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L'art peut-il jouer un rôle politique ?

Publié le 22/02/2004

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·         d'un objet dont la forme finale peut paraître gratuite, ce qui nous prédispose au désintéressement. Ainsi une machine à café dont toutes les parties sans exception sont subordonnées à sa fonction de faire le café ne peut être jugée belle et notre rapport à elle ne sera qu'utilitaire. Par contre la nature est telle que nous pouvons soit la contempler soit l'utiliser. ·     d'un objet qui a une forme finale. Pourquoi la juxtaposition d'éléments ne se prête-t-elle pas au plaisir esthétique ? Parce qu'il est impossible de lui assigner un sens. Kant ne veut absolument pas dire que la belle nature ou oeuvre d'art ont un sens. Elles n'ont pas un sens mais elles sont belles dans la mesure où il est possible de leur donner du sens c'est à dire un sens qui ne s'épuisera jamais, qui suscitera toujours de nouvelles interprétations (cf. votre pratique de l'analyse littéraire: le texte n'est pas l'objet d'une connaissance mais d'une interprétation qui peut indéfiniment s'enrichir). Un plaisir esthétique a sa source « dans le libre jeu de l'imagination et de l'entendement «.

La création artistique est une forme de contestation qui exprime une volonté de rejet d'un ordre culturel établi. Mais, l'art perd sa vocation esthétique s'il s'occupe de politique.  Il ne doit être que l'expression de la pure beauté désintéressée. L'art est une activité libre et gratuite et doit le rester.

« Sartre rappelle, dans Qu'est-ce que la littérature ?, que « l'écrivainengagé sait que la parole est action ». Si la littérature engagée, c'estla littérature perçue comme une action, alors toute littérature est, pardéfinition, engagée. « La fonction de l'écrivain — ajoute Sartre — estde faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne s'enpuisse dire innocent. »Ainsi, lorsqu'il décrit les conditions de vie des mineurs, Zola s'engageautant que par la défense du capitaine Dreyfus. De la même façon, LeRouge et le Noir est une oeuvre profondément engagée, car le miroirque promène Stendhal sur les traces de Julien Sorel réfléchit l'imaged'une société ossifiée, repliée sur elle-même. Dans ce monde quiressemble à un tombeau (la province, le séminaire), ceux qui ontl'énergie de vouloir respirer l'air de leurs passions, ceux-là doiventcombattre. L'oeuvre d'art dévoile, elle ne reproduit pas ce qui est(comme le pensaient les Grecs), elle donne à voir et à sentir ce quiétait avant elle inaperçu. Dans le domaine pictural, l'exemple deGuernica, présentée à Paris au Pavillon républicain de l'Expositioninternationale, est significatif. Le tableau montre à une opinion (peudésireuse d'ouvrir les yeux en 1937) l'horreur de la guerre d'Espagne.Ces corps éclatés, ces membres que semble disproportionner la douleur,cette mêlée enfin d'où l'on ne distingue plus les hommes des bêtes,rendent sensible la détresse d'un peuple. Au-delà du bombardement du petit village espagnol, c'est l'atrocité de tout un siècle qui est représentée, un siècle « noir et gris ». ... qui dévoile le monde.Bien sûr, une oeuvre est engagée lorsqu'elle exprime un parti pris et s'intègre dans une lettre ouvertementmenée par son auteur. Mais cette perception de l'art engagé est beaucoup trop restrictive. Elle feint d'ignorerque toute oeuvre est un acte de dévoilement du réel et que l'artiste ne ressemble pas à Zeuxis, ce peintregrec qui représentait de façon si réaliste les grains de raisin sur ses fresques que les pigeons venaient s'ybriser le bec. Il n'y a pas d'oeuvre qui ne trouve sa satisfaction dans un engagement par rapport au contextequi l'a vu naître. C'est que, en retournant la perspective, « la littérature (l'art) d'une époque, c'est l'époquedigérée par sa littérature (son art) », comme le confia Sartre à Madeleine Chapsal. L'engagement apparaîtcomme ce mécanisme de digestion, d'appropriation du réel, « biologiquement » indispensable à une oeuvred'art !C'est la raison pour laquelle les artistes ont toujours été les premières victimes de la répression. Créantlibrement de nouvelles réalités, ils vont nécessairement à contre-courant de ce qui prive l'homme de liberté. [L'art, par essence, est désintéressé. Sa grandeur réside justement dans le fait qu'il ne sertaucune cause, sinon la sienne. Dès l'instant où il s'occupe de politique, il se corrompt, se nie lui-même.] L'imagination contre le pouvoirLe propre de l'imaginaire est de révéler un univers entièrement neuf. Les impressionnistes ont peint la lumièrecomme jamais auparavant elle n'avait été peinte. Or, tout au contraire, le propre de la politique estd'administrer le présent, de s'occuper de choses on ne peut plus concrètes. L'art a tout à perdre dès l'instantqu'il se mêle de politique. Politique et pragmatismeLa création, précisément parce qu'elle est création, fait fi des circonstances et des contingences de la réalité.Aux journalistes de les relater, aux hommes politiques, aux technocrates d'en tirer profit. Elles peuvent inspirerl'artiste, mais en aucun cas elles ne doivent brider son inspiration. Les circonstances passent et trépassent,l'oeuvre d'art demeure. L'action politique vise le court voire le moyen terme alors que l'art recherche l'éternité.Par exemple, le tableau de Picasso "Guernica" ne relate pas le bombardement d'une ville d'Espagne par lesnazis mais témoigne de l'horreur de la guerre. L'art a une vocation purement spirituelleJulien Benda, dans La Trahison des clercs, s'en prend aux artistes qui ont trahi leur mission en se mêlant depolitique. L'art ne doit viser que le beau et le sublime... renouant ici avec la tradition kantienne. »

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