Devoir de Philosophie

Faire voir que la science humaine est nécessairement un mélange de connaissances solidement démontrées et d'ignorances reconnues invincibles ?

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Exorde. — Le mélange de grandeur et de faiblesse qui caractérise l'homme a toujours frappé les moralistes. Bossuet a trouvé dans cette antithèse le sujet de beaux mouvements oratoires; elle a fourni à Pascal quelques-uns de ses mots les plus célèbres : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. « Parlant des misères de l'homme, il dit avec éloquence : « Toutes ces misères mêmes prouvent sa grandeur, ce sont misères de grand seigneur, misères d'un roi dépossédé. « Lamartine a exprimé la même idée dans ces beaux vers :

Borné dans sa nature, infini dans ses voeux, L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux

« poètes, qui parlent à l'imagination, répondent à cette question; mais la philosophie, qui s'adresse à la seule raison etne se rend qu'à l'évidence, avoue que son ignorance est complète sur ce sujet. Troisième partie. — Dans la science qui s'occupe de Dieu nous trouvons également des choses solidementdémontrées et des problèmes insolubles. Ainsi l'existence de Dieu peut être l'objet d'une excellente démonstration,soit par les preuves physiques, c'est-à-dire par la contingence de la matière, par le mouvement de la matière etl'ordre qui règne dans l'univers, soit par les. preuves métaphysiques, c'est-à-dire par l'imperfection de l'être humain,par l'idée que nous avons de l'infini et d'un être parfait, soit par les preuves morales, c'est-à-dire par leconsentement général des peuples, par le besoin qu'éprouve l'homme d'invoquer un être tout-puissant, et par laconscience morale qui nous fait concevoir une justice suprême, réparatrice des désordres du monde actuel. Enoutre, l'examen attentif du monde matériel et du monde psychologique nous fait voir dans Dieu un être providentielet revêtu d'attributs moraux. Voltaire disait avec raison : « Toute la nature nous crie que Dieu existe, qu'il y a uneintelligence suprême, un pouvoir immense, un ordre admirable, et tout nous instruit de notre dépendance. » (Lettreà Frédéric-Guillaume, 28 novembre 1770.) Il exprime une idée analogue ans les vers suivants : Si les cieux, dépouillés de son empreinte auguste,Pouvaient cesser jamais de le manifester,Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer. Là s'arrête, quand il s'agit de Dieu, ce que nous pouvons savoir de science certaine. Ainsi, il nous est impossible deconcilier entre eux ses attributs métaphysiques; nous ne pouvons, par exemple, nous expliquer comment il peut êtreà la fois éternel et immuable, car pour l'homme durer c'est changer : or, Dieu dure toujours et ne change jamais; ilne nous est pas davantage permis de comprendre comment il peut, à la fois, être partout et n'être nulle part, c'est-à-dire que nous ne pouvons faire accorder l'immensité de Dieu avec la simplicité qui est l'absence de parties. Nousretrouvons partout ici des antinomies, c'est-à-dire des contradictions apparentes ou réelles entre deux vérités; carles attributs moraux donnent lieu à des difficultés analogues à celles que présentent les attributs métaphysiques.Ainsi, nous ne comprenons pas comment la prescience divine peut, s'accorder avec notre liberté et ne pasl'anéantir; comment Dieu a pu tirer le monde du néant, c'est-à-dire faire quelque chose avec rien; comment le finipeut exister à côté de l'infini sans être absorbé par lui : comment l'existence du mal peut se concilier avec laProvidence, etc. Quatrième partie. — On voit donc que, si l'homme peut arriver souvent à lever un coin du voile qui lui cache lavérité, il se heurte à chaque instant contre d'insurmontables difficultés. Toutefois, il est facile de voir que nouspouvons connaître, et connaissons en effet, les choses essentielles et nécessaires à la vie. Ainsi, dans la science dumonde, connaissant les faits et les lois, nous pouvons faire servir à notre usage les forces de la nature et luiimposer l'esclavage qui autrefois pesait si durement sur l'homme; on a donc fait ainsi une révolution qu'Aristotedéclarait impossible quand . il disait : « L'esclavage sera aboli le jour où la navette du 4i«serand marchera touteseule ». Connaissant aussi les êtres et leurs propriétés, nous avons pu mettre la main sur les espèces utiles, lesacclimater, les dompter, les domestiquer, et les faire servir à nos besoins. Sans doute, les causes nous échappentet nous ne pouvons savoir quelle est la substance des êtres; mais la solution de ces problèmes métaphysiques, d'unordre purement spéculatif, n'intéresserait que notre curiosité et ne nous vaudrait dans la vie aucune améliorationmatérielle ou morale. Il nous est également impossible d'expliquer comment l'esprit peut aller .du moi au non-moi,comment se fait le passage du subjectif à l'objectif; mais celte connaissance ne nous est pas indispensable, puisquenous recueillons tous les bénéfices de cette opération sans en apercevoir les intimes ressorts. — La connaissancede l'âme, de ses phénomènes et de ses lois n'est pas moins féconde pour nous en précieux avantages. Car l'hommeconnaît ainsi ses facultés, leur portée, leurs limites; il sait ce qu'il peut faire, et cette science double pour lui lapuissance de ses facultés ; elle l'ennoblit à ses propres yeux en lui révélant à la fois ses devoirs et sa dignité; ellelui montre vers quel but il doit tendre et quelle route il doit suivre pour y atteindre. — En outre, si nous voyons tropsouvent ici-bas le vice triompher de la vertu, nous ne devons pas nous laisser envahir par le découragementpuisque, dans l'autre vie, un juge suprême réparera les désordres du monde actuel; et si nous ignorons de quellenature est cette autre vie, nous ne devons pas nous en étonner puisque, si la vérité nous apparaissait sansobscurité sur cette question, la vertu deviendrait un calcul, elle disparaîtrait pour faire place à l'intérêt bien entenduEnfin, si nous parvenions à concilier entre eux tous les attributs de la divinité, nous ne trouverions encore danscette connaissance qu'une satisfaction donnée à notre curiosité, elle ne nous serait probablement d'aucun secourspour la pratique de la vie. conclusion. — La science humaine est donc bien un mélange de connaissances solidement démontrées etd'ignorances reconnues invincibles; mais dans la science du monde, comme dans celle de l'âme et de Dieu, nousconnaissons tout ce qu'il nous importe de connaître. La science universelle est l'homme un objet non de possession,mais de recherche et d'amour; c'est un milieu entre tout et rien; il est des choses qu'il faut se résoudre à ignorer,des problèmes qui peuvent être agités plutôt que résolus; connaissant ou du moins pouvant connaître ce qui estnécessaire, on peut se insoler de ne pas connaître ce qui est superflu, et on fait preuve de sagesse en s'yrésignant; un ancien l'a dit avec raison : Nescire quaedam magna pars sapientiae ; et nous pouvons conclure parcette judicieuse réflexion de Voltaire : « Il y a une chose peut-être consolante, c'est que la nature nous a donné à »

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