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Le rôle de l imagination dans l existence (Vie et imaginaire)

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J’observe la même collaboration au moment de mettre par écrit les idées qui me sont venues : mots, images, figures littéraires, défilent dans mon esprit d’une façon bien incohérente; si j’avais le temps de les aligner sur le papier, j’obtiendrais une suite qui ne présenterait aucun sens. Mais cet apport de matériaux est indispensable et sans lui je passerais des heures à rédiger une phrase, si même je parvenais à lui donner une forme acceptable. Dans ce fatras hétéroclite, l'intelligence choisit ce qui convient et, par tâtonnements répétés, parvient à l’expression parfaitement juste.

 

Comme exemple de travail intellectuel, j’ai pris celui que je suis en train d’accomplir, une dissertation. Mais j'aurais tout aussi bien pu m’arrêter à un autre : solution d’un problème de mathématique ou de physique, réponse à une question d’histoire ou de géographie. Pour l’écolier et l’étudiant comme pour l’ingénieur et le commerçant, l’imagination est la grande pourvoyeuse de plans et de projets que l’intelligence critique et entre lesquels elle fait son choix.

 

B. Dans ma vie affective, l'imagination joue un rôle plus important encore, car le contrôle exercé par l’intelligence n’y jouit pas de la même efficacité; je suis content ou contrarié à la pensée d’événements imaginaires et même après m’être assuré que mes espoirs ou mes appréhensions n’ont aucun fondement. La tonalité affective de mes jours dépend des représentations imaginatives qui constituent comme la toile de fond de mon esprit beaucoup plus que des incidents de la vie réelle.

« L 'I:IIAGINATION 127 L Ce qu'il faut entendre par imagination. - ~ous venons de ca:!:actériser l'imagination comme une " mode de pens•er "· Précisons un peu mieux la nature de ce fait psychologique. A. A s'en tenir aui mots, 1 'imagination serait la faculté de penser par images, ou plu tôt de reproduire ou de produire des images. Or, 1 'image, si nous en croyon·s 1 'opinion vulgaire, consiste à se représenter les choses d'une façon concrète, c'est-à-dire aussi semblable que possible à l 'impres•­ sion qu'elles font sur nous lors de la perception ou qu'elles pourraient faire si nous les percevions. Ainsi, l'imaginatif, longtemps aprè.s un E~pectacle dont il fut le témoin, s-erait capable de le reYo;r dans tons ses détails, de distinguer les couleurs, de snine les mouvements et le contour des objets, d'entendre sons et bruits, etc. Nous aurions là 1 'imagination reproductrice ou mémoire imaginati'"t.' L'imagination créatrice, d'autre part, permettrait, à l'aide d'éléments empruntés à l'expérience antérieure, de construire une représentation com­ plexe avec ce même caractère d'individualité concrète et de richesse de détail8. Or, si nous observons- ce qui se passe dans notre esprit lorsque ed en jeu ce pouvoir dénommé imagination, nous n'observons guère de ces images concrète.s. Sans doute, je ne puis penser à rien, du moins en ce qui c.oncerne les cho·ses sensibles, sans• rn 'eu faire une représentation ima­ ginaire; mais cette image reste fort vague; elle semble plutôt appartenir au royaume des ombres et on n ·y retrouve pa.s le8 caractères distinctifs, qui, d'après la psychologie class·ique, permettraient de la distinguer de l'idée. D'ailleurs, cette image confuse n'est pas absente non plus de la pensée pvoprement dite, celle qui se fait par idées. De même qu'il faut des signes matériels pour communiquer o'Oa pensée aux antres, de même, on ne peut pas oo l'exprimer à soi-même sans ce lest dr matière que recèle l'image. :'ilous ne caractériserons donc pas l'imagination comme la faculté de pen­ ser par images. B. D'ailleurs, si nous observons l'usage le plus ordinaire de ce mot et des mots de même origine, nou.s verrons facilement qu 'imag'ner consiste moins à se donner une représentation C>Oncrète des cho·ses qu'à construire avec le donné de multiples représentations du po~sible on même dl' 1 'im­ possible. Par suite, l'imagination serait mieux définie comme la fa.culté d'invention. Sans doute, on entend bien encore par imagination la " faculté que nous avons de nous rappeler vhement et de voir en quelque s·orte les objets qui ne sont plus s>Ous nos yeux " : c'est le premier sens de LITTRÉ. Mais si, parmi les textes appmtés à l'appui de cette définition, il en est 1 'un ou l'autre qui lui corre,s,pondent exactement (par exemple: "C'est une cho,se étrange qu'une imagination vive, qui représente toutes chose-s comme si elles éta:ent encore "• Mme DE SÉVIGNÉ, 26 mars 1671!, il en est d'autres dans lesquels- le mot " imagination " désigne un certain pouvoir d'inventer plutôt que celui de se représenter concrètement les choses : " Il (RETz) aime à raconter, et souYent son imagination lui fournit pln8 que sa mémoire " (LA RocHEFOUCAULT); "Ge qu'il m'en coûte pa.sse tonte imagination" (IIA:IIILTON), elc. De même, dans l'usage courant, de celui qui est capable de décrire dans »

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