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« En psychologie, a dit Maine de Biran, l'observation n'est que le recueillement.» Expliquez cette pensée et discutez-la. ?

Publié le 15/06/2009

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maine
INTRODUCTION. - Toute connaissance du réel doit partir de l'observation. En effet, on ne peut deviner ce qui est; si on a l'impression de le deviner parfois, c'est qu'on n'a pas conscience du travail de l'esprit qui raisonne à partir de ce qui a été observé. Aussi les savants, physiciens et biologistes, cherchent-ils des méthodes et des moyens d'observation aussi puissants et aussi précis que possible, des instruments qui décuplent et centuplent la portée des sens. Le psychologue n'a pas à sa disposition un outillage de ce genre, et les esprits formés à l'école des sciences physiques le regrettent, jugeant que, sans expérimentation rigoureuse et mesures précises, il ne saurait y avoir de vraie science. Mais de grands psychologues prennent facilement leur parti des conditions particulières de la recherche psychologique, tel MAINE DE BIRAN, qui nous dit : « En psychologie, l'observation n'est que le recueillement. » (Journal intime, 1. II, p. 318. Plon, 1931.) Comment faut-il comprendre cette réflexion et que faut-il penser de cette affirmation ?
maine

« temps, le ton, le regard, le geste, la circonstance.

Alors, sur ce qu'on a fait ou dit, je trouve ce qu'on a pensé; et ilest rare que je me trompe.

» C'est dans ce recueillement, sorte de « chambre noire intérieure dont l'entrée est «condamnée » tant qu'on voit du monde », que le cliché négatif — dont le vulgaire se contente — se développe et setransforme en une claire image; c'est là que l'observation vulgaire s'élève au niveau de l'observation psychologique.A plus forte raison, il faut se recueillir pour comparer entre eux divers faits ou divers types et tirer d'expériencesparticulières des conceptions générales sur l'homme et sur la société, comme aussi pour faire une critique attentiveet personnelle des jugements qu'on a entendu prononcer.Il est donc bien vrai que, pour connaître l'homme, il ne suffit pas d'observer.

La simple observation, par elle-même,n'est presque rien.

Elle ne devient éclairante que par le recueillement qui la suit.

Il est donc bien vrai, en un certainsens, que, en psychologie, l'observation c'est le recueillement. B.

La psychologie scientifique prétend aboutir non pas seulement à la connaissance de l'adulte civilisé, mais à cellede l'homme en général.

Elle prétend même le suivre dans son évolution, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, depuisl'origine de l'humanité jusqu'aux temps modernes.

Pour réaliser ce programme, il ne suffit plus de se recueillir au soirde ses journées.

Le psychologue doit se livrer à des observations méthodiques et systématiques, provoquant desexpériences et établissant des statistiques.

Il doit aller à la recherche de faits qui ne se présentent pas d'eux-mêmes à lui...

Il ne peut pas, en effet, conjecturer ce qui se passe dans l'esprit d'un enfant ou d'un Pygmée d'aprèsce qu'il a découvert en lui-même.

C'est à de véritables observations scientifiques — scientifiques dans l'intention quiles provoque et par la méthode qui les dirige — qu'il doit avoir recours.

Dans ce cas, l'observation n'est pas le seulrecueillement. C.

Cependant, tout comme l'observation vulgaire, l'observation scientifique ne devient éclairante pour lepsychologue que grâce au recueillement qui la suit ou qui l'accompagne.Toute recherche scientifique exige un certain recueillement; mais c'est un recueillement profond qui est nécessaire àla recherche psychologique.

En effet, tandis que le physicien ou le biologiste ne cherchent pas à pénétrer au-delàdes phénomènes physiques qu'il leur est donné d'observer, les comportements extérieurs, les paroles, les légendeset les mythes que note le psychologue ne sont pour lui que le signe d'une vie qui lui reste cachée et qu'il veutatteindre.

C'est encore en se recueillant en lui-même qu'il peut parvenir à comprendre la psychologie des êtres quisemblent le plus différents de lui.Il n'est plus un enfant ni un primitif; mais dans la conscience de l'homme mûr, on peut observer pas mal de restesd'enfantillages; chez le plus civilisé, il est des oublis, comme ceux que provoque la colère, qui laissent reparaîtrequelque chose de la sauvagerie primitive.

On ne soupçonnera pas un MAINE DE BIRAN de folie : et cependant, à decertaines heures, il sentait bien, comme quiconque sait s'observer, que la raison semblait avoir perdu le contrôle deses pensées.

Seulement, ces états exceptionnels sont difficiles à observer.

On ne peut les bien connaître qu'en sedétachant, non seulement du spectacle des choses extérieures, mais encore de celui de ces états intérieurs quis'affichent pour ainsi dire devant la rampe de la conscience : c'est dans les obscurités du demi-conscient qu'il fautse recueillir.Par conséquent, si nous n'admettons pas que, en psychologie, l'observation ne soit que le recueillement, nousdevons le reconnaître, l'observation psychologique ne s'achève que dans le recueillement. CONCLUSION. — Sous une forme nouvelle et quelque peu paradoxale, MAINE DE BIRAN nous rappelle une réflexion faite bien des fois : rien de plus facile que la psychologie, car rien de plus immédiatement présent à notre esprit quel'homme.

Mais d'un autre point de vile, la pensée que nous venons d'étudier souligne bien la difficulté de cette étudequi, non contente de l'observation, exige le recueillement.

Aussi préférerions-nous dire : l'observation, enpsychologie, c'est le recueillement; ou, pour être plus clair : en psychologie, l'observation se fait dans lerecueillement.. »

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