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Peut-on dire « à chacun sa vérité » ?

Publié le 23/01/2004

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2 Une vérité n'est-elle pas la même pour tous ?3 Comment savoir si ma vérité est la vérité ? Réponses: 1- Oui, et même essentielle puisqu'elle renvoie à la liberté comme à ce qui rend la vérité vivante ou agissante.2 - Certes, mais « pour tous » signifie aussi « pour chacun » : ce n'est pas seulement une question de nombre ou d'universalité, mais aussi de qualité, la qualité que donne notre volonté individuelle à la vérité.3- Il suffit qu'elle soit devenue mienne, à force de reconnaissance, d'acceptation et de pénétration, au sens concret, existentiel, et non abstrait, uniquement intellectuel. CITATIONS: « A tout argument s'oppose un égal argument. » Sextus Empiricus, Hypotyposes pyrrhoniennes, Ile-Ille s. « L'homme est la mesure de toutes choses. » Protagoras (Ve s. av.

« • On comprend alors que les lois scientifiques ne sont pas vraies pour telchercheur et fausses pour tel autre.

S'il peut y avoir discussion, c'est queplusieurs hypothèses sont parfois avancées, entre lesquelles il n'est pasencore possible de choisir.

Mais l'homme de science n'accepterait pas laformule : « A chacun sa vérité ».

Celle-ci ne dépend nullement de chacun.Elle est patiemment élaborée par la communauté scientifique, « l'union destravailleurs de la preuve » (Bachelard) . 3.

Des vérités subjectives • Un homme peut tenir pour vraies des idées philosophiques, politiques,morales ou religieuses, alors même qu'il sait qu'elles ne peuvent êtreargumentées comme le sont les vérités scientifiques.

Il peut estimer en effetque ses idées sont plus « vraies » que les vérités objectives etimpersonnelles, parce que, grâce à elles, il a le sentiment d'être en présencede « sa vérité, une vérité qui réponde à ses aspirations, comble ses attentes,dénoue ses problèmes » (Mounier). • Dans cette perspective, c'est lorsqu'il désigne des vérités universelles,objectives, impersonnelles et indifférentes pour l'individu, que le mot véritéperd sa signification.

En posant : « à chacun sa vérité », on demande doncque soit dépassée l'idée d'une vérité pour tous, et que chaque individu,accède à une vérité qui soit réellement sensée parce que sienne.

Par là sont encore dénoncées les « vérités »impersonnelles du milieu socio-culturel, les idées reçues auxquelles s'abandonne l'existant inauthentique. • Les vérités mathématiques et scientifiques sont construites par le sujet connaissant, ou sujet rationnel : en cesens, elles sont donc « subjectives », mais cette « subjectivité » n'exclut pas leur caractère universel.

C'est que,écrit Descartes, « la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux qui est proprement ce qu'on nommele bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ».

Mais n'existe-t-il pas aussi des véritéssubjectives, au sens ordinaire de ce mot, c'est-à-dire individuelles, différentes selon les personnes ? Nietzsche et l'illusion vitale • Aucun savoir n'est objectif, souligne Nietzsche, aucune science n'est neutre: toute vérité est une certaine évaluation du réel, un jugement de valeur quirévèle les exigences de celui qui l'affirme. « L'essence de la vérité », c'est cette appréciation "Je crois que ceci ou celaest ainsi".

Ce qui s'exprime dans ce jugement, ce sont des conditionsnécessaires à notre conservation et à notre croissance.

Tous nos organes deconnaissance et nos sens ne se développent qu'au servicede notre conservation et de notre croissance.

La confiance dans la raison etdans ses catégories [...], dans la logique, ne prouve qu'en faveur de sonutilité pour la vie, non pas en faveur de sa « vérité ».

Nietzsche, Volonté dePuissance, 1, 192. • Le mot vérité désigne des illusions utiles, des erreurs dont on a oublié lafonction primordiale, qui est une fonction utilitaire.

Les sciences mettent bienen évidence des lois universellement vérifiables ; mais, ce faisant, ellesdénaturent inévitablement la réalité en la simplifiant, elles manifestentl'incapacité d'accepter le jeu du devenir, le changement, les apparencessensibles. L'illusion possède une fonction vitale.

En effet « on ne peut pas vivre avec la Vérité », car découvrir cette vérité,c'est découvrir que n'existe qu'un flux éternel des choses, un Abîme où toutes s'abîment.

La vie, expression de laVolonté de Puissance, a donc besoin de falsifier le réel, d'affirmer l'être contre le devenir, d'organiser ce flux, de lecontraindre à se plier aux options vitales du sujet, c'est-à-dire aux valeurs et aux normes définies par la Volonté dePuissance, bref .elfe a besoin de l'illusion, qu'elle érige en vérité.

C'est pourquoi, même la prétendue vérité objectivede la science se réduit en fait à une croyance, une illusion qui nous est nécessaire pour vivre. Conclusion • Il est naturellement impossible de dire « à chacun sa vérité », si l'on désigne par ce mot des propositions qui,comme les théorèmes mathématiques ou les lois scientifiques, s'imposent à tous les hommes en tant qu'ils sontcapables de faire usage de leur raison. • Dire « à chacun sa vérité » peut signifier qu'on croit qu'il existe des vérités en quelque sorte subjectives, dont lavaleur existentielle paraît plus importante que celle des vérités objectives ; ce peut être aussi mettre radicalement en question la possibilité d'accéder à unevérité qui ne se ramène pas à une illusion utile.

« Il serait possible que la véritable nature des choses fût tellement. »

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