Devoir de Philosophie

L’apparition de l’intelligence et ses manifestations essentielles. - Le discernement des rapports. - L’invention.

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Pour en revenir à l'instinct, que signifie, étymologiquement, ce terme ? Il signifie : piquer, stimuler, éperonner pour aller dans une certaine direction, nous précise le grand linguiste Émile Egger (in Vocab. philos. A. Lalande) ... Simple métaphore, attachée comme une étiquette à un ensemble disparate de comportements animaux. Une tendance que l’on pourrait appeler «paresseuse », si de grands esprits n’y avaient cédé, va pousser à utiliser tranquillement la notion globale et simpliste d’instinct comme s'il s'agissait, en vérité, d'un «principe» explicatif. « Quand nous voyons — dit ironiquement la Logique de Port-Royal — quand nous voyons un fait dont la cause nous est inconnue, nous nous imaginons l’avoir découverte lorsque nous parlons de vertu, ou de faculté. Certains vous diront qu’il y a dans les artères une vertu pulsifique, dans l'aimant une vertu magnétique, dans le séné une vertu purgative... Et voilà le problème commodément résolu !. .. »

 

Des hommes de laboratoire, comme Jacques LoEB (1859-1924) et, un peu plus récemment, Georges Bohn, Émile BoUViER, d’autres encore, ont disloqué la notion désuète d’instinct pour y substituer un certain nombre de faits bien définis, bien étudiés, bien analysés. En vrais savants ils n'ont pas eu la prétention de découvrir des causes (•) (question générale sur laquelle nous aurons occasion de revenir à propos de l'esprit scientifique). Aucun des termes dont ils se servent et que nous allons énumérer, n’a d’intention « explicative », à proprement parler. Ce sont : les tropismes (•), la sensibilité différentielle (•), les rythmes vitaux (•), la mémoire organique (•), la mémoire spécifique (•) et la mémoire associative (•).

 

La mémoire spécifique.

 

Nous n’insisterons ici que sur les deux dernières sortes de comportements. La mémoire spécifique (c’est-à-dire : de l’Espèce) correspond le mieux à ce que, dans le langage courant, on appelle précisément l'instinct, quand on parle, en particulier, des « merveilles» de l’instinct. Et c’est, en effet, très souvent merveilleux.

Instinct, intelligence, raison sont trois notions qu’il importe de distinguer, soigneusement, si nous désirons éviter les obscurités et les confusions. Quand DESCARTES paraît couper le monde en deux, mettant d’un côté l’étendue (res extensa), de l’autre, la pensée (res cogitans), il définit l’âme uniquement par la pensée. Qu’il ait voulu, par voie de conséquence (puisque les Animaux n’ont pas d’âme), ne voir dans les Animaux que de pures « machines », on l’a dit, on l’a répété, — aussi bien pour adopter la thèse que pour la combattre. Pourtant, ses conceptions étaient moins sommaires. FLOURENS (1794-1867) ne s’y est pas trompé. Il cite même, à ce sujet, un passage significatif, tiré de la Correspondance du grand philosophe : « Il faut remarquer que je parle dè la pensée, non de la vie et du sentiment pour autant qu’il dépend des organes du corps » (N. B. Ici, sentiment, c’est le fait de sentir) ... Transposée en langage moderne, l’idée de DESCARTES s’énoncerait à peu près comme suit : tout ce que nous appelons psychisme animal est de nature purement biologique. C’est bien dans cette direction que se sont engagées les recherches scientifiques en psychologie animale, dès la fin du XIXe siècle. On a rompu avec le verbalisme.

 

Défions-nous du verbalisme.

