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Faut-il toujours tacher de changer plutôt ses désirs que l'ordre du monde ?

Publié le 24/02/2005

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La nature désenchantée n'est plus qu'un matériau offert à l'action de l'homme, dans son propre intérêt. Connaître et fabriquer vont de pair.D'autre part, il s'agit « d'inventer une infinité d'artifices » pour jouir sans aucune peine de ce que fournit la nature. La salut de l'homme provient de sa capacité à maîtriser et même dominer techniquement, artificiellement la nature.Ce projet d'une science intéressée, qui doive nous rendre apte à dominer et exploiter techniquement une nature désenchantée est encore le nôtre.Or la formule de Descartes est aussi précise que glacée ; il faut nous rendre « comme maître et possesseur de la nature ». « Comme », car Dieu seul est véritablement maître & possesseur. Cependant, l'homme est ici décrit comme un sujet qui a tous les droits sur une nature qui lui appartient (« possesseur »), et qui peut en faire ce que bon lui semble dans son propre intérêt (« maître »).Pour qu'un tel projet soit possible, il faut avoir vidé la nature de toute forme de vie qui pourrait limiter l'action de l'homme , et poser des bornes à ses désirs de domination & d'exploitation. C'est ce qu'a fait la métaphysique cartésienne, en établissant une différence radicale de nature entre corps & esprit.

« Les hommes sont la cause de leur propre malheurDescartes s'est inspiré de la philosophie d'Épictète, en affirmant qu'il vautmieux changer ses désirs plutôt que l'ordre du monde.Dans la troisième partie du « Discours de la méthode », Descartes affirmequ'une de ses règles d'action est « de tâcher plutôt à me vaincre que lafortune, et à changer mes désirs plutôt que l'ordre du monde » (« Fortune »désigne ici le cours changeant de la nature).Pour comprendre cette maxime, qui semble d'un conformisme révoltant, il fautsavoir qu'elle fait partie d'une morale « par provision », c'est-à-dire qu'elle necorrespond pas à la morale définitive de Descartes, mais s'intègre à unensemble de règles provisoires et révisables, dictées par l'urgence de la vie etde l'action, alors même que la raison et la recherche recommandent laprudence.Le but que poursuivent les stoïciens, et Descartes ici, est de nous rendre lesplus indépendants possibles des coups du sort, d'assurer au sujet la plusgrande autonomie possible.

Or pour cela il faut NOUS vaincre, plutôt que denous en prendre à la fortune (au mode, au hasard) et changer nos désirsplutôt que de sombrer dans l'illusion de remodeler le mode suivant nos projets.Comme le déclare Épictète : « Ce n'est pas en satisfaisant nos désirs que l'onse fait libre, mais en détruisant les désirs.

»On voit ici naître l'opposition entre le sujet et la fortune, ses désirs et lemonde.

En fait, il faut d'abord savoir faire la différence entre ce qui dépend de nous et ce qui n'en dépend pas, compter nos propres forces, et les mesurer à celles du monde qui nous fait face.Ce qui m'appartient en propre et sur quoi j'ai un pouvoir, c'est moi-même, mes désirs, mes pensées, l'initiative demes actes.Par contre, les choses extérieures, ce qui prend pour moi la forme du hasard, l'action des autres, les conséquencesde mes actes, tout cela échappe à mon contrôle, dépasse mon pouvoir.C'est pourquoi Descartes déclare qu'il lui a fallu : « [s'] accoutumer à croire qu'il n'y a rien qui soit entièrement ennotre pouvoir que nos pensées, en sorte qu'après que nous avons fait de notre mieux, touchant les choses qui noussont extérieures, tout ce qui manque de nous réussir est, au regard de nous, absolument impossible.

» [Le propre de l'homme est de vouloir transformer le monde.

L'homme est anti-nature.

C'est à partir destransformations apportées à la nature qu'il s'est humanisé.] L'homme n'a jamais laissé faire la nature.

L'homme comme maître et possesseur de la natureDans la sixième partie du « Discours de la méthode » (1637), Descartes met au jour un projet dont nous sommes leshéritiers.

Il s'agit de promouvoir une nouvelle conception de la science, de la technique et de leurs rapports, apte ànous rendre « comme maître et possesseurs de la nature ».

Descartes n'inaugure pas seulement l'ère du mécanisme,mais aussi celle du machinisme, de la domination technicienne du monde.Si Descartes marque une étape essentielle dans l'histoire de la philosophie, c'est qu'il rompt de façon radicale etessentielle avec sa compréhension antérieure.

Dans le « Discours de la méthode », Descartes polémique avec laphilosophie de son temps et des siècles passés : la scolastique, que l'on peut définir comme une réappropriationchrétienne de la doctrine d'Aristote.Plus précisément, il s'agit dans notre passage de substituer « à la philosophie spéculative qu'on enseigne dans lesécoles » une « philosophie pratique ».

La philosophie spéculative désigne la scolastique, qui fait prédominer lacontemplation sur l'action, le voir sur l'agir.

Aristote et la tradition grecque faisaient de la science une activité libreet désintéressée, n'ayant d'autre but que de comprendre le monde, d'en admirer la beauté.

La vie active est conçuecomme coupée de la vie spéculative, seule digne non seulement des hommes, mais des dieux.Descartes subvertit la tradition.

D'une part, il cherche des « connaissances qui soient fort utiles à la vie », d'autrepart la science cartésienne ne contemple plus les choses de la nature, mais construit des objets de connaissance.Avec le cartésianisme, un idéal d'action, de maîtrise s'introduit au coeur même de l'activité de connaître.La science antique & la philosophie chrétienne étaient désintéressées ; Descartes veut, lui, une « philosophiepratique ».

« Ce qui n'est pas seulement à désirer pour l'invention d'une infinité d'artifices qui feraient qu'on jouiraitsans aucune peine des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s'y trouvent, mais principalement aussipour la conservation de la santé [...] »La nature ne se contemple plus, elle se domine.

Elle ne chante plus les louanges de Dieu, elle est offerte à l'hommepour qu'il l'exploite et s'en rende « comme maître & possesseur ».Or, non seulement la compréhension de la science se voit transformée, mais dans un même mouvement, celle de latechnique.

Si la science peut devenir pratique (et non plus seulement spéculative), c'est qu'elle peut s'appliquerdans une technique.

La technique n'est plus un art, un savoir-faire, une routine, elle devient une science appliquée.. »

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