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Doit-on souhaiter satisfaire tous ses désirs ?

Publié le 28/02/2004

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Non : ce serait supprimer la dynamique de l'existence. Le problème est que l'on s'imagine que le bonheur consiste dans la satisfaction de tous les désirs. (Satisfaire tous les désirs, telle est la fonction de nombreuses créations mythologiques ou littéraires : les pouvoirs surnaturels du sorcier, la baguette magique de la fée, par exemple). C'est un lieu commun qu'il faut remettre en question en traitant ce sujet. Faites valoir que le désir ne tire son intérêt que dans la mesure où il n'est pas satisfait, où il procure à l'homme une activité qui le détourne de son néant. Exemple : le chasseur n'est heureux que par la recherche de sa proie (Pascal, Pensées) et la satisfaction immédiate de son désir lui ôterait son plaisir. Bien entendu, Pascal utilise cet exemple pour montrer que l'homme n'obtient ainsi qu'un bonheur pauvre consistant seulement à se détourner de sa condition misérable. Mais c'est un caractère essentiel de l'homme que de passer sa vie à désirer. En réalité, il va jusqu'à désirer le désir d'autrui.

Demander si l'on doit souhaiter satisfaire tous ses désirs, ce n 'est pas tout à fait demander si l'on doit les satisfaire tous. On sait bien qu'on peut désirer l'impossible (échapper au temps, par exemple). De tels désirs ne seront jamais satisfaits. Mais a-t-on le droit d'en déduire qu'il ne faut pas souhaiter une satisfaction de tous ses désirs ? Qu'il ne faut pas avoir le désir de satisfaire tous ses désirs ? Doit-on souhaiter... ? Non pas : souhaite-t-on, en fait, réellement, mais : le doit-on ? Autrement dit: est-il nécessaire, est-ce bien, en quel sens ? Notons enfin que le sujet porte sur tous les désirs, donc aussi ceux qui posent problème, par exemple, sur le plan moral, les désirs pervers.

  • Un principe d'existence : satisfaire tous ses désirs
  • Satisfaire ou maîtriser ses désirs ?
  • La caractère contradictoire du désir
  • La nécessité de limiter ses désirs
  • Le désir fondamental : l'aspiration au Bien

« « Gorgias : Veux-tu savoir ce que sont le beau et le juste selon la nature ? Hé bien, je vais te le dire franchement ! Voici, si on veut vivre comme il faut, on doit laisser aller ses propres passions, sigrandes soient-elles, et ne pas les réprimer.

Au contraire, il faut être capable de mettre son courage etson intelligence au service de si grandes passions et de les assouvir avec tout ce qu'elles peuventdésirer.

Seulement, tout le monde n'est pas capable, j'imagine, de vivre comme cela.

C'est pourquoi lamasse des gens blâme les hommes qui vivent ainsi, gênée qu'elle est de devoir dissimuler sa propreincapacité à le faire.

La masse déclare donc bien haut que le dérèglement est une vilaine chose.

C'estainsi qu'elle réduit à l'état d'esclaves les hommes dotés d'une plus forte nature que celle des hommes dela masse ; et ces derniers, qui sont eux-mêmes incapables de se procurer les plaisirs qui lescombleraient, font la louange de la tempérance et de la justice à cause du manque de courage de leurâme. Socrate : Mais, tout de même la vie dont tu parles, c'est une vie terrible ![...] En effet, regarde bien si ce que tu veux dire, quand tu parles de ces genres de vie, une vie d'ordre et une vie dedérèglement, ne ressemble pas à la situation suivante.

Suppose qu'il y ait deux hommes qui possèdent,chacun, un grand nombre de tonneaux.

Les tonneaux de l'un sont sains, remplis de vin, de miel, de lait,et cet homme a encore bien d'autres tonneaux, remplis de toutes sortes de choses.