 

Le verbalisme consiste à prendre un mot pour une explication. Défaut si fréquent que nous risquons tous d’y tomber à chaque instant. On a commencé par désigner un fait ou une catégorie de faits

A l’époque, pas tellement lointaine où les comportements animaux n’étaient pas scientifiquement étudiés, on avait coutume d’affirmer que l’ « instinct » (on pensait surtout à ce que nous nommons aujourd'hui la mémoire spécifique) est immuable. Autrement dit, croyait-on, rien ne peut modifier l’automatisme « réglé » en quelque sorte une fois pour toutes. Or, cela n’est vrai à peu près d’aucune Espèce. Quand un obstacle se présente, soit dans la nature, soit (ce qui est plus commode à observer) quand l’expérimentateur crée cet obstacle, cette difficulté : si ce n’est pas insurmontable, on voit, à un certain moment, la « conduite » changer pour s’adapter aux circonstances, quitte à retomber bientôt dans l’ancien automatisme, ou encore à acquérir un nouvel automatisme.

 

Naturellement, le plus ou moins de rapidité ou de lenteur dans l’adaptation varie énormément selon les Espèces, voire selon les Individus d’une même Espèce.

« PHILOSOPHIE DES SCIENCES par un mot, ce qui est bien naturel et même indispensable. Puis, sans y prendre garde, on «réalise (•) l'abstraction » ; et l'on dira,· par exemple, que la pesanteur est la cause de la chute des corps. On imite, sans le vouloir, le « bachelierus » de MoLIÈRE: «Opium fa cit dormi re, quia est, in eo, virtus dormitiva » ••. Pour en revenir à l'instinct, que signifie, étymologiquement, ce terme ? Il signifie : piquer, stimuler, éperonner pour aller dans une certaine direction, nous précise le grand linguiste Émile Egger (in Vocab. philos. A. Lalande) ... Simple métaphore, attachée comme une étiquette à un ensemble disparate de comportements animaux. Une tendance que l'on pourrait appeler «paresseuse », si de grands esprits n'y avaient cédé, va pousser à utiliser tranquill ement la notion globale et simpliste d'instinct comme s'il s'agissai t, en vérité, d'un «principe» explicatif. « Quand nous voyons -dit ironiquement la Logique de Port-Royal -quand nous voyons un fait dont la cause nous est inconnue, nous nous imaginons l'avoir découverte lorsque nous parlons de vertu, ou de faculté. Certains vous diront qu'il y a dans les artères une vertu pulsifique, dans l'aimant une vertu magné­ tique, dans le séné une vertu purgative ... Et voilà le problème commo­ dément résolu !. .. » Des hommes de laboratoire, comme Jacques LoEB (1859" 1924) et, un peu plus récemment, Georges BoHN, Émile BoUVIER, d'autres encore, ont disloqué la notion désuète d'instinct pour y substituer un certain nombre de faits bien définis, bien étudiés, bien analysés. En vrais savants ils n'ont pas eu la prétention de découvrir des causes (• ) (question génétale sur laquelle nous aurons occasion de revenir à propos de l'esprit scientifique). Aucun des termes dont ils se servent et que nous allons énumérer, n'a d'intention «explicative », à proprement parler. Ce sont : les tropismes (• ), la sensibilité diffé­ rentielle (• ), les rythmes vitaux (• ), la mémoire organique (• ), la mémoire sp écifique (• ) et la mémoire associative (•) . La mémoire spécifique. Nous n'insisterons ici que sur les deux dernières sortes de compor­ tement s. La mémoire spécifique (c'est-à-dire : de l'Espèce) correspond le mieux à ce que, dans le langage courant, on appelle précisément l'i nsti nct, quand on parle, en particulier, des« merveilles» de l'instinct. Et c'est, en effet, très souvent merveilleux .•. Défions-nous de l'anthro pomor phisme. Ce que nous apprennent par exemple les entomologistes sur les mœurs des Insectes tient parfois du prodige. Remarquons seulement N. B. Les mots suivis d'un astérisque (•) sont définis et analysés dans le Voca­ bulaire placé en fin de volume, même lorsqu'ils auront été expliqués au cours d'un de nos exposés. »

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