de la nature, même si la nature en question incarne fortement un pur fantasme culturel. Le mouvement issu des années soixante a voulu « désinhiber » notre rapport à la nature : c'est là non pas supprimer la culture, mais en changer. L'exemple du naturisme, qui veut proclamer sa valeur naturelle en formant son vocable à partir du mot « nature », est révélateur : en effet la nudité n'est en rien rapport à la nature, elle est une attitude culturelle qui ne peut concerner que l'homme : les autres animaux ne sont, eux, ni nus, ni habillés.c) La notion de nature n'a alors de valeur que dans la mesure où on projette sur elle, où on lui fait incarner de force, un certain nombre d'options culturelles. Ainsi traitée, l'idée de nature devient une idiosyncrasie, c'est-à-dire un composé porteur de toutes sortes de valeurs, mais qui n'a plus rien de naturel au sens propre du mot.

« incarne fortement un pur fantasme culturel. Le mouvement issu des années soixante a voulu « désinhiber » notrerapport à la nature : c'est là non pas supprimer la culture, mais en changer. L'exemple du naturisme, qui veutproclamer sa valeur naturelle en formant son vocable à partir du mot « nature », est révélateur : en effet la nuditén'est en rien rapport à la nature, elle est une attitude culturelle qui ne peut concerner que l'homme : les autresanimaux ne sont, eux, ni nus, ni habillés.c) La notion de nature n'a alors de valeur que dans la mesure où on projette sur elle, où on lui fait incarner de force,un certain nombre d'options culturelles. Ainsi traitée, l'idée de nature devient une idiosyncrasie, c'est-à-dire uncomposé porteur de toutes sortes de valeurs, mais qui n'a plus rien de naturel au sens propre du mot. Dans Par-delàbien et mal, Nietzsche fait un sort à ce type d'idiosyncrasie : « Vous voulez vivre "en accord avec la nature" ? Onobles stoïciens, comme vous vous payez de mots ! [...] Votre orgueil entend régenter jusqu'à la nature et luiinculquer votre morale et votre idéal » (§9). La dénonciation est claire : l'emploi du mot « nature », la référence à lanature sont ici des impostures qui ne cachent qu'un orgueil déplacé : la valeur de la nature ne vient alors que denous, qui ressentons le besoin d'invoquer le label naturel comme un justificatif. II — La valeur opératoire de l'idée de nature a) La notion de nature, vidée de son sens, prend alors une valeur opératoire : elle devient un instrument, unenorme, quitte à être vide et introuvable. Dans l'entreprise de Rousseau, par exemple, l'idée d'une nature favorable etsatisfaisant tous les besoins n'est guère cohérente d'un point de vue scientifique : mais précisément, ce n'est pas làsa vocation ni son rôle. L'état de nature chez Rousseau est une hypothèse méthodologique qui permet de penser unétat social que Rousseau veut pouvoir critiquer. La valeur de l'idée de nature est alors opératoire et normative. Plus largement, l'appel à la notion de nature est souvent révélateur de larecherche d'une caution, et l'emploi courant de l'adjectif « naturel » en estl'illustration : quand nous disons d'une chose qu'elle s'est passée de façonnaturelle, nous voulons souligner sa transparence, son caractère acceptable ;quand nous invoquons notre « nature » ou notre « pente naturelle », nousdésignons la nature comme une cause implacable et donc comme une excuse: l'idée de nature fonctionne alors comme un secours ou une justification, cequi la transforme en une culture qui ne veut pas dire son nom et qui nes'engage pas.b) On peut aller ici jusqu'à retourner l'énoncé, pour répondre que c'estprécisément ce qui a une valeur pour nous que nous avons tendance àappeler « naturel », comme pour nous excuser de décerner des valeurs etd'être intéressé : la nature ainsi comprise est le paravent de la culture, ellen'a de valeur que comme construction culturelle. Ainsi la phrase « c'est toutnaturel », que je peux rétorquer à celui qui me remercie de lui avoir tenu laporte, signifie-t-elle en réalité : « c'est tout culturel ». On peut alors parlerd'un fétichisme de la notion de nature ; peut se définir en effet commeattitude fétichiste toute attitude qui consiste à conférer une valeur à unechose, à incarner cette valeur dans cette chose. Donner cette valeuropératoire à la nature, construire cette idée de la nature comme fonds dejustification universelle relève donc bien d'un fétichisme, qui consiste peut-être à confondre la notion de nature avec celle de vie : « Et à supposer quevotre maxime "vivre en accord avec la nature" signifie au fond "vivre en accord avec la vie", comment pourrait-il enêtre autrement ? » (Nietzsche, Par-delà bien et mal). Conclusion Seul ce qui est culturel peut avoir une valeur : la nature ne prend donc de valeur qu'en tant que constructionculturelle. SUPPLEMENT: Le discours de Calliclès. "Certes, ce sont les faibles, la masse des gens, qui établissent les lois, j'en suis sûr. C'est donc en fonction d'eux-mêmes et de leur intérêt personnel que les faibles font les lois, qu'ils attribuent des louanges, qu'ils répartissent desblâmes. Ils veulent faire peur aux hommes plus forts qu'eux et qui peuvent leur être supérieurs. C'est pour empêcherque ces hommes ne leur soient supérieurs qu'ils disent qu'il est vilain, qu'il est injuste, d'avoir plus que les autres etque l'injustice consiste justement à vouloir avoir plus. Car, ce qui plaît aux faibles, c'est d'avoir l'air d'être égaux àde tels hommes, alors qu'ils leur sont inférieurs. Et quand on dit qu'il est injuste, qu'il est vilain, de vouloir avoir plus que la plupart des gens, on s'exprime en seréférant à la loi. Or, au contraire, il est évident, selon moi, que la justice consiste en ce que le meilleur ait plus quele moins bon et le plus fort plus que le moins fort. Partout il en est ainsi, c'est ce que la nature enseigne, cheztoutes les espèces animales, chez toutes les races humaines et dans toutes les cités ! Si le plus fort domine le moins fort et s'il est supérieur à lui, c'est là le signe que c'est juste. De quelle justice Xerxès s'est-il servi lorsque avec son armée il attaqua la Grèce (1), ou son père quand il fit la »

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