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Examiner cette assertion d'un penseur contemporain : « Une morale qui croit fonder l'obligation sur des considérations purement rationnelles réintroduit toujours à son insu des forces d'un ordre différent. » ?

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morale
Mais il m'est parfois plus utile à moi de mentir; alors je mens sans honte. » Vous tâcheriez d'éduquer cette âme fruste, de la conquérir à votre idéal, de lui faire honte de sa vulgarité... Bref, renonçant inconsciemment à votre morale de la raison, vous mobiliseriez à votre insu des forces étrangères aux considérations purement rationnelles. Il reste encore un recours : l'autorité de Dieu. Les philosophes démontrent l'existence de Dieu par des arguments purement rationnels. C'est encore la raison qui leur assure que Dieu ne peut pas ne pas vouloir que l'homme se conduise conformément aux injonctions de sa conscience. Ainsi ce que la conscience juge bon devient obligatoire sans que nous ayons à faire appel à des forces irrationnelles. Mais si quelqu'un refuse de se soumettre à la volonté divine et à la conscience, qui manifeste cette volonté, comment le ramener dans la voie de la raison et du bien ? Il n'y a que deux moyens : ou bien on tâchera rie lui faire sentir la grandeur, la sainteté et la bonté de ce Maître dont les volontés n'ont pour but que notre vrai bien, et alors on retombe dans la morale du sentiment; ou bien on le menacera des vengeances divines, faisant ainsi appel à l'intérêt. La morale la plus rationnelle qui soit est celle de KANT.

