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Penser, est-ce calculer ?

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Au mieux, le calcul n'est donc qu'une espèce particulière de la pensée. Néanmoins, nos intuitions peuvent être trompeuses. Répondre à la question «penser, est-ce calculer? » suppose donc que l'on examine de près les notions de calcul et de pensée. Dans cette perspective, si le calcul semble d'abord permettre de comprendre de manière éclairante la nature de la pensée, celle-ci paraît irréductible au calcul. Néanmoins, le calcul est peut-être lui-même une spécificité de l'espèce humaine. Qu'est-ce que calculer? En quoi consiste l'opération « deux plus trois égalent cinq » ou « deux fois trois égalent six »? Remarquons tout d'abord que les hommes sont en mesure de calculer des opérations entièrement nouvelles : on ne comprend ce phénomène que si l'on suppose que les hommes calculent en appliquant les mêmes règles à différents nombres. Calculer, c'est donc appliquer des règles identiques dans des cas différents.

« déductive et l'intuition. La pensée déductive consiste à déduire une conclusion de prémisses connuesantérieurement, conformément aux règles de la logique syllogistique présentées par ce philosophe. Mais l'intuitionconsiste en une connaissance de la nature des essences formelles des êtres sur lesquels portent les sciences :cette connaissance fournit le point de départ, les prémisses dont dépend toute la connaissance déductive.Autrement dit, même si l'on admet la validité de la thèse de Turing le raisonnement dépend d'une connaissance quiest irréductible à toute caractérisation formelle, donc à tout algorithme. La connaissance des fondements de lascience, dont dépend toute déduction scientifique, échappe au calcul.En outre, la pensée ne tend pas tout entière, ni même peut-être essentiellement, à la vérité : il est possible que lapensée consiste avant tout dans l'appréhension de la question du sens de l'existence. Penser, c'est alorsappréhender consciemment sa propre existence et s'interroger sur le sens de cette existence. Toutes les autresactivités couramment qualifiées de pensée supposent cette capacité. Autrement dit, penser, ce n'est pas accomplirun certain type d'opérations, éventuellement caractérisables en termes de mécanismes formels et récursifs. Penser,c'est comprendre, c'est-à-dire donner un sens.Dès lors, la pensée est par nature irréductible au calcul : calculer, ce n'est pas penser, puisque le calcul estréductible à des algorithmes mécaniques formels et n'implique aucune compréhension. Pourtant, cette thèse neremet pas en cause la description initiale du calcul : or, celle-ci doit être critiquée. Calculer, ce n'est pas appliquer mécaniquement un algorithme. Et si tel est le cas, alors nous ne pouvons plusopposer la pensée au calcul, comme nous venons de le faire, ni assimiler la pensée à une activité mécanique : lecalcul est alors une espèce particulière de pensée.Peut-on dire vraiment, comme nous l'avons suggéré en commençant, que les ordinateurs calculent? Et si nouspouvons aller jusqu'à l'affirmer, voulons-nous dire qu'il calcule au sens où nous disons que nous autres humainscalculons? Quand nous additionnons deux et trois, nous sommes certains que le résultat est cinq. Cette certitudeest constitutive de l'addition, et plus généralement de toutes les opérations que nous désignons du nom de calcul.Or, l'ordinateur n'est jamais certain du résultat du processus mécanique défini par l'algorithme programmé. C'est làune différence majeure entre ce qu'est le calcul mécanique et ce qu'est le calcul humain.Cette certitude ne résulte pas de l'application d'un algorithme, puisque nous pouvons toujours douter de l'avoircorrectement appliqué. Nous sommes certains de notre addition, parce que nous avons appris à additionner de cettemanière et parce que notre addition s'accorde avec les pratiques d'autrui : la certitude repose sur l'apprentissage decertaines pratiques et sur l'acceptation par autrui de nos propres pratiques. Autrement dit, calculer, c'est mettre enoeuvre une certaine compétence qui résulte de notre éducation au sein d'une communauté évaluant la validité del'ensemble de nos pratiques, y compris de notre capacité à calculer. Le calcul n'est donc pas un processusmécanique et formel, mais une certaine pratique sociale.En ce sens, le calcul est une forme de pensée, si l'on appelle par pensée, comme l'analyse du lien entre sens etpensée l'a suggéré, un comportement particulier d'un certain type de vivant, c'est-à-dire les hommes. Cecomportement, c'est-à-dire une certaine relation d'un vivant avec son environnement, se caractérise par laprésence d'une dimension de sens en lui. Calculer, ce n'est pas une opération mécanique pour l'être humain quicalcule : ce n'est pas une opération absurde, dépourvue de sens. Mais c'est au contraire une opération naturelle,c'est-à-dire une opération pourvue de sens. Et cela parce que c'est un comportement social que nous avons apprislors de notre éducation au sein de la communauté de vie qui est la nôtre. Penser, ce n'est pas calculer, même s'il peut de prime abord sembler éclairant de caractériser le calcul comme unprocessus mécanique, formel et récursif, et d'expliquer la notion de raisonnement au moyen de la notion de calculainsi définie. La pensée est liée à la compréhension, c'est-à-dire à l'appréhension du sens, et le calcul lui-mêmen'est pas un processus formel, mais un comportement social sensé : calculer, c'est une forme de pensée. « La Raison n'est que le calcul (c'est-à-dire l'addition et la soustraction) des conséquences des dénominationsgénérales dont nous avons convenu pour noter et signifier nos pensées. » Hobbes, Léviathan, 1651. « La rationalité est de plus en plus assimilée "more mathematico" à la faculté de quantifier. Aussi justement quecela rende compte du primat d'une science de la nature triomphante, aussi peu cela réside-t-il dans le concept de laratio en soi. » Adorno, Dialectique négative, 1966. On n'a que trop tendance à réduire, more mathematico, « suivant la tradition mathématique » la raison à la raisonmathématique, qui porte non sur les qualités, mais sur les quantités. Or, d'après Adorno, le concept de ratio («raison» en latin) s'applique d'abord à nos jugements, à nos actions, à nos oeuvres d'art — lesquels ne sont guère »

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