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Gaston Bachelard: Dans la formation d'un esprit scientifique...

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Dans la formation d'un esprit scientifique, le premier obstacle, c'est l'expérience première, c'est l'expérience placée avant et au dessus de la critique qui, elle, est nécessairement un élément intégrant de l'esprit scientifique. Puisque la critique n'a pas opéré explicitement, l'expérience première ne peut, en aucun cas, être un appui sûr. Nous donnerons de nombreuses preuves de la fragilité des connaissances premières, mais nous tenons tout de suite à nous opposer nettement à cette philosophie facile qui s'appuie sur un sensualisme plus ou moins franc, plus ou moins romancé, et qui prétend recevoir directement ses leçons d'un donné clair, net, sûr, constant, toujours offert à un esprit toujours ouvert. Voici alors la thèse philosophique que nous allons soutenir : l'esprit scientifique doit se former contre la Nature, contre ce qui est, en nous et hors du nous, l'impulsion et l'instruction de la Nature, contre l'entraînement naturel, contre le fait coloré et divers. L'esprit scientifique doit se former en se réformant. Il ne peut s'instruire devant qu'en purifiant les substances naturelles et qu'en ordonnant les phénomènes. Gaston Bachelard

Dans un premier moment, Bachelard revient sur les rapports entre « expérience première « et « critique «. L’expérience première correspond à l’expérience la plus immédiate, la plus spontanée que nous pouvons avoir du monde extérieur : je vois qu’il pleut, je constate que l’eau mouille. Cette expérience première correspond à l’ensemble des données que nous recevons directement des sens (d’où l’emploi du mot « sensualisme « quelques lignes plus loin)

• Dans la formation... première. « Quand on cherche les conditions psychologiques des progrès de la science, on arrive bientôt à cette conviction que c'est en termes d'obstacles qu'il faut poser le problème de la connaissance scientifique. Et il ne s'agit pas de considérer les obstacles externes, comme la complexité et la fugacité des phénomènes, ni d'incriminer la faiblesse des sens et de l'esprit humain : c'est dans l'acte même de connaître, intimement, qu'apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles. C'est là que nous montrerons des causes de stagnation et même de régression, c'est là que nous décèlerons des causes d'inertie que nous appellerons des obstacles épistémologiques. « {La formation de l'esprit scientifique, d'où ce texte est tiré, cf. chap. II.)
Parmi ces obstacles épistémologiques on trouvera, à côté de celui de l'expérience première, les obstacles verbal, substantia-liste, animiste, etc.


• L'expérience première, c'est-à-dire « l'observation première «. « Cette observation première se présente avec un luxe d'images, elle est pittoresque, concrète, naturelle, facile. Il n'y a qu'à la décrire et à s'émerveiller. On croit alors la comprendre « (p. 19). Elle s'oppose radicalement à l'expérimentation qui fait appel à la critique. La formation de l'esprit scientifique passe donc par une rupture psychologique avec l'expérience première.


• Contre la nature. La connaissance scientifique n'a pas, selon Bachelard, pour objet la connaissance de la nature, car les objets de la science sont des « objets sociaux «, soumis à sa rationalité, et qu'elle détermine elle-même.