« ou dix ans de peine, je serai sage et raisonnable en m'en abstenant, mais l'abstention ne sera pas obligatoire. Laraison ou le simple bon sens me dit, conditionnellement : si tu veux être heureux, observe la loi morale. Laconscience, au contraire, porte des ordres inconditionnels : observe la loi morale, même si cette observation devaitte rendre moins heureux. Suivant la formule de KANT, les impératifs de la conscience morale sont des impératifscatégoriques.Ce n'est donc pas en constatant ce qui est que la raison pourra déterminer ce qui doit être. Suivant la remarquecélèbre de POINCARÉ, « si les prémisses d'un syllogisme sont toutes les deux à l'indicatif, la conclusion seraégalement à l'indicatif. Pour que la conclusion prit être mise à l'impératif, il faudrait que l'une des prémisses au moinsfût à l'impératif. »Mais le jugement que la conscience porte sur la valeur des actes humains ne contient-il pas une sorte d'impératiflarge ? Déclarer : il est honteux de mentir, et noble de dire la vérité qui doit nous nuire, c'est inviter à ne pasmentir. Le bien connu est obligatoire parce que bien : il suffit de juger qu'une action est bonne (à l'indicatif) pourvoir que ce bien s'impose. Telle est la théorie qu'on appelle morale indépendante.Cette théorie ne supprime pas la difficulté. Pourquoi, en effet, le bien oblige-t-il ? Que dire à celui qui raisonneraitainsi : « II serait plus beau, je le reconnais, de ne pas mentir. Mais il m'est parfois plus utile à moi de mentir; alors jemens sans honte. » Vous tâcheriez d'éduquer cette âme fruste, de la conquérir à votre idéal, de lui faire honte desa vulgarité... Bref, renonçant inconsciemment à votre morale de la raison, vous mobiliseriez à votre insu des forcesétrangères aux considérations purement rationnelles.Il reste encore un recours : l'autorité de Dieu. Les philosophes démontrent l'existence de Dieu par des argumentspurement rationnels. C'est encore la raison qui leur assure que Dieu ne peut pas ne pas vouloir que l'homme seconduise conformément aux injonctions de sa conscience. Ainsi ce que la conscience juge bon devient obligatoiresans que nous ayons à faire appel à des forces irrationnelles.Mais si quelqu'un refuse de se soumettre à la volonté divine et à la conscience, qui manifeste cette volonté,comment le ramener dans la voie de la raison et du bien ? Il n'y a que deux moyens : ou bien on tâchera rie lui fairesentir la grandeur, la sainteté et la bonté de ce Maître dont les volontés n'ont pour but que notre vrai bien, et alorson retombe dans la morale du sentiment; ou bien on le menacera des vengeances divines, faisant ainsi appel àl'intérêt. La morale la plus rationnelle qui soit est celle de KANT. Le philosophe de Konigsberg prétend ne s'appuyer que sur laraison pure et rejeter, comme viciant la moralité, toute considération d'ordre affectif ou utilitaire.Mais ce grand penseur est, à son insu, mené par des forces qui n'ont rien de rationnel : c'est la morale apprise surles genoux de sa mère qu'il veut sauver à tout prix, même au prix d'un illogisme — dure concession pour unphilosophe. Ensuite, la considération du bonheur, condamnée au départ, reparaît en cours de route, et le moralistedu pur devoir nous enseigne que le bonheur est indissolublement lié à la vertu et que nous devons chercher, non passans doute à « nous rendre heureux », mais à « nous rendre dignes du bonheur ». Malgré ses précautions de style,KANT ne parvient pas à éliminer complètement de sa morale le concours de forces qui ne sont pas de l'ordre de la-raison pure.Après cette revue de quelques-uns des principaux systèmes de morale rationnelle, nous pouvons accorder qu'unmoraliste qui croit fonder l'obligation sur des considérations purement rationnelles réintroduit toujours, sciemment ouà son insu, des forces d'un ordre différent. La raison ne suffit pas à pousser à l'action; on n'agit que sous l'impulsiondu désir. ***Cependant, on ne peut le nier, jusque dans ces forces d'ordre irrationnel qui viennent renforcer la raison pour fonderl'obligation, il y a de la raison : tout désir moral est un désir de suivre la raison. C'est ce qui reste de profondémentvrai dans les morales que nous venons de discuter : la morale commence là où la vie est mise sous la conduite de laraison, et quand la perfection morale est atteinte, c'est que le règne de la raison est complet; moral et rationnelsont synonymes.Aussi les philosophes qui ont posé un autre fondement de la morale et fait appel à des forces d'ordre affectif nepeuvent pas tenir leur position : consciemment ou à leur insu, ils introduisent des considérations rationnelles; sanselles, leur système ne serait pas un système de morale.Prenons les morales de l'intérêt, depuis l'hédonisme des cyniques jusqu'à l'utilitarisme de Stuart MILL : nous verronsla loi de l'intérêt, émise au départ, modifiée en cours de route par des amendements qui rapprochent ces théoriesdes morales rationnelles.« Aristippe ne cherche, dit-il, que le plaisir », mais il ajoute, selon HORACE . « Je m'efforce d'établir mon joug sur leschoses, sang subir le leur. » Jouir, mais en restant toujours maître de son plaisir : attitude de jouisseur, mais d'unjouisseur qui place la jouissance de la pensée au-dessus de toutes les autres; des considérations rationnelles sesont introduites à côté des intentions purement jouisseusesA plus forte raison trouverons-nous le souci du rationnel chez les moralistes qui distinguent dans les plaisirs unequalité, tels ÉPICURE et Stuart MILL. « Soyez persuadé, dit ÉPICURE, dans sa lettre à Ménécée, qu'il vaut mieuxêtre malheureux sans avoir manqué de prudence que d'être au comble de ses souhaits par une conduite déréglée, àqui néanmoins la fortune a donné du succès. » A quoi Stuart MILL répond comme un écho : « II vaut mieux être unhomme malheureux qu'un porc satisfait, être Socrate mécontent qu'un imbécile heureux. Et si l'imbécile et le porcsont d'une opinion différente, c'est qu'ils ne connaissent qu'un côté de la question. »Les morales du sentiment ne se distinguent des morales du plaisir que par le souci qu'elles mettent en avant de neprendre comme ressort de l'action que les tendances d'ordre supérieur. Mais qu'est-ce qui distingue les tendancesbasses des tendances nobles, sinon le caractère intimement rationnel des dernières?Le sentiment de la crainte de Dieu peut se réduire, dans certaines âmes frustes, à une horreur purement physiquedu feu de l'enfer dont les menacent les prédicateurs. Du point de vue de la valeur morale, il n'y a pas de différence »

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