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L'homme a-t-il besoin de l'art ?

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L'homme a besoin d'art parce qu'il a besoin du beau, de tout ce qui dépasse l'existence immédiate et fait de l'homme un animal métaphysique. Toutefois, l'art n'est qu'un luxe. Divertissement pour les riches ou échappatoire pour les pauvres, l'art est quelquefois un agément, jamais une nécessité vital.

Si l'homme ne peut pas vivre sans boire, sans manger, sans assouvir ses besoins naturels primaires, il n'a aucun besoin de l'art pour vivre. L'art est un fait culturel, non naturel. Tout le problème est alors de savoir si, bien qu'artificiel (non naturel), l'art n'est pas aussi essentiel à l'homme que boire et se nourrir, si ce superflu n'est pas, comme le disait Voltaire, « chose bien nécessaire «. L'homme a des besoins naturels à combler pour vivre, n'a-t-il pas aussi besoin d'une raison de vivre ? L'art pourrait lui procurer cette raison de vivre. Sinon, si le seul but de l'homme est de combler ses besoins naturels et rien que ces besoins, qu'est-ce qui le différencie de l'animal ?

« de plénitude et de satisfaction en nous. Mais ce plaisir n'est pas identique au plaisir que l'on ressent lorsqu'onboit un bon vin par exemple: il ne s'agit pas en effet d'un plaisir des sens, et nous ne sommes pas dans ledomaine de l'agréable. Au contraire, ce plaisir est désintéressé, c'est-à-dire qu'il ne satisfait pas en nous unbesoin. A moins que l'on donne le nom de besoin à une exigence purement intellectuelle. [L'homme n'a pas besoin d'art, il a besoin d'un logement pour abriter sa famille et d'un salaire décentpour pouvoir la nourrir. Ensuite seulement, il peut partir en quête de l'agrément que donne l'art.] L'art n'est pas utile pour vivreCe qui est utile vise à satisfaire un besoin vital. Boire, manger, dormir, respirer sont indispensables à la vie.Ici, pas de différence entre l'homme et l'animal. Et puis l'homme, étant un être doué de raison et de langage,s'est éloigné de son cousin simiesque, a développé les techniques, produit ce que la nature ne produit pas ets'est installé plus confortablement dans la vie. En plus de l'instinct de survie propre à tout animal, l'hommepossède la capacité d'ajouter du plaisir à ce qu'il fait, à ce qu'il produit. Mais la fin est toujours matérielle : lebien-être.On peut donc vivre en se contentant de la satisfaction des besoins physiologiques et économiques. Commentexpliquer alors que l'activité artistique soit l'une des toutes premières manifestations de la culture humaine ?L'animal ne crée pas d'art. Dire que l'art n'est pas utilitaire, c'est dire qu'il ne sert pas, qu'il n'est paspréoccupé par des intérêts matériels. Dans une société définie par un consumérisme effréné, par des primes àl'efficacité, quelle est l'utilité de l'art qui ne produit rien de matériellement consommable ? La raison d'être del'art semble d'un autre ordre. Nous sommes en présence de l'acte gratuit par excellence, désintéressé. Cettegratuité est-elle inutile ou a-t-elle un sens ? L'art n'est que divertissementComme le faisait déjà remarquer Platon, l'art n'est que mensonge et tromperie. L'artiste est un illusionniste quidétourne l'homme des préoccupations essentielles. Dans La « République » (X 597b-598c - cf. texte), Platon montre que le peintre est « l'auteur d'uneproduction éloignée de la nature de trois degrés ». En effet, il y a trois degrés de réalité. • La première, celle qui est vraiment et pleinement, est la réalité intelligible ou Idée. Pour Platon les Idées nesont pas des produits de notre intelligence, constitutives de cette dernière (rationalisme) ou formées aucontact de l'expérience (empirisme). Elles existent indépendamment de notre pensée. L'Etre est l'intelligible oumonde des Idées. Cette thèse rend compte et de la connaissance, la réalité est intelligible, objet d'uneconnaissance, et de l'ordre du monde. C'est parce que le monde est en lui-même intelligible que nous pouvonsle connaître.• La seconde, ensemble des êtres naturels ou artificiels, est seconde, sa réalité est moindre, dans la mesureoù elle est imitation de la première. Les êtres naturels doivent leur existence à un Démiurge qui a façonné lamatière en contemplant le monde des Idées (« Timée » ). De même le bon artisan fabrique son objet en seréglant sur son Idée. Ces êtres ont moins de réalité que les Idées puisqu'ils se contentent de les imiter.• La troisième, la plus éloignée de la réalité telle qu'elle est en elle-même, est celle produite par le peintrepuisqu'il imite ce qui est déjà une imitation. Elle est donc un presque rien, n'a pas plus de réalité que notrereflet dans le miroir. Elle est le reflet d'une apparence. En fait, il n'y a rien à voir.Au nom de la vérité Platon critique l'art. Les fondements de cette critique sont: la définition de l'art commeimitation, reproduction de la réalité sensible et à la définition de la réalité sensible comme apparence,apparence trompeuse, apparence du vrai. Non seulement l'artiste ne produit que des apparences et enaccentue la puissance trompeuse, mais encore il nous attache à ce monde des apparences en produisant desapparences qui plaisent, excitent les sens et l'imagination. L'art, effet du désir sensible et des passions, lesaccroît en retour. L'homme raisonnable n'y a pas sa place. L'art, ennemi de la vérité est ennemi de la morale.On trouve ici la première condamnation morale de l'art et par suite la première justification théorique de lacensure artistique dont relève encore la condamnation des « Fleurs du mal » au milieu du XXe. Rousseau auXVIIIe, sur ce point fort différent des philosophes des Lumières, reprendra le flambeau de cette critique. L'artn'élève pas l'âme, bien au contraire. Apparence, il joue le jeu des apparences. Tout d'abord parce qu'il est,dans la société bourgeoise - société de la comparaison, du faire-valoir, de l'hypocrisie, de la compétition -,indissociable d'une mise en scène sociale. On va au théâtre pour exhiber sa toilette et autres signesextérieurs de richesse, pour se comparer, médire, recueillir les potins... Ensuite parce qu'il nous plonge dansun monde fictif où nous pouvons à bon compte nous illusionner sur nous-mêmes. Par exemple nous versons dechaudes larmes en assistant an spectacle des malheurs d'autrui et nous restons froids et impassibles lorsquenous avons l'occasion de lui porter secours. Mais cependant nous avons pu croire à notre bonté naturelle. »

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