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La naissance de l'idée de progrès

Publié le 29/12/2012

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La naissance de l'idée de progrès, au début du XVIIIe siècle, demeure mystérieuse. Il nous est difficile aujourd'hui d'imaginer ce qu'a été son essor soudain. Il nous est devenu inconcevable qu'au long des siècles et des millénaires passés le monde ait été essentiellement aujourd'hui ce qu'il était hier, ce qu'il sera demain, qu'il allait de soi que l'idée ou l'horizon du monde ait été fixe et immuable (bien que le monde ait une histoire et que cette histoire connaisse des variations). Et brusquement, à la fin du XVIIe siècle, de tous les côtés à la fois, en politique, en civilisation, des hommes commencent à penser que le monde peut être en progrès ! NAISSANCE DE L'IDÉE DE PROGRÈS On ne peut négliger de voir que la naissance de l'idée de progrès a demandé une rupture sensible avec ce que supposait la mentalité chrétienne et catholique, elle qui cautionnait la représentation d'un monde fixe et immuable. Ne serait-ce que parce que le monde chrétien, pendant de longs siècles, et sans doute en dépit de son orientation profonde (car on a toujours pensé qu'un progrès était possible dans l'intelligence de l'Évangile), s'est accommodé de l'idée d'un monde immuable et l'a sacralisée, il est impossible aux chrétiens d'ironiser sur l'idée de progrès. Quand, préparée par Francis Bacon et Descartes, elle prend la forme nouvelle de l'esprit de découverte et d'expérience en tous domaines, la condamnation de Galilée (1633) fait de l'Église catholique un obstacle à l'esprit de découverte. À la fin du XVIIe siècle, les persécutions de Louis XIV contre les protestants, le maintien de la religion d'État, le refus d'admettre la liberté de conscience, l'opposition à la tolérance sont le contexte immédiat où naît, par opposition, l'idée de progrès. Enfin, une suspicion tenace à l'encontre de l'idée même que l'homme ait une tâche humaine à accomplir sur la terre a fait que les Églises chrétiennes n'ont pas favorisé au début du XVIIIe siècle une naissance équilibrée de l'idée de progrès. Supposée par l'enseignement de Jésus (le renouveau, la résurrection), liée au christianisme qui fait basculer le temps cyclique de l'Antiquité, celle-ci a dû naître contre ses représentants. Ce qui troublait Teilhard de Chardin. La révolution scientifique En 1750, Turgot prononce un discours intitulé Tableau philosophique des progrès de l'esprit humain. Paraît L'Encyclopédie. Condorcet, disciple et ami de Turgot, après ses brillants débuts scientifiques, développe de façon méthodique et rationnelle, dans l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, l'idée de progrès assurés par le développement des sciences, dans le but d'« assujettir toutes les vérités à la rigueur du calcul «. Le calcul est à ses yeux le grand émancipateur de tous les préjugés, traditions fausses et superstitions. Dans cette oeuvre posthume (1795), il donne à contempler « l'espèce humaine, affranchie de toutes ces chaînes, soustraite à l'empire du hasard, comme à celui des ennemis de ses progrès, et marchant d'un pas ferme et sûr sur la route de la vérité, de la vertu et du bonheur «. Il ne doute pas de toucher « enfin le perfectionnement réel de l'homme «. Chez Condorcet, la croyance au progrès a déjà remplacé Dieu. Dès le Directoire, le succès de l'Esquisse est immense. Le XIXe siècle, à part Baudelaire, emboîte le pas. Après la Révolution française, l'idée de progrès règne pendant la plus grande partie du XIXe siècle, en commençant par Benjamin Constant et Madame de Staël, protestants qui croient beaucoup au perfectionnement de l'homme, puis avec Saint- Simon et Auguste Comte jusqu'à Jules Ferry et l'école républicaine, sous les formes les plus diverses, dans tous les domaines. Elle comporte le rejet de l'idée d'un monde fixe et immuable, donc une rupture avec l'Ancien Régime; en tout cas avec la résignation augustinienne accentuant le rôle du péché originel, que l'enseignement de l'Église répandait couramment et que le pape Pie VI mettait en avant dans sa réponse à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1791. L'idée d'histoire Au cours du XIXe siècle, l'idée de progrès, loin de rester abstraite, se complexifie, se concrétise d'abord par le progrès des techniques et des sciences, puis par le progrès de l'industrie. Il devient impossible de lui échapper. Elle croise alors une autre idée neuve, l'idée d'histoire, qui consiste à appliquer à son tour à l'histoire des hommes le même schéma progressif, depuis que la Révolution l'a mis en oeuvre dans l'action, et non plus seulement spéculativement. L'idée d'histoire ne consiste pas seulement, à la manière de Vico, en ce que les hommes « font leur histoire «. Il y a plus. La Révolution française a manifesté à tous que les hommes peuvent changer les pensées et les structures vermoulues des vieilles sociétés. Le ...

