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Commentaire d’un texte de Spinoza, Ethique, I, proposition XVII, scolie

Publié le 07/04/2013

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spinoza

 

Le passage que nous allons étudier est le scolie de la proposition XVII de la première partie de l’Ethique, de Spinoza. Cet ouvrage fut publié à sa mort, et censuré un an plus tard, en raison notamment du caractère choquant et révolutionnaire de sa conception de Dieu. L’auteur, tout au long de son œuvre, a voulu apporter une solution aux problèmes laissés par Descartes, comme celui de la dualité de l’âme et du corps ou le concept de Dieu comme causa sui. C’est cette dernière difficulté que Spinoza entend traiter dans la première des cinq parties de l’Ethique. Cette partie s’intitule « De Dieu « et Spinoza y expose de manière méthodique ses thèses sur la nature de Dieu. Ainsi, l’extrait que nous avons à étudier est un « scolie «. Un scolie est une remarque à propos d’une proposition ou d’un théorème énoncé précédemment. Celui que nous allons étudier est donc une « remarque « à propos du fait que « Dieu agit par les seules lois de sa nature et sans subir aucune contrainte « (Proposition XVII). Ce scolie est précédé d’une démonstration et de deux corollaires. Il est donc pleinement intégré dans la méthode géométrique de l’auteur. Notons que l’extrait qui nous est proposé ne constitue en réalité qu’un tiers du scolie lui-même.

Dans ce passage, Spinoza fait état d’une erreur que l’on retrouve chez Descartes et beaucoup d’autres, à propos de l’interprétation de Dieu comme « cause libre «. 

spinoza

« Dans cette première partie (lignes 1 à 5 : « …ce qui est absurde »), Spinoza nous montre pourquoi il est absurde et contradictoire de comprendre par « Dieu est cause libre » que Dieu est cause efficiente. Dieu est cause libre parce que son existence enveloppe son essence (il appartient à la nature même de Dieu d’exister). Mais certains, comme Descartes, entendent par « Dieu est cause libre » que Dieu est volonté, transcendance, qu’il peut agir sur les choses et qu’il les a créées. D’emblée, sans même avoir eu connaissance du point de vue de Spinoza sur l’existence de Dieu, nous pouvons voir qu’il n’est pas d’accord avec l’idée dont il parle. En effet, il dit « d’autres pensent que », « pensent -ils »…autrement dit, ils pensent, ils croient cela mais ils se trompent, eux. De plus, puisque nous avons connaissance de la première partie de l’Ethique de Spinoza, nous savons que celle-ci est accordée à Dieu. L’auteur commence là où Descartes s’ était en quelque sorte arrêté (dans la cinquième des Méditations m étaphysiques). En effet, la causa sui cartésienne posait un problème que Descartes lui -même ne parvenait à résoudre, ce qui lui fit dire que si nous n’arrivions qu’à concevoir la nature de Dieu mais pas à la comprendre, c’est parce que notre entendement ét ait trop limité. Spinoza, lui, en maintenant l’idée que l’homme est un être fini et Dieu une substance infinie, a réussi à « démontrer » l’existence de Dieu, sans aboutir à une contradiction. Par « ce que nous avons dit suivre de sa nature », l’auteur nous renvoi aux propositions précédentes , notamment la proposition VII, où il nous dit « il appartient à la nature d’une substance d’exister » et à la proposition XI, où il dit que Dieu est une substance constituée par « une infinité d’attributs » . Or puisque Dieu est une substance, ce qui suit de sa nature est son existence. Dieu a le pouvoir, la puissance d’exister et cela est possible car Dieu est parfait. Dieu a en lui une infinité d’attributs. Ceux qui disent que Dieu peut aller contre son essence nient l’existence de Dieu. Ce n’est pas parce que Dieu a en lui des choses qu’il en contrôle l’existence. En effet, si Dieu pouvait agir sur les choses, il faudrait que celles -ci existent en dehors de lui, or « rien ne peut être ni être conçu sans Dieu » (démonstration de la proposition 17). Le Dieu de Spinoza n’a pas créé les choses, il les a en lui. Ainsi, Dieu n’est pas cause efficiente de toutes choses, mais cause immanente (Dieu n’est pas « séparable » de ce sur quoi il agit). En l’occurrence, il s’agit de l’e xemple paradigmatique du triangle, déjà util isé par Descartes dans la cinquième des méditations. Le triangle existe en Dieu, mais Dieu ne peut agir en rien sur le triangle. Dieu n’est pas transcendant aux déterminismes naturels ou mathématiques. Le triangl e n’est pas cause de soi, car contrairement à Dieu, l’essence du triangle n’enveloppe pas son existence, mais seulement ses propriétés (avoir trois angles égaux à deux droits). Rien, pas même Dieu, ne peut aller contre les propriétés logiques du triangle, or une chose existe à partir du moment où rien ne l’empêche. Il serait absurde que Dieu lutte contre l’évidence. Donc Dieu n’a aucun agissement sur le triangle si ce n’est qu’il lui permet d’exister (ce passage du texte repose sur un argument par l’absurde). Dieu ne peut aller contre la logique déterministe. Les choses déterminées par des lois de cause à effet sont finies, comme le triangle. Or Dieu est substance infinie, donc il ne peut agir sur les choses finies. Il parait absurde de dire qu’un triangle n ’implique pas d’avoir trois angles égaux à deux droits. Par ailleurs, le triangle est un mode d’existence fini de la substance infinie qu’est Dieu. Or si l’on enlève les attributs du triangle au triangle, on lui retire son caractère infini et absolu, et le triangle n’est alors plus un mode d’existence de la substance qu’est Dieu. Or Dieu est censé envelopper l’existence de toutes choses, et si Dieu lui - même fait « sortir » le triangle de la substance, alors il nie sa propre existence, car si le triangle ex iste en dehors de la substance divine, c’est que tout n’existe pas en cette substance divine et donc cela remet en cause l’existence de Dieu. Autrement dit, Dieu ne peut pas choisir de ne pas produire ce qu’il est censé produire (pas au sens d’efficience, mais d’immanence). Dire que Dieu peut contrôler sa nature, aller contre elle, c’est nier l’existence de Dieu. Tout ce qui existe, y compris le triangle, existe nécessairement en Dieu. Il n’est pas créateur car il n’est pas transcendant, et s’il avait un p ouvoir de création des choses, Dieu serait imparfait. Dieu n’a pas besoin de vouloir que les choses existe nt, puisque si Dieu existe, les choses existe nt en lui nécessairement, sans qu’aucun acte de sa part ne soit requis. Dieu ne fait que permettre aux ch oses d’exister, de persévérer dans leur être. »

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