Chaque tonneau estdonc plein de ces denrées liquides qui sont rares, difficiles à recueillir et qu'on obtient qu'au terme demaints travaux pénibles.

Mais, au moins, une fois que cet homme a rempli ses tonneaux, il n'a plus à yreverser quoi que ce soit ni à s'occuper d'eux ; au contraire, quand il pense à ses tonneaux, il esttranquille.

L'autre homme, quant à lui, serait aussi capable de se procurer ce genre de denrées, même sielles sont difficiles à recueillir, mais comme ses récipients sont percés et fêlés, il serait forcé de lesremplir sans cesse, jour et nuit, en s'infligeant les plus pénibles peines.

Alors, regarde bien, si ces deuxhommes représentent chacun une manière de vivre, de laquelle des deux dis-tu qu'elle est la plusheureuse ? Est-ce la vie de l'homme déréglé ou celle de l'homme tempérant ? En te racontant cela, est-ce que je te convaincs d'admettre que la vie tempérante vaut mieux que la vie déréglée ? [...] Gorgias : Tu ne me convaincs pas, Socrate.

Car l'homme dont tu parles, celui qui a fait le plein en lui-même et en ses tonneaux, n'a plus aucun plaisir, il a exactement le type d'existence dont jeparlais tout à l'heure : il vit comme une pierre.

S'il a fait le plein, il n'éprouve plus ni joie ni peine.

Aucontraire, la vie de plaisirs est celle où on verse et reverse autant qu'on peut dans son tonneau ! » Platon , « Gorgias ». La nécessité de limiter ses désirs. Socrate esquisse là un idéal moral classique, que l'on retrouve dans toute l'histoire de la pensée occidentale.

Lebonheur est bien le fruit d'une satisfaction des désirs ; mais pour y parvenir, le Sage sait qu'il est plus sûr de limiterses désirs, puisque plusieurs sont nuisibles ou source d'inquiétude.

Ce thème est présent en particulier: - Chez les épicuriens: L'homme, en tant que vivant, est fortement incliné àpoursuivre des buts premiers, ceux qui sont induits par son corps : manger,boire, jouir de son corps sexué.

Tout le pousse à chercher son bien-être, àdésirer ce qui le favorise, à fuir ce qui lui apporte désagrément et douleur.C'est ce que l'hédonisme antique, qui affirmait que l'accès au bonheur passaitnécessairement par le plaisir, avait compris.

Ainsi pour Epicure, le plaisir ou lasatisfaction du désir est un bien.

Mais s'il affirme que l'homme doit s'employerà rechercher le plaisir pour être heureux, il ne doit pas en faire la visée ultimeou le but de toutes ses actions.

Le plaisir ne doit pas être recherché pour lui-même, mais seulement pour éviter la souffrance et avoir la paix de l'âme.

Lebonheur n'est pas le fruit de la luxure : « Ce ne sont pas les beuveries et lesorgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, lespoissons et autres mets qu'offrent une table de luxueuse qui engendrent unevie heureuse, mais la raison vigilante qui recherche minutieusement les motifsde ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut éviter et qui rejette les vainesopinions, grâce auxquelles le plus grande trouble s'empare des âmes » («Lettre à Ménécée »).Aussi Épicure distingue-t-il :• Les désirs naturels et nécessaires au bien-être du corps et de l'âme, quis'appliquent aux objets susceptibles de supprimer la douleur, tels la boissonqui étanche la soif ou la pain qui calme la faim.• Les désirs naturels et non nécessaires.

Les objets de ces derniers sont, parexemple, les mets délicats qui permettent de varier le plaisir.

Ces désirs ne sont naturels que pour autant qu'ils nese transforment pas en débauche.

Ainsi, le désir sexuel est naturel à condition qu'il ne devienne pas « un appétitviolent des plaisirs sexuels assorti de fureur et de tourment ».• Les désirs ni naturels ni nécessaires qu'il faut refouler si l'on veut connaître la sérénité (désirs de gloire, de. »

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