« pas conquis ; il serait immédiatement clair et non pas à déchiffrer. On peut songer ici à l'idée kantienne selonlaquelle les seules données sensibles ne sauraient nous tromper, ni par ailleurs nous fournir une quelconqueconnaissance dans la mesure où ils « ne jugent pas » ( Anthropologie du point de vue pragmatique ). Il faut lire ici une critique de l'empirisme en tant que celui-ci borne sa connaissance au seul donné sensible, « clair , net, sûr,constant », immédiatement utilisable, sans la médiation de la raison (point de vue rationaliste) ou, pour reprendreles termes de Bachelard de la « critique ». On doit cependant remarquer que le point de vue adopté ici parBachelard concerne non pas l'expérience quotidienne, pour laquelle la « première expérience » est sans doutesuffisante mais bien la production de connaissances nouvelles scientifiques. Cette seconde posture implique undépassement de l'attitude naïve et passive qui caractérise la vie quotidienne. C'est ce que souligne la premièrephrase du texte : de manière paradoxale à première vue, l'expérience première, en dépit de son caractèred'évidence, se présente comme le « premier obstacle ». Malgré sa facilité apparente, elle dessert la connaissancescientifique : c'est en vertu même de cette facilité et de sa familiarité qu'elle est un obstacle. Nous avons tendanceà nous en remettre aveuglément à elle et la posture scientifique demande alors un arrachement à cette adhésionspontanée. L'accès à la connaissance est donc marqué par une « coupure épistémologique » qui opère uneséparation avec la pensée pré-scientifique, celle de la vie courante. Face à cette première posture, Bachelard, dans la seconde partie de notre texte propose une nouvelleposition qui correspond à cette « coupure épistémologique »: « l'esprit scientifique doit se former contre la Nature,contre ce qui est, en nous et hors du nous, l'impulsion et l'instruction de la Nature, contre l'entraînement naturel,contre le fait coloré et divers ». La répétition de la préposition « contre » indique bien le mouvement de résistanceque l'esprit scientifique doit amorcer, résistance difficile par opposition à cette « philosophie facile » décrite ci-dessus. « Contre la Nature », soit contre les évidences premières que la première expérience du monde nousrévèlent ; ne pas se laisser aller à « l'entraînement naturel » qui correspond à « l'impulsion et l'instruction de lanature », c'est-à-dire à l'ensemble des instincts, réflexes, préjugés, jugements hâtifs et immédiats. Ne pasconsidérer la connaissance scientifique comme étant donnée telle quelle mais au contraire creuser, aller la chercherau-delà des ces premières évidences. « Contre le fait coloré et divers » enfin : contre les apparences joyeuses etchangeants, Bachelard oppose la rigueur et la constante de la connaissance scientifique rationnellement construite.Cela est possible en « purifiant les substances naturelles » et « en ordonnant les phénomènes » : débarrasser lessubstances naturelles du surplus « coloré » et insignifiant au point de vue de la connaissance (quoique peut êtreréjouissant pour l'artiste) pour en dégager l'essence, une et identique à elle-même et non plus perdue dans le« divers » des manifestations sensibles sans cesse changeantes. Au désordre sensible substituer enfin l'ordre strictdes phénomènes. Il conviendra donc d'abandonner la philosophie facile, ce qui revient à réformer l'esprit pour leformer selon un autre schéma : « l'esprit doit se former en se réformant ». C'est donc bien un protocole scientifiqueque nous propose ici Bachelard. Nous avons ainsi pu dégager dans ce texte le mouvement par lequel Bachelard en arrive à proposer une nouvelleméthode de formation de l'esprit scientifique et de nouvelles exigences pour la production de connaissancesscientifiques. Nous avons pu montrer comment la science se construit contre l'évidence, contre les illusions de laconnaissance immédiate ; elle doit se placer vis-à-vis de cette immédiateté dans une position critique, parconséquent non plus directe mais médiatisée. Il y a donc une rupture épistémologique entre la posture pré-scientifique et l'esprit scientifique : il faut s'affranchir des tendances et inclinations spontanées et naturelles de lapremière pour s'accorder aux exigences théoriques de la seconde. Dans un autre passage, Bachelard précise ainsi :« scientifiquement, on pense le vrai comme rectification historique d'une longue erreur, on pense l'expérience commerectification de l'illusion commune et première". La formation de l'esprit scientifique consiste donc à donner unenouvelle forme à l'esprit : il s'agit véritablement d'une formation au sens fort de « donner une certaine forme » àquelque chose. « L ‘esprit scientifique doit se former en se réformant ». On pourra remarquer qu'à l'inverse d'une tradition de pensée forte de ces réflexions, Bachelard n'interroge pas icila question de la nature des rapports entre l'esprit et le réel tels qu'il les définit ici. Le problème de la concordanceentre la connaissance que nous avons et les choses prises pour elle-même n'est pas ici soulevée. En d'autrestermes, Bachelard ne réfléchit pas en vertu d'une référence, la vérité, mais place plus fondamentalement sondiscours au niveau d'une pratique. Licencié de mathématiques et professeur de physique et chimie, il fut professeur d'histoire et de philosophie des »

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