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La science découvre-t-elle ou construit-elle son objet ?

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Le terme "objet" est un terme très riche. Par étymologie, l'objet est ce qui est jeté là devant. Le terme peut aussi bien avoir le sens très large de chose, qu'un sens plus spécifique : l'objet, c'est ce qui est objectivé, c'est la chose considérée objectivement, c'est-à-dire universellement et nécessairement. L'objet de la science, c'est donc tout simplement ce qu'elle considère, ce dont elle traite : l'astronomie a pour objet les corps célestes et leurs mouvements, la biologie, les êtres vivants. Pour Aristote, chaque science est spécifiée par la particularité de son objet. Peut-on alors répondre de manière unilatérale à la question, alors même que chaque science a un objet spécifique ? Pour les verbes "découvre" et "construit" : ne peut-on pas opposer le caractère passif de la découverte au caractère actif de la construction ? Si découvrir dénote la rencontre fortuite et immédiate avec les choses de la nature, alors l'explication que la science prétend en donner peut-elle être universelle et nécessaire ? Si construire signifie fabriquer, alors comment la science peut-elle expliquer la nature, dans la mesure où celle-ci est déjà présente ? Dans quelle mesure la science ne construit-elle pas son objet en le découvrant ?

Introduction

  • I. La science comme découverte.

1. La thèse du sens commun et ses difficultés. 2. La science est découverte car elle repose sur l'expérience. 3. Insuffisance de l'idée de découverte.

  • II. Le fait scientifique est construit.

1. Analyse de l'observation. 2. Analyse de l'expérimentation.

  • III. La théorie scientifique est une construction de l'esprit.

1. À la différence des mathématiques, les sciences ne découvrent pas leur objet. 2. La théorie scientifique est construite. 3. Une définition opératoire de la raison.

Conclusion

« Corrigé posté par: [email protected] [Introduction] On désigne la connaissance scientifique par le terme de «recherche». Si la science est ainsi l'affaire de chercheurs,c'est qu'elle n'invente pas les vérités qu'elle énonce. Celles-ci préexistent à leur découverte, elles sont inscritesdans la nature elle-même et le scientifique ne fait que dévoiler ce qui est depuis toujours. Inversement, le mot de«recherche» souligne le rôle actif joué par le sujet. Celui-ci n'attend pas que la nature lui découvre ses secrets, il semet en quête, il questionne, conscient que, s'il ne lui appartient pas de décider des réponses, il lui incombed'interroger puis d'interpréter. Il piège le réel à travers des dispositifs expérimentaux, l'organise dans desconstructions théoriques. Ainsi le savant ne découvre la nature que parce qu'il a construit lui-même les conditions -théoriques et matérielles - de cette découverte. Les différents objets de toute science - les faits, les lois, lesthéories - ne sont ni totalement produits par le sujet, ni simplement lus dans le réel. La science apparaît comme uncomposé de passivité et d'activité, de découverte et de construction. C'est la part de chacun de ces éléments ainsique leur dépendance mutuelle qu'il conviendra de mettre en évidence. Nous nous demanderons en quel sens l'objetde la science peut préexister à sa découverte. Est-ce au titre d'un fait que l'esprit se contenterait d'enregistrer ?Est-ce sous la forme d'une connexion universelle et nécessaire entre phénomènes, d'une structure intelligible du réelque la science découvrirait sans les produire ? Nous discuterons ces deux hypothèses en dénonçant le mythe du faitbrut, et en montrant que la théorie scientifique ne peut révéler aucun «en soi» des choses. [I. La science comme découverte.] [1. La thèse du sens commun et ses difficultés.] On parle des progrès de la science comme d'autant de«découvertes». À la différence de l'invention où le sujet crée un objet qui n'existait pas avant lui, la découverteimplique la préexistence de l'objet par rapport à l'acte par lequel nous en prenons connaissance. L'homme de sciencene ferait ainsi que dévoiler, rendre manifestes des lois qui, depuis toujours, gouvernent le monde. La force degravitation précéderait Newton comme l'Amérique, Christophe Colomb. L'objet de la science serait comme préformédans la nature et n'attendrait plus que de tomber sous le regard d'une conscience pour devenir connaissance. Sicette idée a un sens s'agissant d'un objet matériel - il est bien vrai qu'un gisement de pétrole n'existe pas moinsparce qu'il n'est pas découvert - en a-t-elle cependant encore dans le cas de la science? Y a-t-il dans une réalitéen soi quelque chose qui ressemble aux équations de Maxwell ? Que voulons-nous dire alors en prétendant quel'objet préexiste au discours que la science tient sur lui ? Une première difficulté ébranle donc la certitude du senscommun : en affirmant que la science découvre la réalité, on introduirait entre la nature et la science unproblématique rapport de modèle à copie. Naïvement, on se figure que le scientifique ne fait que dire ce qui est.Ce point sera confirmé par l'analyse de l'objectivité. Les relations énoncées par la science entendent décrireadéquatement l'objet auquel elles se rapportent, en retracer fidèlement les contours, proscrivant tout ce quiproviendrait du sujet. Encore une fois, l'objet préexiste à la science qui doit s'incliner devant lui. Le moi, loin de jouerun rôle actif, doit, en entrant dans le laboratoire, se dépouiller de toutes ses particularités pour ne pas altérer lapureté de l'objet par des croyances personnelles, des représentations fausses suggérées par l'imagination ou lelangage, des préjugés liés à l'époque. Devenir rationnel pour le sujet signifie se déprendre de sa subjectivité,s'effacer devant la structure objective de la réalité. Rien ne serait donc plus inconcevable que la perspective selonlaquelle la science pourrait dépendre des initiatives, des choix, des jugements de l'expérimentateur ou du théoricien.Bref, l'objet ne saurait être construit. On répétera notre première question en demandant quelle est cette intuitionde l'objet qui guiderait le scientifique dans ses recherches et servirait de caution à ses affirmations. On en ajouteraune seconde que nous retrouverons plus tard : la dépréciation de l'idée de construction est motivée par une critiquedu subjectivisme mais subjectif signifie-t-il nécessairement particulier, partial voire partisan ? Contre ce point devue, on pourra faire valoir que la raison, loin de suivre passivement les contours d'un objet qui lui serait donné on nesait comment, suppose au contraire une activité par laquelle le sujet structure le réel. [2. La science est découverte car elle repose sur l'expérience.] Quelle est cette réalité extérieure dont la science neserait que la découverte ? S'il y a un sens à parler de découverte, c'est que le monde nous précède. Nous lerencontrons sans le produire. Les théologiens diraient que nous ne l'avons pas créé. Cette passivité fondamentaleest celle de l'expérience: ce terme désigne l'épreuve première par laquelle quelque chose nous est donné. C'est doncparce que les sciences, à l'exclusion des mathématiques, sont empiriques, parce qu'elles reposent sur un contenupositif, qu'elles découvrent leur objet: à la base de tout échafaudage théorique se trouvent des faits que l'onconstate. Il y a toujours, en science, un moment de vérité durant lequel, renonçant à toute interprétation, lescientifique va simplement enregistrer un résultat, par exemple en lisant une mesure sur un appareil. Touteélaboration théorique doit retourner à l'expérience qui prononcera sur elle une sentence de vie ou de mort. Lascience est donc découverte en raison de la finitude de notre esprit qui est ouvert sur un élément étranger à lui. »

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