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L'art qui reproduirait la réalité serait-il encore de l'art ?

Publié le 10/03/2004

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HTML clipboard• Comment, tout d'abord, définir la notion d'art et que faut-il entendre par ce terme ? En sa signification originelle, l'art était proche de la technique et désignait un ensemble de procédés et de moyens permettant d'atteindre certaines fins et certains résultats. Mais, au sens moderne, l'art est une création de choses belles, de réalités exprimant un idéal de beauté ; il désigne une production de la beauté par les oeuvres d'un être conscient.  Qu'est-ce que reproduire ? C'est répéter, rendre fidèlement et donner l'équivalent d'une chose, c'est, également, copier, de telle sorte qu'une réalité déjà produite puisse être et exister de nouveau. Il y a, dans cette idée de reproduction, le thème d'une imitation fidèle. Quant à la réalité, elle désigne, dans cet intitulé précis de sujet, ce qui existe, l'existence sensible et objective. C'est en cette acception que le terme de réalité doit être ici compris  • La signification de cet intitulé de sujet est donc la suivante : la production de la beauté par les oeuvres d'un être conscient, lorsqu'elle relève du principe de l'imitation des choses, mérite-t-elle encore le nom d'art ? On notera que la formulation même du sujet (serait-il encore...) conduit à un certain type de réponse, évidemment négative.  • Le problème posé dans cet intitulé est celui de la relation de la nature et de l'art, celui de savoir si l'on peut faire de la nature l'idéal de l'art ou si, bien au contraire, cette dernière imite l'art. Ainsi c'est l'essence même de l'art qui est questionnée dans ce sujet.

« l'âme.

L'art véritable est, dans cette perspective, l'esprit se prenant pour objet à travers la médiation de la matièreet du sensible.

Façonner des formes nouvelles, les inventer, les manifester, telle est sa destination profonde.

L'arttrouve sa perfection en des formes spirituelles autonomes, irréductibles à celles du monde sensible.

« L'Art a desfleurs que ne connaît aucune forêt, des oiseaux que nul bois ne possède.

» Il correspond à la production d'uneessence spirituelle, il appartient à la sphère absolue de l'Esprit.

La production de la beauté dans l'art se comprendpar la manifestation de l'Idée, principe même de toute transcendance.Invention de formes pures, révélation du spirituel, l'art n'a donc pas à reproduire la réalité et à l'imiter.

S'il se bornaità copier servilement la nature, il cesserait précisément de mériter le nom d'Art.

Ce que l'art offre à notrecontemplation, c'est un monde idéal doté d'une valeur de beauté originale et spécifique, ce que montrait fort bienl'exemple du tableau Les époux Arnolfini.

Ici, la manifestation du monde objectif et réel, des classes sociales, de leurpuissance, etc., est insuffisante comme principe d'explication de l'extase esthétique.

Un tout autre élémentintervient, que nous appellerons le Mystère ou l'Énigme de la toile, lesquels ne peuvent se comprendre sans lamanifestation d'autre chose, sans la position d'un monde idéal, rigoureusement irréductible à la reproductionphénoménale.

En d'autres termes, ce n'est point le caractère « prosaïque » du tableau qui nous subjugue, mais,peut-être, le destin des personnages, leur vérité idéale, fondamentale, essentielle.Que l'art, manifestation des Formes ou du Spirituel, cesse d'être de l'Art lorsqu'il veut seulement reproduire et imiterla réalité, c'est ce qu'a brillamment montré Hegel dans son Esthétique.

Que vaut, demande Hegel, la conception(fort ancienne), d'après laquelle l'art devrait reproduire et imiter la réalité ? En fait, la reproduction habile d'objetsexistant déjà dans la nature, lorsqu'elle est posée comme la fin essentielle et fondamentale de l'Art, aboutitprécisément à la négation de l'Art en tant que tel.

Dans cette perspective, l'Art se ramène à une occupation oiseuseet superflue, non point à une tâche privilégiée, ce n'est qu'une pâle caricature de la vie.

D'une manière générale,l'Art disparaît en tant qu'Art lorsqu'il est envisagé à partir de normes imitatives, car il est alors privé de sa liberté,dans la mesure où il est asservi à la copie.

L'intention « réaliste » aboutit, dans tous les cas, à la négation duconcept et de la réalité de l'Art.

Écoutons ici Hegel : « En entrant en rivalité avec la nature, on se livre à un artificesans valeur...

C'est ainsi que Zeuxis peignait des raisins qui avaient une apparence tellement naturelle que despigeons s'y trompaient et venaient les picorer, et Praxeas peignit un rideau qui trompa un homme, le peintre lui-même...

En présence de ces exemples, et d'autres du même genre, on devrait du moins comprendre qu'au lieu delouer les oeuvres d'art, parce qu'elles ont réussi à tromper des pigeons et des singes, on devrait plutôt blâmer ceuxqui croient exalter la valeur d'une oeuvre d'art en faisant ressortir ces banales curiosités et en voyant dans celles-cil'expression la plus élevée de l'art » (HEGEL, Esthétique, tome 1, p.

33).

Et que dire d'arts comme la musique oul'architecture ? Où est le modèle naturel ? Tout n'est-il pas invention humaine en eux ?L'art qui se donne pour fin la reproduction est donc infidèle à sa vraie destination, la production de l'Esprit, et nemérite pas le nom d'Art.

S'appuyant sur l'Illusion, il ne saurait atteindre les formes et essences spirituelles, marquesmêmes du Beau.

A la limite, l'art véritable transfigure le monde, mais ne le copie jamais.Voir dans l'oeuvre d'art un calque de ce qui existe déjà, un miroir fidèle de la réalité, aboutit donc à nier cetteoeuvre ainsi que l'art.

Quand ce dernier veut redoubler la nature, alors il ne peut que déchoir et aboutir à unecaricature de la vie.

Mais il faut aller plus loin et vérifier presque par l'absurde notre proposition : non seulement l'artn'a pas à re-produire le réel, auquel cas il serait infidèle à sa mission et ne mériterait pas le nom d'Art, mais, premierde manière absolue, il est lui-même imité par la nature, comme nous allons maintenant tenter de le montrer.. »

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