Devoir de Philosophie

Pascal, Discours sur la condition des Grands, I, OEuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

Publié le 19/03/2015

Extrait du document

pascal

La pensée de derrière

Pour entrer dans la véritable connaissance de votre condition, considérez-la dans cette image.

Un homme est jeté par la tempête dans une île inconnue, dont les habitants étaient en peine de trouver leur roi, qui s'était perdu ; et, ayant beaucoup de ressemblance de corps et de visage avec ce roi, il est pris pour lui, et reconnu en cette qualité par tout ce peuple. D'abord il ne savait quel parti prendre ; mais il se résolut enfin de se prêter à sa bonne fortune. Il reçut tous les respects qu'on lui voulut rendre, et se laissa traiter de roi.

Mais, comme il ne pouvait oublier sa condition naturelle, il songeait, en même temps qu'il recevait ces respects, qu'il n'était pas ce roi que ce peuple cherchait et que ce royaume ne lui appartenait pas. Ainsi il avait une double pensée : l'une par laquelle il agissait en roi, l'autre par laquelle il reconnaissait son état véritable, et que ce n'était que le hasard qui l'avait mis en place où il était. C'était par la pre­mière qu'il traitait avec le peuple, et par la dernière qu'il traitait avec soi-même.

 

Pascal, Discours sur la condition des Grands, I, OEuvres complètes, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade.

Une révolution, pour se justifier, devrait en effet se fonder sur des principes incontestables, et Pascal doute que cela soit possible. D'où une étrange alliance, chez lui, entre la démarche subversive qui assigne la relativité des pouvoirs et le conservatisme final, qui ne veut voir que l'ordre et non sa légi­timité au regard d'une exigence de justice. Celle-ci, pour le chrétien tragique, semble d'ailleurs illusoire dans un monde qui n'en finit pas de dériver depuis le péché originel.

 

La pensée de derrière délivre la conscience des conventions sociales ou politiques, en en prenant l'exacte mesure. Elle pourrait valoir comme principe de contestation et de démysti­fication. Mais Pascal, en fin de compte, la rallie à l'acceptation pragmatiste d'un ordre pourtant délégitimé en ce qu'il est dis­socié des «grandeurs naturelles «. D'où l'étonnant commen­taire sur le critère ultime de jugement que doit retenir une telle pensée : «Le peuple honore les personnages de grande naissance. Les demi-habiles les méprisent, disent que la nais­sance n'est pas un avantage de la personne, mais du hasard. Les habiles les honorent, non par la pensée du peuple, mais par la pensée de derrière « (Pensées, Brunschvicg 337).

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles