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La parole suffit-elle à faire échec à la violence ?

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Se réservant l’usage légitime de la violence, l’État prévoit des violences illégitimes. Elles sont interdites par l’ensemble des lois, qui sont l’équivalent d’une parole d’État, fixée par le texte. Mais les lois n’empêchent pas la violence privée de se déchaîner : toute société connaît des meurtres, des agressions, des violences sur les personnes ou sur leurs biens. La loi, sans doute, a le dernier mot, puisque celui qui la bafoue sera puni par ses représentants (police et justice), et ce sera, dans les cas les plus graves, « au nom du peuple » que représente l’État.

 

Lorsque la loi, équivalent d’une parole collective ou générale (au sens ou Rousseau évoque la « volonté générale »), veut interdire la violence, elle est donc amenée à prévoir comment elle devra sanctionner la violence qui aura eu lieu malgré elle, afin que « force reste à la loi ». C’est que l’interdit appelle sa transgression : il la prévoit nécessairement en instaurant la limite à partir d’où elle se définit. Là où il n’y pas d’interdit, il n’y a pas de transgression possible, comme là où il n’y a pas de parole, il n’y a que la violence. Mais on peut se demander si, de même que la loi « inclut » la possibilité de sa transgression, la parole n’« inclut » pas, à sa manière, la possibilité de la violence qui la nie.

« remarque toutefois que la parole n'intervient alors qu'après une explosion de violence (y compris, parfois, de violence verbale) ; elle fera peut-être échec au retour de la violence, et on doit souhaiter que sa leçon soit rete­ nue par tous : que désormais, on pense à parler avant de se taper dessus ... À ce rythme. on pourrait penser que la violence ne devrait jamais appa­ raître plus d'une fois entre deux communautés -ce dont l'histoire humaine, même vue de loin, est loin de témoigner. Si la parole suffit à faire échec à la violence, il semble qu'elle connaisse aussi de nombreux échecs dans cette tâche. [1. Opposition théorique entre violence et discours] Dans Gorgias, Calliclès fait sans doute l'éloge de la force et de la vio­ lence ; il n'en reste pas moins qu'il continue à dialoguer de manière paci­ fique. Il est de tradition, dans la philosophie. d'affirmer que le recours au discours, sous quelque forme que cc soit, interdit à la violence de se déchaîner. Cet espoir peut trouver à s'illustrer très quotidiennement. Tout d'abord parce que le comportement violent paraît en effet incompatible avec, non seulement la parole ou le discours, mais bien le langage en général : je peux avertir mon voisin que je vais le frapper, mais, au moment où je lui porte un coup, je ne dis plus rien. Tout au plus suis-je capable de pousser un cri pour accompagner mon geste. La violence saisit le corps entier, elle supprime toute distance parce qu'elle établit un contact physique, alors que le langage implique au contraire un écart entre celui qui parle et les choses mêmes qu'il désigne. L'homme violent n'a droit qu'au cri. au hurlemem, qui est moins mani­ festation de ce qu'il pense que transposition sonore de son effort physique : on hurle pour s'encourager au combat, le boxeur double son crochet d'un rugissement ; il ne s'agit dans tous les cas que d'une expres­ sion strictement corporelle. À l'inverse. parler instaure une communica­ tion entre deux esprits ou deux consciences, en même temps qu'un contrôle sur ce que r on formule : il y faut. sinon une véritable lenteur, du moins un rythme qui ne soit plus celui des muscles et des influx nerveux. Et pour que l'autre réponde, il doit à son tour obéir aux exigences de la parole : que les mots soient prononcés l'un après l'autre, dans l'ordre requis, qu'une linéarité s'installe. Celle-ci contredit le caractère immédiat de la violence. Toute parole est médiation, et de multiples manières : entre les per­ sonnes, entre les choses évoquées et les consciences, entre le monde et sa représentation possible. Il n ·y a pas de médiation dans la violence, elle en est par principe la suppression. C'est pourquoi, lorsque le langage lui­ même cherche à faire violence à l'autre. cene violence n'est que symbo­ lique : l'injure, l'éclat de voix, la crise de colère peuvent «blesser» l'in- »

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