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La passion éloigne -t-elle de la réalité ?

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La passion brouille le jugement et fait voir des choses qui n'existent pas. Elle nous enferme dans une obsession et nous coupe de la réalité. MAIS, la pssion est la loi interne du monde. Elle ne peut pas nous éloigner de la réalité puisqu'elle est la réalité même de l'humanité.

Si la passion est volontiers exaltée — de Tristan et Yseult au surréalisme — par la tradition littéraire et poétique, elle est en général considérée avec suspicion par la philosophie — et ce depuis Platon lui-même. Faut-il admettre que cette méfiance est justifiée parce que la passion éloigne sa « victime « de la réalité ? Ne peut-on au contraire soutenir qu'elle est l'attitude qui donne à cette même « réalité « sa véritable saveur ?

« Ainsi que l'affirme Denis de Rougemont : « l'homme de la passion est justement celui qui choisit d'être dans son tort,aux yeux du monde ».Si le passionné lui-même fait un tel choix, il semble clair que sa passion l'éloigne de la réalité. Pire : elle lui faitperdre le sens des réalités les plus élémentaires. Le joueur n'est-il pas condamné à la ruine? Ainsi se vengeraitfinalement la réalité — mais le passionné ne veut rien entendre de telles leçons : il s'imagine toujours qu'elles ne leconcernent pas. L'histoire est cependant riche en individus qui, loin d'avoir perdu tout contact avec la réalité, en ont donné desinterprétations neuves — qu'il s'agisse de Gauguin ou de Marie Curie.Que serait un artiste sans passion? Sans la confiance, en effet déraisonnable pour tout esprit calme, qu'il se faitpour trouver une nouvelle version du monde. Et que pourrait découvrir un savant s'il n'était pas animé par uneauthentique passion de la découverte qui lui permet de supporter les impasses temporaires et les échecs, la lenteurde sa démarche, les objections de ses collègues, etc.On peut remarquer que cette autre figure du passionné (artiste, chercheur, «génie») s'affirme après le romantisme,après que Fichte a défini l'amour, mais semble-t-il, toute passion, comme «désir de quelque chose d'inconnu». Onadmet alors que la passion n'éloigne dans un premier temps du quotidien et de ses contraintes que pour mieuxensuite le retrouver, en le complétant ou le magnifiant du même mouvement. On s'habitue dès lors à répéter aprèsHegel que « rien de grand ne s'est fait sans passion», en simplifiant volontiers sa pensée.Pour Hegel en effet, la passion est le nécessaire ressort subjectif — apparemment égoïste — qui entraîne l'homme àaccomplir sans le savoir les buts de l'Esprit du Monde. Ce dernier étant pure Raison, il est clair que sa froideur ousécheresse ne pourrait entraîner l'humain vers des réalisations remarquables. Aussi la passion en devient-elle l'agentinvolontaire, animant les hommes pour qu'ils agissent de manière excessive : subjectivement satisfaits (puisqu'ilscomblent par exemple leur goût de la conquête ou leur désir de gloire), ils font avancer l'histoire dans le sens finalde la Rationalité. La passion n'est ainsi dans l'homme que l'écho d'une « ruse de la Raison ». Et comme cettedernière se réalise progressivement, il devient difficile d'affirmer encore que la passion éloigne du réel : elle participeau contraire à ses transformations. « Les inclinations et les passions ont pour contenu les mêmes déterminationsque les sentiments pratiques et, d'un côté, elles ont également pour base lanature rationnelle de l'esprit, mais, d'un autre côté, en tant qu'elles relèventde la volonté encore subjective, singulière, elles sont affectées decontingence et il apparaît que, en tant qu'elles sont particulières, elles secomportent, par rapport à l'individu comme entre elles, de façon extérieureet, par conséquent, selon une nécessité non-libre.La passion contient dans sa détermination d'être limitée à une particularité dela détermination-volitive, particularité dans laquelle se noie l'entièresubjectivité de l'individu, quelle que puisse être d'ailleurs la teneur de ladétermination qu'on vient d'évoquer. Mais, en raison de ce caractère formel,la passion n'est ni bonne ni méchante ; cette forme exprime simplement le faitqu'un sujet a situé tout l'intérêt vivant de son esprit, de son talent, de soncaractère, de sa jouissance, dans un certain contenu. Rien de grand ne s'estaccompli sans passion ni ne peut s'accomplir sans elle. C'est seulement unemoralité inerte, voire trop souvent hypocrite, qui se déchaîne contre la formede la passion comme telle.[...] La question de savoir qu'elles sont les inclinations bonnes, rationnelles,et quelle est leur subordination, se transforme en l'exposé des rapports queproduit l'esprit en se développant lui-même comme esprit objectif.Développement où le contenu de l'ipso-détermination [Cette expressionspécifie que l'esprit se réalise et se détermine lui-même selon des lois rationnelles] perd sa contingence ou son arbitraire. Le traité des tendances, des inclinations et des passions selonleur véritable teneur est donc essentiellement la doctrine des devoirs dans l'ordre du droit, de la morale et desbonnes moeurs. » HEGEL. Hegel met ici en évidence la contradiction apparemment inhérente aux passions : elles semblent à la fois provenir del'individu lui-même qui vise ses intérêts particuliers, et obéir à un ordre rationnel et général, extérieur à l'individu etmême contraire à ses intérêts. Un tel paradoxe soulève la question de la liberté ou de la détermination de noscomportements. Ce problème, ici posé, est également examiné sous l'angle du sens de l'Histoire. Auparavant, Hegel écarte toute approche purement moralisante des passions (en termes de bien ou de mal), maisen dégage la fonction éminemment positive. Il reprend à cet effet la formule d'Helvétius : « Rien de grand... ».Indépendamment de toute considération éthique, l'auteur établit la nécessité des passions en tant que moteur del'action. « Dans l'histoire universelle nous avons affaire à l'Idée telle qu'elle se manifeste dans l'élément de la volonté et de laliberté humaines. Ici la volonté est la base abstraite de la liberté, mais le produit qui en résulte forme l'existenceéthique du peuple. Le premier principe est constitué par les passions humaines. Les deux ensemble forment la trameet le fil de l'histoire universelle. L'Idée en tant que telle est la réalité ; les passions sont le bras avec lequel ellegouverne [...] »

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