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Connaître, est-ce seulement accumuler des connaissances ?

Publié le 28/09/2005

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  Connaître, c’est le processus qui amène à acquérir une connaissance, c’est-à-dire une croyance vraie, adéquate à la réalité, ou l’état dans lequel on se trouve lorsque ce processus s’est accompli, comme lorsqu’on dit que l’on connaît une langue après son apprentissage. De sorte que si l’on se penche sur un domaine de la réalité (l’histoire, la nature, l’esprit humain, etc.) plus on engrange de connaissances à son sujet, plus on le connaît. On peut dire qu’un historien de la Révolution française connaît mieux cette période que moi parce qu’il a plus de connaissances en ce domaine : il sait par exemple où, quand et pourquoi a eu lieu la proclamation de la République, alors que je suis à peine capable d’en donner la date. On peut donc dire qu’il connaît mieux la Révolution que moi parce qu’il a accumulé plus de connaissances, c’est-à-dire possède quantitativement plus de connaissances que moi.

  Mais rien ne prouve que l’accumulation soit la seule manière d’engranger des connaissances, c’est-à-dire de connaître. On peut bien connaître tous les axiomes et théorèmes de la géométrie, si l’on est incapable de dire comment ils s’enchaînent et se déduisent les uns des autres, on connaît moins bien la géométrie que celui qui est capable de faire ces démonstrations bien qu’on ait la même quantité de connaissances. De même, si un historien connaît peu de dates et de faits mais sait comment ces faits se sont produits les uns les autres, il connaît mieux une période que celui qui connaîtra un grand nombre d’événements sans savoir leur cause. Cela tient à ce que la connaissance d’une chose semble exiger que l’on connaisse la cause ou le principe de cette chose, c’est-à-dire ce qui explique qu’elle existe et qu’elle est telle qu’elle est. Pour déterminer la cause d’une réalité, il faut non seulement accumuler des connaissances à son sujet mais aussi réorganiser ces connaissances pour désigner lesquelles sont fondamentales et principielles. Mais alors, il semble qu’il faille avant tout aussi accumuler une grande somme d’informations sur cette réalité. Cette accumulation est-elle vraiment nécessaire ? Représente-t-elle la fin du processus de connaissance ou uniquement un de ses moyens ?

  Le problème qui se pose est donc un problème de la philosophie de la connaissance : quelle est la nature du processus de connaissance ? Un processus cumulatif, c’est-à-dire progressif et continu, qui fait augmenter quantitativement la somme de nos connaissances, ou un processus discontinu qui réorganise et transforme nos connaissances déjà acquises et leurs relations ?

