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Existe-t-il un monde des Idées ?

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Précisons enfin que, par contraste avec les perceptions changeantes, les Idées que la raison saisit sont stables et immuables : le Bien est toujours Bien, le Vrai toujours Vrai, etc.   II - Zarathoustra et la fin des arrière-mondes   Ainsi, comme nous venons de le voir, le monde des Idées platoniciennes n'a rien d'un univers parallèle, d'un monde derrière le monde, autre que le nôtre. Il s'agit uniquement d'un espace de rationalité, qui correspond à la saisie par la raison, en sa qualité de faculté proprement intellectuelle, de l'essence des choses en leur vérité. Or, nous allons le voir dans un instant, la critique du platonisme que propose Nietzsche contribue à renforcer cette définition du monde des Idées. Intéressons-nous pour cela à deux courts textes, qui figurent dans la première partie d'Ainsi parlait Zarathoustra, « De ceux des arrière-mondes » et « Des contempteurs du corps ». Le premier de ces deux textes s'en prend directement à la fabulation que constitue aux yeux de Nietzsche la projection d'un « arrière-monde », d'un autre monde - celui des Idées - au-delà du nôtre. Nietzsche attaque précisément ce qu'il appelle un « néant céleste ». Tout laisse alors à penser que le monde des Idées serait à proprement parler un monde surplombant le nôtre, situé dans les cieux, une cité dans les nuages ; or, dans ces conditions, Nietzsche n'aurait aucune difficulté à critiquer une telle chimère - et encore faudrait-il qu'elle ressemble à ce que Platon avance de son côté. Mais, Nietzsche - et le second texte en est la preuve - est un fin lecteur et la critique des « arrière-mondes » ne se fait pas en montrant la vacuité du ciel, mais en dénonçant les prétentions exorbitantes de la raison. Le deuxième extrait qui nous intéresse s'intitule « Des contempteurs du corps » ; la critique du monde des Idées se trouve ainsi liée à la négation du corps.

