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Commentez cette phrase de M. Edouard Le Roy : « En vain la science multiplie ses enquêtes : elle reste impuissante à juger elle-même de ce qu'elle-même représente et vaut dans la vie totale de l'esprit. »

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esprit

Sujet difficile, comme la plupart des sujets de logique, parce qu'il y faut à la fois des connaissances précises et un esprit critique averti. Le texte proposé nous parle de la science, pour dire que, si capable qu'elle soit de faire avancer les connaissances humaines, lorsqu'il s'agit de se connaître elle-même, elle est impuissante. Pratiquement — car la science est une abstraction, ce qui existe ce sont les savants, — ce que l'auteur veut dire, c'est qu'avec une formation scientifique même très poussée, mais qui ne serait que scientifique, il est impossible de prendre une conscience très nette de ce qu'est la science, de son rôle et de sa valeur.

« Cette utilisation pratique n'est évidemment pas la seule satisfaction que la science apporte à l'homme : il y en a uneautre plus profonde, plus intérieure, c'est la parfaite cohérence de ses idées, jugements et raisonnements,cohérence qui vient de ce qu'elle est le plus possible conforme aux lois de l'esprit; en un mot, c'est sa rationalité.Voilà pourquoi la science la plus scientifique, celle qui donne la jouissance intellectuelle la plus complète, par saprécision et son unité, c'est la science mathématique; et les autres ne sont scientifiques que dans la mesure oùelles se rapprochent des mathématiques. Mais s'il en est ainsi, ce n'est pas tant parce que la science sait découvrir une rationalité qui est dans les choses :c'est elle qui imprime cette rationalité à la vision qu'elle en a. Si les mathématiques sont à la fois les plus rationnelleset les plus abstraites des sciences, cela s'explique très facilement : elles possèdent le premier caractère parcequ'elles commencent par réaliser le second. La conséquence en est que la science ne connaît vraiment bien que cequi dans la réalité est rationnel ou dans la mesure où cela est rationnel. Il n'est pas inutile de noter en passant qu'une telle rationalité suppose un postulat, à savoir la confiance dans lesméthodes et les principes rationnels, confiance d'autant plus forte qu'elle s'accompagne de clarté et de certitude. Ilfaudra en souligner plus tard les conséquences. 3. La science réduit tout à l'état d'objet. La conséquence de ces deux caractères est que la science nous présente ce qu'elle connaît comme des objets,c'est-à-dire comme placé devant nous et extérieurement à nous. Or ces objets, en tant que tels, ont une structurefaite d'éléments juxtaposés, sont distincts de tous les autres et par là peuvent être définis, mais n'ont aucuneintériorité. Cela est facile à constater pour les sciences expérimentales, mais on le constate aussi à propos des sciencesnaturelles, qui pourtant s'occupent des êtres vivants, puisqu'elles tendent à réduire cette vie, pour mieux lacomprendre, à un ensemble de phénomènes physiques et chimiques, définis chacun en eux-mêmes, et déterminésles uns par les autres. Aussi bien la vie échappe-t-elle irréductiblement à la science, simplement parce qu'elle est lavie, c'est-à-dire un mouvement interne procédant d'une force immanente. Nous arrivons ainsi tout naturellement à la question posée : la science est chose vivante et cela va nous expliquerpourquoi par suite de sa méthode elle échappe à sa propre compétence. II Comment la science échappe à la science. Il suffit maintenant de reprendre chacun des points étudiés dans la première partie pour montrer comment lascience, par ses procédés d'investigation, peut connaître sans doute les méthodes qu'elle emploie, mais ne peutarriver à se saisir dans sa structure profonde. 1. Elle ne peut voir en elle que son utilité, non sa nature. Nous avons dit que la connaissance scientifique est utilitaire et que, même si ce n'est pas là son caractère principal,ce trait lui est essentiel. Par suite, lorsqu'on étudie ses méthodes et ses procédés, on cherche à quoi ils servent,mais on ne trouve pas autre chose. Alors ou bien on dira qu'elle n'a pas d'autre fonction, ce qui équivaut à limiterson action dans la vie morale à un simple utilitarisme; et, dans ce cas, elle pourrait «juger elle-même de ce qu'ellereprésente et vaut dans la vie totale de l'esprit », mais au prix d'une mutilation ou plutôt d'une limitation qu'elleserait la première à refuser. Ou bien, si elle a une autre fonction ou un autre rôle, comme son procédé consiste àvoir les choses d'après leur utilisation générale, elle se trouve en difficulté pour saisir en elle cette autre fonction. On peut dire encore, en se plaçant à un autre point de vue, qu'il y a là une application de ce fait général que laconscience que nous prenons d'un acte quelconque modifie toujours la nature de cet acte : s'observer quand on esten colère, c'est ne plus y être. De même étudier la science scientifiquement pour savoir ce qu'elle est, c'est-à-direprendre conscience des procédés que l'on emploie quand on fait de la science, c'est faire abstraction des procédésd'analyse, de raisonnement, etc., pour y substituer une réflexion intérieure, qui en est toute différente. La sciencede la science n'est pas, au sens strict du mot, une science : elle est conscience, et c'est tout autre chose. 2. La science déborde la rationalité. Ce trait va se montrer mieux encore par une autre considération. Nous avons vu que la science postule la rationalité comme étant sa méthode essentielle et qu'elle n'est scientifiqueque dans la mesure où elle trouve cette rationalité dans ce qu'elle étudie. Nous sommes alors dans la mêmesituation que ci-dessus : ou bien ce postulat reste indiscuté, et alors la science peut arriver à se définir elle-mêmecomme une rationalité pure, mais ce n'est qu'au prix d'un postulat, ce qui est peu scientifique. Ou bien l'on reconnaîtqu'il y a en elle autre chose que de la rationalité, parce qu'elle est chose vivante, et alors la méthode scientifiqueapparaît comme impuissante à se définir. De toutes façons la science ne peut se connaître elle-même que par un »

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