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La raison de l'homme dépasse l'homme de F. ALQUIÉ

Publié le 05/01/2020

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F. Alquié refuse la systématisation qu'implique déjà la terminaison en -isme des mots humanisme ou existentialisme. Rappelons que ce qui est ici mis en cause n’est pas la dignité de l'homme (ou les droits de l'homme), qu'il s'agit au contraire-de fonder en raison.

 

On fait souvent honneur à l’existentialisme d’avoir montré que l’existence humaine n’a pas d’essence. Il me semble au contraire que l’existentialisme tend à donner à l’existence une essence, et une unité. Comment, en effet, parler de l’existence, fonder une philosophie de l’existence, faire de l’existence un principe, sans reconnaître à l’existence comme telle une réalité essentielle et lui conférer une irréductible unité ? C’est pour le dualisme que l’existence n’a pas d’essence et ne saurait être principe, étant rencontre et mélange. La philosophie renonce alors à être système : elle ne peut être que méthode, son rôle est d’analyse et de distinction, elle refuse de confondre les divers ordres qui sont en l’homme. Par là, sans doute, elle laisse l’homme divisé, et posés les problèmes que l’histoire et la vie résolvent tous les jours. Mais les solutions de l’histoire et de la vie sont solutions de fait et non de pensée : nous en avertissant, et posant à son tour ces problèmes déjà résolus aux yeux des techniciens et des politiques, la philosophie nous permet déjuger l’histoire et la vie, la politique et la technique. Ici se retrouve le primat du jugement rationnel, qui ne saurait être fondé sur rien, car il fonde tout en vérité ou en erreur, en justice ou en injustice. D’où l’on voit que la raison même ne saurait se comprendre. On ne comprend que l’objet et non ce qui comprend l’objet. On ne comprend pas l’Esprit, qui comprend tout le reste. Et si l’homme, qui pour une part est nature, est pour une autre part Esprit, il n’y a pas de monisme ni d’humanisme valables. Ce n’est pas par hasard qu’il n’est point de science de l’homrne. Toute synthèse qui prétend comprendre l’homme est retour déguisé à l’expérience et au fait, tout système ne se ferme que par tricherie. Et ceux qui nous disent : « voici l’homme » ne nous montrent jamais que les traces du passage de l’homme, les lieux familiers auxquels l’homme donne un sens et qui reflètent son visage, mais ou l’homme n’est plus.

 

Ferdinand Alquié, Solitude de la raison (1966), Le Terrain vague, 1992, p. 150.

« que l'histoire et la vie résolvent tous les jours.

Mais les solu­ tions de l'histoire et de la vie sont solutions de fait et non de pensée : nous en avertissant, et posant à son tour ces pro­ blèmes déjà résolus aux yeux des techniciens et des poli-.

tiques, la philosophie nous permet de juger l'histoire et la vie, la politique et la technique.

Ici se retrouve le primat du juge­ ment rationnel, qui ne saurait être fondé sur rien, car il fonde tout en vérité ou en erreur, en justice ou en injustice.

D'où 1 'on voit que la raison même ne saurait se comprendre.

On ne comprend que l'objet et non ce qui comprend l'objet.

On ne comprend pas !'Esprit, qui comprend tout le reste.

Et si l'homme, qui pour une part est nature, est pour une autre part Esprit, il n'y a pas de monisme ni d'humanisme valables.

Ce n'est pas par hasard qu'il n'est point de science de l'homme.

Toute synthèse qui prétend comprendre l'homme est retour déguisé à l'expérience et au fait, tout système ne se ferme que par tricherie.

Et ceux qui nous disent : « voici l'homme » ne nous montrent jamais que les traces du passage de l'homme, les lieux familiers auxquels l'homme donne un sens et qui reflètent son visage, mais ou l'homme n'est plus.

Ferdinand ALQUIÉ, Solitude de la raison (1966), Le Terrain vague, 1992, p.

150.

POUR MÎEUX COMPRENDRE LE TEXTE F.

Alquié maintient une conception dualiste de l'homme, d'inspiration cartésienne, contre la systématisation abusive de ce qu'il appelle un « monisme » scientifique ou philoso­ phique.

Il ne peut y avoir de« science de l'homme » unifiée, mais seulement des sciences humaines multiples, incapa­ bles de constituer l'homme en objet et qui n'étudient jamais que tel ou tel aspect de l'activité humainè (les « traces »).

De même, l'humanisme philosophique de Sartre apparaît comme un monisme, et F.

Alquié retourne l'argumentation de l'existentialisme : donner à I' « existence )) humaine lunité d'un principe, n'est-ce pas en faire une véritable « essence )) de l'homme?. »

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