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Le travail n'est-il pour l'homme qu'un moyen de subvenir à ses besoins?

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travail
Le travail n'est-il finalement pour l'homme qu'un moyen de subvenir à ses besoins? La question était complexe et exigeait que l'on s'interrogeât sur les différentes significations pouvant, selon les circonstances multiples, être prêtées à ce terme. Notre sujet renvoyait au problème de fond, trop souvent négligé, de savoir quelles sont les motivations profondes poussant une très large majorité d'hommes à travailler. Nécessité irréductible ou volonté d'homme libre? La distinction n'est peut-être pas si nette, et c'est dans une relation complexe que ces deux valeurs s'articulent. Notre réflexion quelque peu pessimiste, animée par les réalités de notre époque, nous a conduits à affirmer la nécessité, la satisfaction première des besoins matériels comme primordiale, au détriment parfois d'une certaine réification. Les discours utopiques sur une éventuelle fin du travail ne doivent pas occulter cependant l'enjeu proprement humain qui s'y dessine.

« grec n'est en effet pas si nette, tout travail supposant l'apprentissage d'un certain savoir-faire, une certaineréalisation de soi-même. S'il y a ainsi de la praxis au sein de la poiésis, est-il encore exact de réduire le travail à saseule acception économique? C'est jusqu'ici la logique de la raison qui nous a poussés à opérer une séparation radicale entre labor et otium, entretravail et loisir, entre moyen et fin. La réalité cependant propose une toute autre vision du problème: commentexpliquer en effet ce smanifestations violentes d'un nombre criossant de chômeurs, devenu un véritable problème desociété, si l'on s'en tient à notre conclusion précédente selon laquelle le travail serait une activité si pénible qu'onne pourrait aspirer qu'à s'y soustraire? Peut-on avancer de façon légitime le motif d'une nécessité matérielle, de lacontrainte qui pèse sur chacun de subvenir à ses besoins? Cela ne paraît en réalité guère possible, à l'heure où unEtat-Providence de plus en plus développé assure, par le biais de subventions, un niveau de vie minimum à la quasitotalité de ses citoyens. Qu'en est-il, de plus, du travail des femmes, dont l'obligation financière, la nécessitépressante de subsistance, ne sont de toute évidence pas au centre de leurs revendications?Dans notre contexte actuel, il appert que c'est davantage parce qu'il est un facteur majeur d'intégration sociale quele travail est exigible de tout individu. Car le travail, en tant qu'il structure la vie et organise le temps de lacollectivité, suppose et engendre des relations sociales. Par la rémunération à laquelle il est sujet aujourd'hui, il offreà l'individu l'indépendance financière, il lui permet d'accéder aux normes de la société de consommation, il l'assure,enfin, de son utilité au sein de la division sociale du travail. Celle-ci, propre à toute société qui s'organise, a ététhéorisée par Emile Durkheim: c'est à ce sociologue français du XIXe siècle qu'il revient notamment d'avoir humanisénos sociétés industrielles: la répartition des tâches dans le cadre de la division du travail réalise à l'échelle dugroupe la suffisance à soi manifestement impossible au niveau individuel. Une telle interdépendance des individusassure à chacun une autonomie relative (ainsi que dépendre de tout le monde c'est, affirme Smith, ne dépendre depersonne en particulier) en même temps qu'elle est génératrice de ce que Durkheim a nommé une solidaritéorganique qui, reposant sur une forte différenciation des individus, crée un lien social plus ferme que la seulesolidarité mécanique, où l'uniformité du comportement prévaut.Régent donc de la vie sociale, caractéristique d'une grande majorité de communautés humaines, le travail, qui estégalement ce par quoi s'établissent nombre d'échanges, semble ainsi s'étendre bien au-delà de la nécessité. Marx yvoit même l'essence de l'homme: