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Le bonheur est-il idéal de l'imagination ou réalité ?

Publié le 27/02/2008

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Analyse du sujet   -          Etymologiquement, le bonheur vient du  latin bonum agurium, « chance, bonne fortune ». Au sens général, il s'agit d'un état de satisfaction complète, caractérisé par sa plénitude et sa stabilité. Chez Aristote, le bonheur est la fin que tout homme poursuit (même si les hommes ne s'entendent pas sur sa nature), doit être rapporté à la réussite de l'activité. Or l'activité la plus élevée est celle de l'intelligence : penser vrai procure donc le plus grand bonheur. (Ethique à Nicomaque, LI, ch. 8-9 / LX, ch. 6-7). Chez les stoïciens, le bonheur désigne la disposition de l'âme de celui qui vit conformément à la nature. (Sénèque, De la vie heureuse). Chez Kant, le bonheur se définit à la fois comme l'état dans le monde d'un être raisonnable à qui, dans le cours de l'existence, tout arrive selon son souhait et sa volonté ; soit la satisfaction de toutes nos inclinations tant en extension, c'est-à-dire en multiplicité, qu'en intensité, c'est-à-dire en degré, et en protension, c'est-à-dire en durée. » Kant précise qu'à la différence des autres satisfactions qui sont vécues dans un présent instable, inachevé, éphémère, le bonheur suppose une réflexion de l'imagination qui récupère le passé et se projette dans l'avenir. (Critique de la raison pratique, I, LII, ch. 2, 5). -          Que le bonheur soit une réalité signifie qu'il est possible de droit mais aussi de fait de l'atteindre effectivement : cela signifie que le bonheur existe réellement, et qu'il apparaît légitime, dès lors, d'espérer le réaliser dès cette vie. -          A l'inverse, il semble que si le bonheur ne se définit que comme idéal de l'imagination, il est en même temps frappé du sceau de l'illusion. En ce sens, il apparaîtrait alors illégitime, vain, de chercher et même d'espérer l'atteindre. Si donc le bonheur n'est qu'un idéal de l'imagination, c'est-à-dire une pure fiction, cela signifie-t-il que toute volonté et tout espoir de l'atteindre est vain. Le problème que soulève la définition du bonheur comme idéal de l'imagination se pose relativement aux conséquences pratiques que cela peut engendrer. Ce sont donc les conséquences tant pratiques que morales qu'il va falloir analyser précisément. -          La difficulté et l'enjeu de la question résident précisément dans la définition du bonheur et de sa nature : car en effet, c'est cette définition qui devient la condition de possibilité pour qu'on puisse légitimement que l'on peut espérer atteindre le bonheur. -          La conception, et même la définition du bonheur en tant que nous sommes susceptibles d'en faire l'épreuve, sont ici mises à la question. C'est donc à la fois la définition du bonheur mais aussi si réalisation effective qui sont enjeu ici. -          Un tel sujet nous amène donc à nous pencher sur la nature du bonheur et sur sa distinction d'avec le simple plaisir ou la simple joie : qu'est-ce qui fait finalement qu'il pourrait être illégitime de penser pouvoir réaliser, dans ce monde, un bonheur total et absolu sinon que celui-ci est insaisissable et donc inaccessible de fait comme de droit ?   Problématique               Le bonheur, comme état de plénitude parfaitement accompli, est-il effectivement réalisable ou seulement idéal de l'imagination ? Pour le dire autrement, peut-on penser réaliser son propre bonheur dans cette vie ou faut-il comprendre qu'il ne sera jamais comme tel atteint en tant qu'idéal que l'imagination pose comme existant ? Et si le bonheur n'est pas réalité mais idéal de l'imagination, quelles en sont les conséquences ? Est-il légitime d'espérer être pleinement heureux, espérer atteindre le bonheur s'il n'est qu'un idéal de l'imagination ?