« talent ne se soient trouvés souvent en désaccord. » Que préconise-t-il alors ? Comme Platon, il restreint le termede connaissance aux seules vérités que l'on peut atteindre par son propre raisonnement, et édicte comme règle dene se préoccuper que des domaines où l'esprit humain peut atteindre une connaissance des choses certaines sansautre aide que lui-même.B./ Ainsi, l'érudition, qui est un mode d'accumulation de connaissances, se trouve disqualifiée d'emblée : « nousvoyons très souvent ceux qui ne se sont jamais souciés d'étudier porter des jugements bien plus solides et plusclairs sur ce qui se présente à eux que ceux qui ont passé tout leur temps dans les écoles. » dit la règle IV. Larecherche désordonnée de la vérité est nuisible à sa découverte et à sa reconnaissance. « Il vaut bien mieux nejamais songer à chercher la vérité sur quelque objet que ce soit, que le faire sans méthode. » C'est uniquement laméthode, c'est-à-dire une forme de raisonnement réglée et applicable à de nombreux problèmes particuliers, quipeut permettre de formuler des connaissances. Ainsi, on peut dire qu'avec Descartes on va plus loin qu'avec Platon,puisque la vraie connaissance n'est plus l'opinion vraie justifiée mais la technique d'acquisition des connaissances.Connaître, c'est avant tout apprendre à connaître : ce n'est pas l'acquisition cumulative d'informations sur la réalitémais le savoir de la méthode pour connaître par soi-même et juger correctement.C./ Néanmoins, dans le Discours de la méthode , qui montre comment a émergé pour Descartes cette méthode, ses règles et ses applications possibles, Descartes donne un rôle à l'accumulation de connaissances par le biais del'expérience. Il explique en effet dans la première partie de cet ouvrage qu'avant de se décider sur les problèmesthéoriques et pratiques qu'il avait découverts durant son enseignement, il préféra suspendre son jugement et« étudier dans le livre du monde. » A l'érudition, Descartes substitue l'expérience, au sens d'accumulation empiriquesde connaissances, comme lorsqu'on parle de l'expérience d'un chef d'Etat ou d'un artisan. Ces connaissances sontbien découvertes par celui qui les apprend, à la différence de l'érudition. Mais comme elles sont acquisesempiriquement, sans ordre ni raisonnement, elles ont avant tout un effet critique : « j'apprenais à ne rien croire tropfermement de ce qui ne m'avait été persuadé que l'exemple et par la coutume, et ainsi je me délivrais peu à peu debeaucoup d'erreurs. » Il y a donc bien une forme de connaissance que l'on peut engranger sans liaisons, celles quiproviennent de l'expérience du monde, mais qui ont avant tout pour effet critique de dissiper les préjugés, et nonl'effet positif de la méthode qui permet d'organiser ses connaissances pour en découvrir d'autres. Mais précisément, si connaître est avant tout connaître la méthode qui permet d'acquérir de nouvellesconnaissances, n'est-ce pas que la connaissance va toujours tendre à croître et réduire la part d'inconnu ? Onpourrait ainsi connaître sans le moyen de l'accumulation de connaissances, mais celle-ci resterait la fin ou l'effet duprocessus de connaissance. III./ Connaître et réorganiser les connaissances . A./ Si l'on pense le processus de connaissance comme une méthode, il est clair qu'il va amener à produire, à partirdes connaissances déjà connues, de nouvelles connaissances. Cette position affirme que toutes les connaissancessont interconnectées par des relations logiques, et que celles-ci peuvent engendrer de nouvelles vérités. Parexemple, si je sais ce qu'est le rouge, je vais pouvoir reconnaître que les objets que je vois sont rouges et jepourrais ainsi affirmer que les murs de mon immeuble sont rouges.B./ Mais si toutes les connaissances sont interconnectées, est-ce que la méthode pour connaître produit denouvelles connaissances ou apprend avant tout à les organiser et à les réorganiser ? Par exemple, si jamais les mursde mon immeuble sont repeints, je dirais qu'ils ne sont plus rouges, parce qu'il semblerait absurde de changer madéfinition du rouge afin qu'elle corresponde à la couleur de mes murs pour englober cette nouvelle connaissance. Laconnaissance par la méthode réside aussi à la manière dont on hiérarchise les connaissances, dont on fait dépendrecertaines d'autres. Mais comme le remarque le logicien W. O. Quine, à la fin de son article Les Deux dogmes de l'empirisme , rien ne m'oblige à conserver la définition du rouge. C'est uniquement parce que cette connaissance semble plus centrale que celle des murs de mon immeuble que je ne la fais pas varier.C./ Or parfois, dans le développement scientifique, on a été amené à changer les connaissances centrales afind'englober de très minces nouvelles connaissances. Ainsi, expliquer de toutes petites irrégularités dans l'orbite deMercure n'a pu être fait qu'après que Einstein a, avec la relativité générale, changer les concepts d'espace et detemps, qui ne valent plus absolument comme les cadres vides où tout a lieu mais dépendent de la masse des objetsqui y prennent place. Ainsi, comme le remarque Quine, pour comprendre ce qu'est le processus de connaissance, cequ'est connaître, il ne faut pas partir de connaissances singulières, mais de l'ensemble des connaissances d'unindividu ou d'une époque. Cet ensemble a la forme d'une toile ou d'un champ de force dont une des parties ne peutchanger sans que les autres évoluent avec elle. Connaître ce n'est donc pas seulement accumuler de nouvellesconnaissances, c'est aussi réorganiser l'ensemble de ses autres connaissances pour admettre ces nouvellesconnaissances, c'est-à-dire les lier par des raisonnements aux précédentes. On a pu voir que connaître ne peut se résumer à la simple activité de récoltes d'informations : cela nécessite unraisonnement qui légitime nos croyances vraies comme vraies, en montrant qu'elles expliquent réellement ce qu'ellesprétendent nous faire connaître. Cette activité de connaissance est donc avant tout la connaissance d'uneméthode pour engendrer de nouvelles connaissances. Mais cela ne veut pas dire que connaître se résume à faireaugmenter progressivement l'ensemble de nos connaissances. Puisque nous avons montré qu'une connaissance n'estconnaissance que parce qu'elle est liée par un raisonnement, c'est-à-dire logiquement à d'autres connaissances,alors connaître n'est pas qu'augmenter progressivement l'étendue de l'ensemble de nos connaissances mais aussi letransformer en le réorganisant. »

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