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Créer, est-ce conjurer la mort ?

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Créer, c'est tenter de laisser une marque indélébile de soi dans l'histoire. On peut créer en art, mais procréer, n'est-ce pas aussi créer ? Sur ce dernier point, on peut se référer au Banquet de Platon : Platon développe l'idée que l'amour (éros) est le désir d'immortalité par l'enfantement dans le beau. Cet enfantement, qui est une création, c'est-à-dire le fait de faire passer du non-être à l'être (205b), peut se faire selon le corps (copulation et génération) ou selon l'âme (belles actions, belles poésies, belles connaissances, belles lois, belles éducations.). L'amour est philosophe donc recherche du beau et du bon. Cette recherche est au final une quête d'immortalité. Immortalité à travers la reproduction sexuelle des corps. Immortalité à travers la production spirituelle de l'âme (art, philosophie, science, etc.).

L’idée de « conjurer la mort « peut sembler un peu naïve ou irréaliste : la mort n’est-elle pas un horizon indépassable et irréductible ? N’est-elle pas ce à quoi l’on ne peut échapper, ce qu’il est précisément impossible de conjurer ? Pourtant, par sa capacité à créer et les œuvres, qu’elles soient artistiques ou non, qu’il crée de fait, l’homme semble avoir une capacité à « laisser une trace « de son existence après sa mort. Cela amène à poser la question de la définition de l’existence humaine : est-elle uniquement le laps de temps qui s’écoule de la naissance de l’individu à sa mort, ou est-elle aussi la somme de ses actions et de ses créations, la trace qu’il laisse de lui parmi les vivants ? C’est un lieu commun que de dire que Van Gogh ou Mozart sont encore en vie, mais il serait intéressant d’interroger ce lieu commun, pour définir le rapport qu’entretiennent les vivants avec les morts. Car si créer est un moyen de conjurer la mort, il faut définir les conditions sous lesquelles cela est possible, et pour qui cela est réel : est-ce pour le mort, ou pour les vivants qui conservent les créations du mort ? En fait, ce sujet pose la vaste question des rapports de l’œuvre (artistique ou non) à son créateur et plus précisément à la mort de celui-ci, à sa nature mortelle, qui s’oppose à la nature plus durable de l’œuvre faite de matière non vivante.

« Il en est de même pour l'ingénieur, l'artisan : en effet, des procédés découverts il y a des siècles existent encore et semblent ainsi être inscrits dans l'éternité. C'est ce que Marx explique : une fois fabriqué, l'objet connaît une existence propre, complètement indépendante de celle de son créateur et donc intemporelle/éternelle. b) La conjuration de la mort au niveau du créateur La création permet souvent au créateur de mieux surmonter sa condition d'êtr e mortel. Malraux disait ainsi que « l'art est un anti -destin». Le créateur laisse une trace de son passage de par l'œuvre qu'il crée, et dépasse ainsi sa condition, l aisse un bout de son existence. De plus, même après leur mort, certains créateurs sont re stés dans les mémoires, ce qui prouve bien que par leur acte de création, ils ont réussi à faire vivre leur existence au -delà de la mort. Ainsi, Léonard de Vinci, par exemple, est mort depuis longtemps, et pourtant la Joconde est encore là, et admirée par des millions de gens chaque année. Léonard de Vinci existe donc encore dans les mémoires collectives. Certaines créations portent même le nom de leur créateur, et donc l'inscrivent à jamais dans le futur : ainsi, par exemple, la Tour Eiffel, création de Gustave Eiffel, le fait exister depuis des siècles. c) Le modèle de son créateur Le créateur peut même faire vivre son modèle. Ainsi, on peut citer Ronsard avec ses poèmes à Cassandre ou encore Apollinaire avec ses Poèmes à Lou. L’amitié de Montaigne et de La Boétie est éternelle : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : « parce que c’était lui ; parce que c’était moi. »» Malherbe, qui revendique haut et fort cette idée : "Ce que Malherbe écrit dure éternellement." (Dans le Sonnet au Roi). Poème de Hugo à sa fille dans « Demain dès l'aube ... ». Léopoldine, fille morte d’Hugo, revivra éternellement grâce à l'offrande de quelques fleurs. Hugo, illustre dans ce poème le pouvoir de la poésie, immort aliser ce que la mort a fait disparaître. II. Echapper à la mort est impossible. L’art est temporel. a) Quoi qu'il en soit, rien n'est éternel : c'est une tentative vaine Les oeuvres d'art elles-mêmes se détériorent et périssent. Rien n'échappe au passag e du temps ; et même la subsistance de l'oeuvre ne garantit pas la mémoire du créateur. Ex : les ruines des monuments : le temps passe dessus, elles existent mais différemment. On ne peut donc pas dire que les créations conjurent réellement la mort parce q ue le temps les efface. Que nous reste -t-il d’Epicure sinon quelques fragments ? De même, pour les créations techniques, elles sont souvent remplacées par de nouvelles créations qui les font alors disparaître. Qui utilise encore la lampe à pétrole ou le s ilex ? Qui se représente encore le monde comme Ptolémée ? Du reste, s'interroger sur "ce qui survit du créateur" méritait une analyse serrée. En matière artistique, l'oeuvre échappe à son auteur dans la mesure où elle s'expose aux interprétations des spect ateurs, donc à toutes les déformations. Francis Ponge, qui compare ses écrits aux feuilles d'un arbre chues à l'automne. b) La mort comme le moteur de la création et la création comme sublimation de la mort Statut de la mort dans la création artistique. La mort s'emploie comme objet artistiquement représenté - et même vecteur de beauté (ainsi dans les vanités en peinture : crânes, natures mortes, horloge => symbole du temps qui passe, de la mort qui guette.) La peur du néant, voire des attirances pour le m acabre, constitue l'une des sources fondamentales de la création artistique. La création, si elle dédramatise la mort, ne permet pas de la conjurer, puisqu'elle s'en nourrit. »

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