« frivolité ou cynisme, l'individualisme contemporain. Un appauvrissement des aspirations au bonheurapparaît ainsi dans la réduction de l'horizon de l'existence à des objectifs de consommation, et detranquillité indifférente à tout ce qui n'est pas la « vie privée » ou l'intérêt immédiat. On serait tenté depenser que la liberté est une condition du bonheur, même si c'est une condition nécessaire mais nonsuffisante. Seulement, nous l'avons vu, il est des bonheurs qui s'accommodent de la passivité voire dela dépendance. II- L'impossibilité effective d'atteindre le bonheur et ses conséquences : une espérance vaine et illégitime ? · En réalité, ce qu'il faut dès à présent entreprendre c'est la découverte de l'essence même du bonheur. Car si le bonheur n'est pas le simple plaisir, ou la simple joie – s'il n'est même pas la somme detous les instants heureux de notre vie – alors espérer le bonheur, état tellement parfait et accompli,serait alors synonyme de « courir après une chimère ». En ce sens, en droit, il serait non seulementvain mais encore illégitime d'espérer un bonheur dans les faits irréalisables. Car espérer être heureux cene serait rien d'autre que passer à sa vie à chercher quelque chose qu'on sait ne jamais pouvoiratteindre. Il faut comprendre en effet à quel point le fait d'espérer le bonheur doit emporter avec lui lanaissance d'une véritable éthique. Espérer le bonheur, c'est orienter et ordonner sa conduite vers laréalisation de ce bonheur. Mais quel est-il précisément ? · La valeur du plaisir = Le plaisir est une expérience agréable, liée aux sensations, donc à un éprouvé corporel. Le plaisir est le premier bien spontanément recherché. Mais l'agréable se distingue cependantdu bien. Le plaisir que le tyran prend à exercer arbitrairement son pouvoir provoque le malheur d'autruiet son propre mal moral. Ce qui nous fait envie n'est pas toujours bien. La volonté d'être bon sportifsuppose un entraînement intensif, astreignant et douloureux, et peut s'opposer à l'envie de paresser oude garder du temps libre. De plus, l'agréable peut correspondre au simple soulagement d'une douleur, etdonc coexister avec un mal. Platon montre que l'homme de plaisir est insatiable et jamais satisfait, ilressemble à un tonneau percé : le plaisir s'oppose donc parfois non seulement au bien (moral), maisaussi au bonheur lui-même. Le caractère éphémère du plaisir et son indifférence au bien manifeste qu'ilest du ressort du sensible, et non du rationnel ; comment pourrait-il fonder une éthique, orienter notrecomportement ? Et pourtant chacun cherche son bien (et poursuit donc la représentation qu'il se faitdu bonheur) à partir d'une logique qui reste celle du principe de plaisir. · Joie, bonheur et béatitude = sans doute faut-il distinguer ici entre plaisir et joie : le plaisir concerne les éprouvés corporels et psychiques qui sont vécus comme agréables ; la joie est une qualité de l'âmeque Spinoza décrit comme une augmentation de sa puissance d'être. Le plaisir nous affect, mais la joieest d'abord interne, et concerne notre être même. Le plaisir peut me venir d'un autre, mais il restepartiel, lié à ce que je ressens ; la joie concerne l'ensemble de ma relation avec cette autre personne,c'est sa personne et son attitude qui me réjouissent. Le bonheur est de ce point de vue du côté de lajoie, car il relève de la totalité ; et il suppose en outre la durée (tandis que la joie est momentanée etcoexister avec une souffrance ou une douleur) Le bonheur suppose une harmonie totale et durableentre soi et soi-même, entre soi et le monde. Comment ne pas le désirer ? Mais comment ne pas jugerd'emblée qu'une telle attente est utopique ? · La béatitude serait pourtant la réalisation d'un tel bonheur total, définitif, sans failles, mais le terme implique l'idée d'un bonheur d'essence spirituelle. Dans l'Ethique, Spinoza qualifie la béatitude en la liantà la « connaissance du troisième genre », capacité de reconnaître et d'éprouver de façon adéquatel'essence et la nécessité de toutes choses et d'y trouver sa joie ; cela revient à aimer Dieu de l'amourdont il s'aime lui-même) · L'opposition kantienne entre morale et bonheur = Mais cette conciliation entre éthique (orientation du comportement) et recherche du bonheur est impossible dans la conception kantienne de l'autonomiede la morale. En effet, le devoir y découle de la loi morale, manifestée par la raison, et caractérisée parson exigence d'universalité. Il s'ensuit que seule volonté bonne est absolument bonne, et ceciindépendamment de tout critère de réussite ou d'échec, du moment que tout a été mis en œuvre pouragir bien. L'intention morale doit viser le bien et lui seul. L'acte n'est moral que s'il est accompliseulement par respect du devoir, si toute autre visée que le souci de bien agir est étrangère à sa« maxime ». La morale nous rend dignes d'être heureux, mais elle ne nous assure pas le bonheur. En cesens il va falloir requalifier la nature du bonheur : que cela signifie-t-il encore d'affirmer que le bonheurest un idéal de l'imagination ? Et quelles en sont les conséquences. III- Le bonheur comme un idéal régulateur qui, bien que non réel, doit être rechercher asymptotiquement · « Un tout absolu, un maximum de bien-être dans mon état présent et dans toute ma condition »

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