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Peut-on dire du doute qu'il est utile à la connaissance mais nuisible à l'action ?

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Une interrogation sur la fonction du doute — positive ou négative selon les domaines auxquels on l'applique — semble correspondre aux conceptions que l'on se fait le plus couramment des nécessités propres à chacun de ces domaines : c'est un lieu commun de dire que le doute est paralysant, et que les urgences de l'action ne s'en accommodent guère. L'action impliquerait promptitude donc certitude. Le doute n'aurait de véritable nécessité que dans le domaine de la connaissance, des conceptions générales. Autrement dit, l'exigence de recul et de suspension provisoire du jugement ne serait justifiée que dans l'ordre de la connaissance, défini comme un ordre à part, opposable à celui de l'action. L'histoire humaine, par exemple, apporterait une justification évidente d'une telle distinction, en montrant que seuls les hommes résolus, étrangers au doute et aux tergiversations qu'il suscite, auraient eu une action efficace et couronnée de succès dans la mise en oeuvre de leurs projets.
 Cependant, il faut d'emblée signaler les problèmes que soulève une opposition aussi schématique. En premier lieu, de quel type de doute s'agit-il ? Entre le doute sceptique et le 
doute méthodique à fonction critique, entre le doute de pure et simple prudence et le doute démobilisateur qui invalide a priori toute action, il y a de grandes différences, dont il faut tenir compte si l'on veut sortir des formules générales. En second lieu, peut-on se satisfaire de représentations aussi schématiques de l'opposition entre action et connaissance ? Quelles conceptions implicites rendent possible une telle opposition ?

a) Il faut faire table rase de ce que l'on croit savoir ou l'entreprise cartésienne.
b) Pour agir, il faut décider.
c) Le doute conduit à l'irrésolution.

a) L'homme est un être pensant.
b) Le doute et l'action.
c) Le doute comme préalable à l'action efficace.

.../...

« Il faut faire table rase de ce que l'on croît savoirOn sait que Descartes est parvenu à sa célèbre conclusion: «Je pense,donc je suis», en mettant en doute toutes ses connaissances, qu'ellesproviennent de ses sens ou de sa raison. Ainsi est-il arrivé à unepremière certitude: tant que je pense, et peu importe ce que je pense,je suis absolument certain d'exister. Cette vérité ne peut pas êtreremise en cause. Cette phrase (« Je pense donc je suis ») apparaît au début dela quatrième partie du « Discours de la méthode », qui présente rapidement la métaphysique de Descartes . On a donc tort de dire « Cogito ergo sum », puisque ce texte est le premier ouvrage philosophique important écrit en français. Pour bien comprendre cette citation, il est nécessaire de restituer lecontexte dans lequel elle s'insère. Le « Discours de la méthode » présente l'autobiographie intellectuelle de Descartes , qui se fait le porte-parole de sa génération. Descartes y décrit une véritable crise de l'éducation, laquelle ne tient pas ses promesses ; faire « acquérir une connaissance claire & assurée de tout ce qui est utile à la vie ». En fait, Descartes est le contemporain & le promoteur d'une véritable révolution scientifique, inaugurée par Galilée , qui remet en cause tous les fondements du savoir et fait de la Terre, jusqu'ici considérée comme le centre d'un univers fini, une planète comme les autres. L'homme estdésormais jeté dans un univers infini, sans repère fixe dans la nature, en proie au doute sur sa place et safonction dans un univers livré aux lois de la mécanique. Or, Descartes va entreprendre à la fois de justifier la science nouvelle et révolutionnaire qu'il pratique, et de redéfinir la place de l'homme dans le monde. Pour accomplir cette tâche, il faut d'abord prendre la mesure des erreurs du passé, des erreurs enracinées ensoi-même. En clair, il faut remettre en cause le pseudo savoir dont on a hérité et commencer par le doute : « Je déracinais cependant de mon esprit toutes les erreurs qui avaient pu s'y glisser auparavant. Non quej'imitasse en cela les sceptiques, qui ne doutent que pour douter ; car, au contraire, tout mon dessein netendait qu'à m'assurer, et à rejeter la terre mouvante & le sable, pour trouver le roc & l'argile. » (« Discours de la méthode », 3 ième partie). Ce qu'on appelle métaphysique est justement la discipline qui recherche les fondements du savoir & deschoses, qui tente de trouver « les premiers principes & les premières causes ». Descartes , dans ce temps d'incertitude et de soupçon généralisé, cherche la vérité, quelque chose dont on ne puisse en aucun casdouter, qui résiste à l'examen le plus impitoyable. Cherchant quelque chose d''absolument certain, il vacommencer par rejeter comme faux tout ce qui peut paraître douteux. « Parce qu'alors je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensais qu'il fallait [...] que jerejetasse comme absolument faux tout ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s'il neresterait point après cela quelque chose [...] qui fut entièrement indubitable. » Le doute de Descartes est provisoire et a pour but de trouver une certitude entière & irrécusable. Or il est sûr que les sens nous trompent parfois. Les illusions d'optique en témoignent assez. Je dois doncrejeter comme faux & illusoire tout ce que les sens me fournissent. Le principe est aussi facile à comprendreque difficile à admettre, car comment saurais-je alors que le monde existe, que les autres m'entourent, quej'ai un corps ? En toute rigueur, je dois temporairement considérer tout cela comme faux. A ceux qui prétendent que cette attitude est pure folie, Descartes réplique par l'argument du rêve. Pendant que je rêve, je suis persuadé que ce que je vois et sens est vrai & réel, et pourtant ce n'est qu'illusion. Lesentiment que j'ai pendant la veille que tout ce qui m'entoure est vrai & réel n'est donc pas une preuvesuffisante de la réalité du monde, puisque ce sentiment est tout aussi fort durant mes rêves. Par suite je dois,si je cherche la vérité : « feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l'esprit n'étaient non plus vraies que l'illusion des songes ». Mais le doute de Descartes va bien plus loin dans la mesure où il rejette aussi les évidences intellectuelles, les vérités mathématiques. « Je rejetai comme fausses toutes les raisons que j'avais prises auparavant pour démonstrations. » Nous voilà perdu dans ce que Descartes appelle « l'océan du doute ». Je dois feindre que tout ce qui m'entoure n'est qu'illusion, que mon corps n'existe pas, et que tout ce que je pense, imagine, sens, meremémore est faux. Ce doute est radical, total, exorbitant. Quelque chose peut-il résister ? Vais-je me noyerdans cet océan ? Où trouver « le roc ou l'argile » sur quoi tout reconstruire ? On mesure ici les exigences de rigueur et de radicalité de notre auteur, et à quel point il a pris acte de la suspicion que la révolutiongaliléenne avait jetée sur les sens (qui nous ont assuré que le soleil tournait autour de la Terre) et sur ce que »

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