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Platon: Sommes-nous justes uniquement par contrainte ?

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Glaucon a raconté à Socrate l'histoire légendaire de Gygès, berger qui découvrit un anneau capable de le rendre invisible. S'étant aperçu du pouvoir de cet anneau, Gygès en a profité pour commettre les actes les plus criminels en toute impunité comme, en particulier, tuer le roi pour s'emparer de son trône. GLAUCON : Supposons maintenant deux anneaux comme celui-là, mettons l'un au doigt du juste, l'autre au doigt de l'injuste ; selon toute apparence, nous ne trouverons aucun homme d'une trempe assez forte pour rester fidèle à la justice et résister à la tentation de s'emparer du bien d'autrui, alors qu'il pourrait impunément prendre au marché ce qu'il voudrait, entrer dans les maisons pour s'accoupler à qui lui plairait, tuer les uns, briser les fers des autres, en un mot être maître de tout faire comme un dieu parmi les hommes. En cela, rien ne le distinguerait du méchant et ils tendraient tous deux au même but et l'on pourrait voir là une grande preuve qu'on n'est pas juste par choix, mais par contrainte, vu qu'on ne regarde pas la justice comme un bien individuel, puisque partout où l'on croit pouvoir être injuste on ne s'en fait pas faute.

« La raison doit commander à ces deux autres domaines et c'est ce qui définit une âme saine et sage. Quand cetordre de subordination est perverti (lorsque les passions par exemple commandent aux autres parties), l'anarchie quis'empare de l'âme entraîne sa véritable maladie, que nous appelons « vice », car elle devient sujette aux désirs sansfrein, à la démesure et aux excès. L'âme ainsi pervertie souffre de ce désordre quand elle se laisse tenter par lecrime et qu'elle désobéit aux lois qui incarnent, au niveau de la Cité, la raison humaine.La réponse de Socrate à Glaucon ne porte donc pas sur le résultat immédiat que procure un acte injuste et quipeut, à courte vue, sembler un bénéfice plus avantageux que le respect du Bien, mais sur le principe qui l'a rendupossible, à savoir un dérèglement des parties de l'âme. Dérèglement que ne connaît pas l'homme juste qui a suconserver en lui les rapports de domination et de sujétion conformes à la vie saine de son âme. PLATON. Né à Égine, près d'Athènes, en 429 av. J.-C., mort à Athènes en 347 av. J.-C.Son père, Ariston, descendait de Codros, dernier roi d'Athènes, et sa mère, Périctyone, de Solon. Il fut l'élève del'héraclitéen Cratyle, et s'initia aux arts. Il prit part à des concours de tragédie, et se passionna plus spécialementpour la musique et les mathématiques. Vers 407, il rencontra Socrate, dont il resta l'ami et le disciple jusqu'en 399,date de la mort du maître. Platon se rendit alors à Mégare, auprès d'Euclide ; puis, il effectua des voyages enÉgypte et en Italie du Sud. Eu Sicile, il rencontra Denys et tenta de lui faire accepter ses théories politiques. Letyran, outré, fit vendre Platon comme esclave, à Égine. Là, Annicéris le reconnut, l'acheta et le libéra. Rentré àAthènes, Platon commença d'enseigner la philosophie dans les jardins d'Académos ; ce fut l'origine de l'Académie. Ilse rendit encore en Sicile auprès de Denys le jeune, mais aussi sans succès. Il mourut octogénaire, à Athènes,désignant son neveu Speusippe pour lui succéder à la tête de l'Académie. Toutes les oeuvres de Platon sont desdialogues. Ils nous seraient tous parvenus, et certains textes apocryphes s'y sont ajoutés. — C'est sous l'influencede Socrate que Platon conçut son système philosophique, premier système spiritualiste complet, qui fait duphilosophe grec, l'un des plus grands, sinon le plus grand de tous les temps. Pour les Pythagoriciens, la raison deschoses se trouvait dans les nombres ; pour les Ioniens (tel Héraclite) elle était dans les forces et les éléments de lanature ; pour les Eléates, elle était une unité abstraite. Platon fut le premier à poser un principe intelligent commeraison des choses. — La méthode qu'il utilise dans ses dialogues est la dialectique. Platon remonte à l'idée. Ilprocède par élimination des dissemblances, et ne considère que les ressemblances, dont l'origine est commune. Lesressemblances, qui font qu'un groupe d'individus peuvent être trouvés beaux, participent d'une beauté pré-existante, et inconditionnée. La dialectique opère de même pour les autres notions. Platon dégage, par ce moyen,l'Idée de la beauté. Le point le plus important de la philosophie platonicienne est précisément la théorie des Idées.Les phénomènes, « ombres passagères », ne renferment pas la vérité. Il faut dégager l'intuition de la beauté de lajouissance des belles choses. Dégager de chaque groupe d'individus le type éternel et pur, d'après lequel ils sontfaits. Les Idées, ainsi dégagées, forment une hiérarchie, dont le sommet est occupé par l'Idée de Bien. Celle-ci estle soleil du monde intelligible, elle donne vie et lumière à toutes choses. L'Idée de Bien est le principe de l'être et del'intelligence ; elle est assimilée par Platon à Dieu même. — L'homme connaît les Idées en vertu de la théoriepythagoricienne de la « réminiscence». Savoir quelque chose, c'est se re-souvenir de ce que l'on a contemplé dansune vie antérieure. L'amour, le « délire d'amour » s'explique lorsque nous retrouvons devant nous une beauté dontnous nous souvenons, et qui nous trouble. — Avant la naissance, l'âme humaine parcourt la voûte du ciel, montéesur un char d'où elle contemple le monde des Idées. Lors de la naissance, elle tombe dans le corps, où elle estemprisonnée. Elle s'y divise et s'y répartit, dans la tête, dans la poitrine, dans le ventre. Après la mort, l'âme injusteest châtiée. L'âme juste, sur les ailes de l'amour, remontera jusqu'au principe de son bien. La morale platonicienneconsiste à ressembler à Dieu. Il vaut donc mieux subir l'injustice que la commettre, et, si on l'a commise, il vautmieux expier que ne pas expier. — Platon a abordé le problème politique. Il s'élève contre la position inférieure de lafemme grecque. Dans la république qu'il conçoit, la cité est un ensemble humain, où est instituée la communautédes femmes et des enfants ; chaque génération d'adultes considère comme les siens propres les enfants de lagénération immédiatement postérieure. Les arts sont soumis au soldat, qui représente le courage. Les poètes sontexclus de la cité. Le gouvernement appartient aux meilleurs, qui reçoivent une éducation musicale et sportive, sontinitiés à la théorie des Idées et à la notion du Bien ; en un mot, aux philosophes. Mais Platon sait bien qu'il estimpossible de « faire que ce qui est juste soit fort ». — L'enseignement de Platon s'arrête véritablement à sa mort.Ni la nouvelle Académie, ni l'école d'Alexandrie ne le prolongent. Saint Augustin, la Renaissance, Malebranche, tellessont les étapes du renouveau du platonisme, mais celui-ci est alors modifié par la pensée chrétienne. Quoi qu'il ensoit, l'influence de Platon durera sans doute toujours. »

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