certes contraignant parce que nécessaire, le travail n'en demeure pas moinséminemment créateur et libérateur du point de vue de ce qu'il offre ou permet. La marque par excellence de lasupériorité de l'homme sur la nature qu'il a le pouvoir de maîtriser, le travail est valorisé à l'échelle de l'espèce pourla spécificité dont il est l'expression. Les animaux, nous l'avons vu, ne travaillent pas. Marx, dans un exemple devenucélèbre, oppose ainsi le plus mauvais architecte à la plus minutieuse des abeilles: ce qui distingue la cellule dupremier de la ruche de la seconde, affirme l'auteur, c'est la conscience accompagnant l'acte de l'homme. S'il n'estpas de travail sans projet conscient, c'est qu'alors se joue dans le travail quelque chose de proprement humain.Marx réitère d'ailleurs cette affirmation dans l'Idéologie allemande: "On peut définir les hommes par la conscience,par la religion, et par tout ce que l'on voudra; eux-mêmes se caractérisent dès lors qu'ils produisent leurs propresmoyens de subsistance".On semble ainsi aboutir, dans une conception humaniste, à une nette valorisation du travail comme symbole de laliberté et de la créativité humaines, comme ce par quoi la conscience réplique au monde et permet à notre humanitéde se déployer. Pourtant, c'est le même auteur qui, au vu des circonstances, condamne une triple aliénation d'untravailleur séparé de son produit, soumis à une organisation extérieure et privé de son essence. Durkheim aussi, quiavait d'abord vanté les mérites de la division du travail, se fait plus pessimiste dans la suite de son oeuvre(notamment Le Suicide) face à la fracture sociale dont il est le témoin. De sorte qu'il conviendrait peut-être de ré-actualiser notre réflexion, la question ne portant non plus sur le travail dans sa généralité, mais bien plutôt tel qu'ilexiste dans nos sociétés. Quels sont, en somme, les rapports de l'homme moderne à son travail? A la question "pourquoi travailler?", il est commun de répondre, "pour gagner de l'argent". La complexificationactuelle de la division du travail semble avoir ôté à cette activité la dimension sociale dont nous faisions l'éloge pourle réduire, de nouveau, à sa seule acception économique.Plus trace aucune en effet des valeurs humanistes de réalisation de soi que l'on avait tenté de prôner au moment oùle travail émergeait comme valeur centrale de nos sociétés. C'est aujourd'hui l'argent,perçu en récompense d'uneffort fourni qui, loin de se cantonner à son statut initial de moyen d'échange, est devenu une fin en soi. C'est ceque Marx avait déjà présagé, au siècle dernier, et qu'il avait condamné dans ce qu'il disait être le "fétichisme de lamarchandise". Dans un monde où la production se réalise sur une échelle si grande que l'on ne produit pas ce quel'on consomme, et qu'on ne consomme pas non plus ce que l'on produit, l'argent ets en effet la seule valeur àincarner tous nos désirs, il subsiste comme la seule réalité tangible à laquelle se rallier. Les individus n'ont alors plusconscience de la solidarité organique qui les lie à leurs prochains, l'individualisme et la logique accumulative dominantle monde du travail.Ainsi, avec le développement du capitalisme, la fonction initiale que nous avions attribuée au travail (à savoirsubvenir à ses besoins en produisant des valeurs d'usage) semble avoir été quelque peu détournée mais non pointévincée: la logique devient à présent de travailler pour ensuite gagner de l'argent, pour enfin subvenir à ses besoins,bref, pour survivre davantage que pour s'épanouir. C'est à ce titre d'ailleurs qu'ont pu être imposés les modèlestayloristes et fordistes d'organisation de la production: en effet, si l'exercice d'un métier ou d'une profession a étéremplacé par la simple exécution d'une tâche et que le travailleur a indéniablement été dépossédé de son actecréateur, un consensus a néanmoins pu être signé avec les syndicats. Ceux-ci acceptaient des conditions de travail »

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