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L'homme peut-il se passer de religion?

Publié le 15/07/2005

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religion

Doublement : qu'est-ce que la religion ? Qu'est-ce que l'homme ? 2) Aussi faut-il définir en profondeur et l'homme et la religion. La forme de la thèse (« l'homme fait la religion «) implique donc que soient définis la religion et l'homme. D'abord la religion. Celle-ci n'existe que par l'homme, ce qui justifie qu'on ne puisse pas la définir par elle-même, et qu'il faille au contraire recourir à l'homme. Elle est dit  Marx, « la conscience de soi « de l'homme. Non pas d 'abord une institution (avec son clergé et ses rites) mais quelque chose de l'ordre du penser (et non du faire). L'homme qui se pense lui-même, qui pense « sa valeur «, établit entre lui et lui-même, un écart. C'est dans cet écart que se loge la conscience, c'est dans cet espace immatériel que se situe la religion.

• II peut sembler que cette question ne se pose pas dans la mesure où nombre d'hommes se réclament de « l'athéisme « et déclarent pouvoir se passer de « religion «, et que l'on peut semble-t-il passer sans problème de l'existence à sa possibilité.  • Pour que ces deux sujets, puissent avoir un sens, il convient donc sans doute de se demander ce que peut signifier athéisme et ce que peut signifier religion.  • « L'athéisme « dit pratique.  — Selon Bossuet « il y a un athéisme caché dans tous les cœurs, qui se répand dans toutes les actions : on compte Dieu pour rien «.  Cet athéisme dont il parle est l'athéisme pratique de gens déclarant croire en Dieu.  Athéisme ici renvoie à l'idée qu'un idéal (ici religieux) n'informe pas réellement les pratiques.  Inversement on pourrait se demander si tout acte informé par un idéal moral ne témoigne pas que son auteur n'est pas athée.  — En ce sens, il a été soutenu par Le Roy que :  « Il n'y a point d'athées, car il n'y a personne qui se contente absolument de ce qu'il a et de ce qu'il est..., personne qui admette au moins pratiquement comme principe moteur de sa vie un idéal et un au-delà de l'ordre spirituel dont les sollicitations le travaillent «.  — Le Dantec dans son livre L'Athéisme déclare (page 101):  « il n'y a pas d'athées parfait; la conscience morale impose au plus libéré des athées des devoirs qu'il ne sait pas éviter... Je suis tout aise, pour ma part, d'avoir, à côté de mon athéisme logique une conscience morale résultant d'une quantité d'erreurs ancestrales, et qui me dicte ma conduite dans des cas où ma raison me laisserait noyer. «  • L'athéisme théorique.  — Il consiste, semble-t-il, en la négation explicite de Dieu, au refus de reconnaître tout principe d'unité, transcendant ou immanent à l'univers empirique.  — La difficulté, lorsqu'on parle d'athéisme, tient au fait de savoir ce que l'on nie exactement en niant l'existence d'un Dieu.  — Si nier Dieu, c'est nier un Être conçu d'une certaine façon comme une personne, on peut dire sans problème qu'il existe pour le moins des athés théoriques et que l'athéisme est possible.  — Mais si Dieu est le nom donné pour d'autres caractéristiques et que le terme « religion « peut s'appliquer à d'autres conceptions que des « religions révélées « et (ou) « personnelles « le problème posé se complique sérieusement.  L'on peut se demander alors si toute attitude (théorique ou pratique) valorisant « certaines choses « ne vont pas être appréhendés par d'autres (ne valorisant pas les mêmes choses, ou de la même façon) comme une attitude religieuse, non athée.  Un exemple (significatif) parmi bien d'autres possibles : la position de Nietzsche.  • Ainsi il considère que les libres penseurs ne sont nullement « athées « dans la mesure où ils persistent à opérer une identification « métaphysique « entre « l'Être « et « l'Idéal «.  — Pour les mêmes raisons, il considère que les socialistes sont toujours religieux (et non athées), singulièrement dans leur croyance au progrès.  « A méditer : Dans quelle mesure subsiste encore la fatale croyance en la providence divine, la croyance la plus paralysante qui soit, pour les mains et le cerveau; dans quelle mesure, sous le nom de « nature «, de progrès, de perfectionnement, de darwinisme « est-ce encore l'hypothèse et l'interprétation chrétienne qui subsistent? «  (L'idée de progrès exprimant plus qu'un pur déroulement temporel, mais enveloppant l'affirmation que la marche de la vie et de l'humanité est une ascension dont le terme doit se confondre avec la réalisation de l'Idéal Moral.)

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« « Le fondement de la critique irréligieuse est celui-ci : l'homme fait la religion,la religion ne fait pas l'homme. Plus précisément : la religion est la consciencede soi et de sa valeur de l'homme qui ou bien ne s'est pas encore conquis lui-même, ou bien s'est déjà perdu à nouveau. Mais l'homme, ce n'est pas unêtre abstrait, installé hors du monde. L'homme, c'est le monde de l'homme,l'Etat, la société. Cet Etat, cette société produisent la religion, uneconscience du monde à l'envers, parce qu'ils sont un monde à l'envers. Lareligion, c'est la théorie générale de ce monde, son compendiumencyclopédique, sa logique sous une forme populaire, son point d'honneurspiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel,le fondement général de sa consolation et de sa justification. Elle est laréalisation fantastique de l'être humain, parce que l'être humain ne possèdepas de réalité vraie. La lutte contre la religion est donc immédiatement lalutte contre ce monde dont la religion est l'arôme spirituel.La misère religieuse est tout à la fois l'expression de la misère réelle et laprotestation cotre la misère réelle. La religion est le soupir de la créaturetourmentée, l'âme d'un monde sans coeur, de même qu'elle est l'esprit desituations dépourvues d'esprit. Elle est l'opium du peuple. » MARX. 1) L'homme fait la religion. Sous forme d'une affirmation nettement désignée(« le fondement est celui-ci ») Marx expose sa thèse : l'homme fait la religion. Ce qui est plus largement en jeu : c'est le rapport entre l'homme et la religion. Rapport de deux termes quilogiquement rend donc possible deux positions. Une position généralement admise, selon laquelle la religion faitl'homme. Une position qui critique ce point de vue et qui inverse les termes : « l'homme fait la religion ».Critiquer revient ici à inverser, et Marx pense à rétablir. Car ces deux positions sont contraires, et antagonistes.Prendre position pour l'une, c'est prendre parti contre l'autre. L'une des positions soutient la prééminence de lareligion, l'autre fonde la critique de la religion, est destinée à s'opposer à la religion, donc « critique irréligieuse » quimet la religion à sa vraie place, non pas la première, mais la seconde.Car le rapport : homme, religion, implique de toute manière une antériorité : qu'est-ce qui est premier ? Pour Marx,c'est l'homme qui est premier. Egalement une suprématie : qu'est-ce qui est supérieur ? Pour Marx, c'est l'homme quiest supérieur. Mais ce qui lie le rapport indissociable de l'homme et de la religion (la critique orientée contre lareligion ne la fera pas disparaître pour autant) est le verbe faire. Et la question centrale est « qui fait ? » qui a lepouvoir de faire ? Et pour élucider le faire il faut répondre à la question qu'est-ce que ? Doublement : qu'est-ce quela religion ? Qu'est-ce que l'homme ? 2) Aussi faut-il définir en profondeur et l'homme et la religion. La forme de la thèse (« l'homme fait la religion »)implique donc que soient définis la religion et l'homme. D'abord la religion. Celle-ci n'existe que par l'homme, ce quijustifie qu'on ne puisse pas la définir par elle-même, et qu'il faille au contraire recourir à l'homme. Elle est dit Marx, «la conscience de soi » de l'homme. Non pas d ‘abord une institution (avec son clergé et ses rites) mais quelquechose de l'ordre du penser (et non du faire).L'homme qui se pense lui-même, qui pense « sa valeur », établit entre lui et lui-même, un écart. C'est dans cetécart que se loge la conscience, c'est dans cet espace immatériel que se situe la religion. Tout au moins dans lesdeux figures où l'homme ne s'est pas complètement approprié lui-même («l'homme qui ne s'est pas encore conquislui-même »), où l'homme s'est perdu à lui-même.Pour l'homme qui s'est approprier lui-même, pour l'homme qui ne s'est pas perdu à lui-même, pour cet homme enplénitude (plein de lui-même) il n'y a pas d'espace, d'écart à combler. Dès lors la religion est inutile, elle n'a plus deplace. Elle n'aura à nouveau de la place que si l'homme ai lieu de retrouver sans cesse, se perd à nouveau, laissantdès lors un vide à combler.Cependant l'homme dont on vient de parler avec sa conscience de soi est un homme abstrait. Ce qui signifie aussibien l'homme en général, qu'on aurait pu écrire avec un grand H, qu'un homme non concret. Le rapport de l'hommeet de la religion impose, qu'à l'opposé de l'homme abstrait, on évoque l'homme réel. Car l'homme, c'est d'emblée unrapport, celui qu'il entretient avec le monde : « l'homme n'est pas installé hors du monde », mai bien au contrairedans le monde. Ce monde dans lequel l'homme est immergé est son mode. A tel point qu'il n'y a pas de différenceentre l'homme et le monde. D'où la formule éclatante qui marque l'identité : « l'homme, c'est le monde de l'homme »,et qu'on exprimerait peut-être aujourd'hui comme homme/monde. Mais cette identité n'est pas donnée d'abord, elleest un produit (donc produite dans une histoire), avec ses institutions : la société, l'Etat.Identité (et non opposition) de l'homme et de ses institutions (l'Etat, la société), sans priorité de l'un sur les autres,non par succession, mais plutôt cercle de l'engendrement mutuel : l'homme fait la société, comme la société faitl'homme. Mais la question n'est pas traitée ici en tant que telle. Rappelons-nous la thèse de Marx : l'homme fait lareligion. Dès lors, compte tenu de l'identité de l'homme avec l'Etat et la société, la thèse peut, à l'identique seformuler : « l'Etat, la société produisent font] la religion ». A compléter avec la formulation selon laquelle « la religionest la conscience de soi et de sa valeur de l'homme ». Dès lors, l'enchaînement des idées est le suivant : puisque lareligion est la conscience de soi de l'homme, on peut aussi bien dire que la religion (comme produit) est laconscience (de soi) du monde.Mais , dit Marx, une conscience inversée (une conscience du monde à l'envers). Une conscience qui n'est pasinversée par elle-même, car la religion n'est rien par elle-même. Une conscience qui n'est inversée que de dire (àl'endroit) que le monde est « à l'envers ». Et bien que le terme ne soit pas expressément employé, on a envie dedire que la religion est un reflet, elle est comme un miroir qui reflète. Image impossible cependant, car l'essentiel »

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