« péché originel, que l'enseignement de l'Église répandait couramment et que le pape Pie VI mettait en avant dans sa réponse à la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1791.

L'idée d'histoire Au cours du XIXe siècle, l'idée de progrès, loin de rester abstraite, se complexifie, se concrétise d'abord par le progrès des techniques et des sciences, puis par le progrès de l'industrie.

Il devient impossible de lui échapper.

Elle croise alors une autre idée neuve, l'idée d'histoire, qui consiste à appliquer à son tour à l'histoire des hommes le même schéma progressif, depuis que la Révolution l'a mis en œuvre dans l'action, et non plus seulement spéculativement.

L'idée d'histoire ne consiste pas seulement, à la manière de Vico, en ce que les hommes « font leur histoire ».

Il y a plus.

La Révolution française a manifesté à tous que les hommes peuvent changer les pensées et les structures vermoulues des vieilles sociétés.

Le progrès n'est donc plus limité aux sciences de la nature, il est possible de l'appliquer à l'homme, aux sociétés humaines.

« Tout un secteur immense de l'existence humaine qui paraissait traditionnellement hors des prises de l'activité transformatrice tombe désormais sous la juridiction de la libre initiative humaine.

La société ne présente pas des structures intangibles, mais au contraire des structures devenues » (Paul Valadier).

L'idée de progrès et l'idée "d'histoire croisent donc une troisième idée-force, celle de « révolution », une idée incarnée dans un groupe et transformée en arme de guerre, en instrument pour bâtir une nouvelle société, « raison en acte et acte providentiel » (Octavio Paz), une idée et bientôt des événements dont les dates (1789, 1917, la révolution chinoise de 1949} rythment et dominent le XIXe et le XXe siècles.

La force de déflagration de ces trois forces conjuguées est énorme.

Si l'on ajoute qu'après Darwin l'idée d'évolution s'impose, on voit à quel point la dynamique de l'esprit penche de ce côté-là.

Il y a désormais un parti du progrès ! Un couple conceptuel s'instaure : l'idée de progrès engendre logiquement son antagoniste, qualifiée de réaction.

Face au progressiste, on se retrouve vite réactionnaire ! Dans ces conditions, dans le domaine religieux aussi, l'idée de progrès est partout présente au XIXe siècle, suggérant l'idée d'un troisième âge, l'âge spirituel, l'âge de l'Esprit qui considère comme dépassée l'institution d'une Église visible, trop cléricale, trop sclérosée, chez Bûchez, Leroux, George Sand, Michelet...

La « spiritualité » prend, dès la première moitié du siècle, le relais de la « religion » établie.

La croyance au progrès remplace peu à peu Dieu dans les esprits, surtout dans la seconde moitié du XIXe siècle.

Un temps d'incubation a préparé des hommes déjà « privés de Dieu » à adhérer avec enthousiasme, après la grande guerre, à l'espérance communiste de 1917.

Progressisme et développement Malgré les doutes de la fin du siècle, malgré les ébranlements de la première et de la seconde guerre mondiale, la croyance au progrès est relancée après 1945.

Dans le bouleversement du monde qui suit, le communisme bénéficie pendant de longues décennies, en Europe occidentale et en Europe orientale, du label de progrès qui lui évite de devoir rendre des comptes sur les violences qu'il commet.

Le prestige de cette doctrine de progrès dans des pays socialement encore proches de la féodalité en Europe centrale et orientale est une des causes de la facile prise de pouvoir par les communistes dans ces pays.

En France aussi, après 1945, l'aura et la dynamique progressiste du marxisme deviennent un « horizon indépassable » (Sartre) qui submerge la jeunesse des milieux laïcs et catholiques.

La notion de progrès s'élargit aussi et s'universalise du côté américain.

Le « développement » devient le nouveau nom du progrès.

Le fameux « Point IV » du discours d'investiture du. »

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