« l'âme au corps et aux pulsions qui lui sont liées. La dialectique platonicienne est alors la tentative pour soumettre lesdésirs désordonnés à la raison ( noùs ) en la détachant du corps. Or, Nietzsche commence par formuler une toute autre thèse concernant le corps. Celui-ci n'est plus mis dans la dépendance de la partie la plus irrationnelle de l'âme,mais il se donne sous la forme d'un composé d'instincts, où la raison n'est qu'une partie, qu'un instinct particulier.Aussi, Nietzsche de dire : « L'homme éveillé, celui qui sait, dit : Corps suis tout entier, et rien d'autre, et âme n'estqu'un mot pour quelque chose dans le corps. […] Le corps est une grande raison, une pluralité […]. Instrument deton corps est aussi ta petite raison, mon frère, que tu nommes ‘esprit', petit instrument et jouet de ta granderaison. » Précisément, la raison ne possède aucun privilège pour Nietzsche. Elle est au mieux un instinct qui parvient à s'imposer aux autres – dans les cas de maladie, où les instincts du corps proprement dit se trouvent affaiblis – ou lejouet d'un autre instinct, qui l'instrumentalise à ses fins. Quoi qu'il en soit, ce qu'il ressort de la critique de la raison,c'est l'impossibilité de fonder un « monde des Idées », c'est-à-dire des objets de la raison, stables et immuables.Puisque la raison est instinct, puisqu'elle ne fonde aucun « espace noétique », il ne reste pour Nietzsche que lemonde sensible, le monde soumis au devenir, tel que nos sens nous le dévoilent. Le monde des Idées s'effondre ainsiau seuil de l'irrationalité. III – Kant et l'Idée comme idéal régulateur Nous venons de le voir, l'existence du monde des Idées dépend de la conception que l'on se fait de la raison elle-même. D'une part, faculté par excellence, elle permet de contempler des Idées qu'elle découvre, d'autre part,instinct parmi d'autres, elle forge ses Idées dans la mesure où elle parvient à s'imposer. Or, que penser d'une tellealternative ? Devons-nous prendre part contre le monde des Idées ou pour la raison ? Avec Kant, nous pouvonsnommer cette situation dialectique, c'est-à-dire source d'illusion, car posée dans les mauvais termes. Afin de biencomprendre cela, intéressons-nous (en guise d'exemple) à l'Idée de Beau, telle que Kant l'évoque dans la Critique de la faculté de juger et voyons quelle solution on peut proposer. Au moment où il écrit la Critique de la faculté de juger , Kant tente d'apporter la solution à un conflit qui oppose les tenants de l'esthétique du sentiment à ceux de l'esthétique rationaliste. Pour les premiers, les empiristes,est beau ce qui plaît, ce qui réjouit les organes sensoriels. L'adhésion autour d'œuvres considérées commeuniversellement belles se fait en invoquant l'idée que les êtres humains possèdent en gros les mêmes organessensoriels. À l'inverse, pour les rationalistes, le beau est l'incarnation d'une idée vraie, d'une vérité de raison. Parexemple, était beau pour Platon ce que la raison pouvait mettre en lien avec l'Idée de beau. Au final, on pense, d'uncôté, que le beau n'a rien d'intelligible (intellectuel à raison), mais renvoie uniquement aux sens et, de l'autre côté, que le beau repose sur la seule raison, suit des règles et peut à la limite être démontré. Or, Kant, dans sa résolution du problème, va prendre en compte les aspects positifs qui se trouvent dans chaque thèse, afin de les dépasser. Kant soutient alors, contre le rationalisme, que le jugement de goût de suit pasdes concepts ou n'applique pas des règles déterminées : je ne subsume pas l'œuvre particulière sous le concept(Idée) universel de beau pour en déterminer la qualité ; mais, contre l'esthétique du sentiment, Kant montre dansquelle mesure les œuvres d'art suscitent aussi bien des sentiments, des impressions sur les sens, que desreprésentations intellectuelles. Or, ces représentations constituent à proprement parler des Idées directrices ourégulatrices de l'usage de la raison. En effet, comme il n'existe aucune Idée permettant de déterminer a priori (le terme est important, puisqu'il renvoie au jugement déterminant , qui place le particulier sous l'universel) la beauté d'une œuvre, l'entendement a recours à un jugement réfléchissant , qui fait comme si l'universel était disponible ou pourrait l'être un jour. C'est pour cela que l'on « discute » de la beauté des œuvres, dans l'espoir d'atteindre un accord de fait universel.Ajoutons à cela deux remarques : 1/ l'Idée, pour Kant, n'est pas première, mais elle joue le rôle d'horizon ; elleoriente la raison, mais ne constitue pas l'universel à proprement parler. 2/ L'Idée régulatrice prend alors en charge lelien entre l'intelligible et le sensible ; par exemple, l'Idée de Dieu, que l'on ne peut prouver et qui ne correspond àrien de particulier dans notre expérience, nous fournit un horizon universel de pensée, celui d'un être où coïncide lesensible et l'intelligible, l'universel et le particulier, la raison et le sentiment. Conclusion : Ainsi, nous avons vu comment avec Platon, le monde des Idées n'apparaît pas comme un lieu mythique, situé quelque part, mais comme le site même de la raison, l'espace noétique où elle saisit les choses en vérité. AvecNietzsche, nous avons critiqué cette thèse, en critiquant précisément le statut de la raison et en nivelant saposition au sein du corps. Enfin, nous avons tenté de trouver une issue avec Kant, pour qui le « monde des Idées »n'a pas la consistance platonicienne, puisque la raison ne peut les prouver ou les mettre en relation avecl'expérience sensible, ni la fluidité instinctuelle que lui reconnaît Nietzsche, puisque précisément les Idéesréapparaissent comme Idéaux régulateurs, lignes directrices pour l'usage de la raison. L'exemple du Beau, que nousavons mobilisé, montre bien que l'on ne peut ni déduire les œuvres d'art du concept de Beau ni les réduire àl'appréciation subjective et sentimentale de chacun, mais qu'au contraire les oeuvres nous donnent toujours àréfléchir (jugement réfléchissant), puisque nous en discutons comme si le Beau était présent, dans l'espoir de le voir advenir. »

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