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En quel sens la philosophie a-t-elle pour fonction de nous inquiéter ?

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• La question, une fois encore, est précise : il est donc inutile de réciter toutes les fonctions attribuables à la philosophie.

• Par rapport à quoi peut-il y avoir inquiétude ?

• Inquiéter, c'est, au sens premier, empêcher de rester dans la quiétude, soit le calme, la tranquillité — à comprendre ici du point de vue intellectuel. D'où provenait cette quiétude que la philosophie conteste ?

« En effet, dans la mort, il en va du tout de mon existence : la mort est ce qui est absolument propre et mien. Aussil'angoisse devant la mort est-elle en quelque sorte l'angoisse devant la liberté, devant notre être au monde. Et s' « il est exclu de confondre l'angoisse de la mort avec la peur de décéder », c'est précisément que « l'angoisse de la mort est angoisse « devant » le pouvoir-être le plus propre, absolu, indépassable ». La capacité d'assumer la possibilité de la mort propre, et par suite de se découvrir comme être au monde , commejeté, librement, dans le monde, a donc partie liée avec la capacité du Dasein d'être soi. Or, précisément les bavardages du On à propos de la mort, là encore sombrent dans l'inauthenticité et lerecouvrement. Il s'agit de camoufler cette mort qui est la mienne en événement, en bien connu. « Si jamais l'équivoque caractérise en propre le bavardage, c'est bien lorsqu'il prend la forme de ce parler sur lamort. Le mourir, qui est essentiellement et irreprésentablement mien, est perverti en événement publiquementsurvenant. » Le discours du On transforme la mort en accident : « le On meurt, propage l'opinion que la mort frapperait pour ainsi dire le On ». Là encore il s'agit de se démettre de ses responsabilités et même de soi-même. Ces bavardages interdissent à l'angoisse de la mort de se faire jour : en ce sens, ils privent l'individu de la possibilitéde l'accès à son être propre. « Dans l'angoisse de la mort, le Dasein est transporté devant lui-même […] Or le On prend soin d'inverser cette angoisse en une peur d'un événement qui arrive. » En faisant miennes ces ratiocinations, sans doute gagnerais-je d'être rassuré, d'être indifférent à ce qui m'est leplus propre, mais au prix de l'aliénation, de la perte de soi. Mais si les analyses d' Heidegger ne se donnaient que comme une dénonciation de la pression des bavardages de la masse, de la dictature anonyme qui régit les rapports humains et interdit à chacun l'accès à lui-même et au monde,elles perdraient de leur pertinence. Le On n'est pas extérieur au Dasein, à l'individu, il est au contraire l'un de ses modes d'être premier et originaire. ILn'y a pas à faire le départage entre individus authentiques ou inauthentiques. « Le Dasein est de prime abord Un et le plus souvent il demeure tel. Lorsque le Dasein découvre et s'approcheproprement du monde, lorsqu'il s'ouvre à lui-même son être authentique, alors cette découverte du « monde » etcette ouverture du Dasein s'accomplissent toujours en tant qu'évacuation des recouvrements et desobscurcissements, et que rupture des dissimulations par lesquelles le Dasein se verrouille l'accès à lui-même. » Il n'y a pas d'accès véritable au monde et à soi-même, de façon authentique d'être qui ne se fasse jour à partir dece fond originaire d'inauthenticité. Le « On » n'est personne, mais il est un mode d'être de chacun. La dictature du « on » dont parle Heidegger est d'abord la façon commune de se préoccuper d'autrui. C'est aussi ce que Heidegger nomme « déchéance », c'est-à-dire la façon de ne pas être soi. L'inauthenticité est un accès barré à notre être propre, une aliénation de soi, au profit de l'anonyme. - Le sujet individuel collabore ainsi très volontiers à son propre effacement, pourvu qu'il ait la paix. De ce point devue, rien n'est plus rassurant que la répétition ou la redite : si tout le monde le dit, c'est sûrement vrai. [II. Fonction perturbatrice de la philosophie] - La philosophie combat ces attitudes. D'où l'inquiétude qu'elle produit, soit en faisant naître des soupçons (ycompris à son égard). soit en empêchant l'esprit de ronronner.- Pour le philosophe, l' « évident », le « normal », le « naturel » doivent être mis en question : pourquoi en va-t-ilainsi ? Poussée jusqu'au bout, son interrogation concerne la totalité (« Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt querien ? »). Si le « normal » n'est que du normé, quelle est l'origine de la norme ? Au « naturel », le philosophesubstitue volontiers l'historique (depuis Rousseau ou Hegel) : il remplace de fausses nécessités par des choix devaleurs.- Le questionnement philosophique amène l'opinion à se connaître comme telle (cf. Socrate : le sens des mots n'estpas aussi clair que le prétend le discours ordinaire).- Il fait ainsi surgir des questions là où l'on n'en voyait pas. Il n'y a dès lors plus rien de sacré (politique, religieux,moral...), ce qui est socialement perturbant.- Au pseudo-savoir qui entraîne la quiétude, la philosophie entend substituer au moins la conscience du non-savoir,beaucoup moins rassurante. Socrate dira de manière provocante: "Je sais que je ne sais rien". La démarche philosophique commence, en effet, par une prise de distance à l'égard de ce qu'on croit savoir. Commele souligne Hegel dans la Phénoménologie de l'esprit, « ce qui est bien connu en général, justement parce qu'il estbien connu, n'est pas connu. C'est la façon la plus commune de se faire illusion et de faire illusion aux autres que deprésupposer dans la connaissance quelque chose comme étant bien connu, et de le tolérer comme tel ». Mais si laphilosophie ne peut se déployer qu'à partir de la critique radicale de l'opinion, ellene peut toutefois faire de cette critique son seul but. S'en tenir à la simple réfutation du prétendu savoir des autresreviendrait à faire de la philosophie une recherche sans résultat ou, tout au moins, sans autre résultat que celui »

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