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Pour se libérer du passé, faut-il l'oublier ?

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Selon Nietzsche, la complaisance à se remémorer ce qui a eu lieu ne peut être, si elle est constante, que stérilisante : elle fait du passé un véritable poids, qui empêche le dynamisme de l'action, et peut mener au ressenti-ment. Ne pas oublier, ce serait dans cette optique refuser de se transformer, s'en tenir aux réactions anciennes, figer l'existence sur un moment antérieur et ne pas comprendre que la vie même exige un changement dans nos attitudes et nos réactions. Toutefois, ce que Nietzsche ne précise pas, c'est jusqu'où devrait alors s'étendre un oubli considéré comme utile et salutaire.

[C. Le refoulement]

L'oubli le plus parfait est sans doute celui dont le sujet oublie qu'il a eu lieu, c'est-à-dire ce que les psychanalystes nomment, à la suite de Freud, le « refoulement «. L'événement disparaît alors totalement de notre mémoire consciente, et ne demeure par ses traces que dans l'inconscient, auquel le sujet n'a pas ordinairement accès. Un tel refoulement est d'ailleurs fréquent, puisque personne ne garde le souvenir intégral de ce qu'il a vécu. Plus simplement, l'oubli au sens ordinaire se produit lui aussi régulièrement : comme l'a souligné Bergson, il fait partie de notre fonctionnement psychique normal, et permet l'orientation vers une conduite d'action.

« simplement, l'oubli au sens ordinaire se produit lui aussi régulièrement : comme l'a souligné Bergson, il fait partie denotre fonctionnement psychique normal, et permet l'orientation vers une conduite d'action. [II. Les dangers de l'oubli] [A. Le voyageur sans bagages]L'oubli intégral du passé, pour un sujet, n'est que pathologique. Celui que Jean Anouilh nomme le « voyageur sansbagages » devient incapable de vivre, puisqu'il a perdu tout repère, et même la conscience de ce qu'il est et de quiil peut être. Les différentes catégories d'amnésie que décrit la psychiatrie déterminent toutes des incapacités àvivre « normalement » – et il est évident que, du passé, toute personne est obligée (parce que c'est dansson intérêt) de maintenir des pans importants, ne serait-ce que ce qui concerne ses apprentissages, ses savoirs,son langage, etc. [B. Le « retour du refoulé »]Freud a montré combien certains refoulements peuvent être pathogènes :c'est parce que le passé n'est pas connu, et parce qu'il continue à êtremalgré tout actif dans l'inconscient (qui, ignorant la durée, accueille toutereprésentation comme « toujours au présent ») que la névrose apparaît. Le «retour du refoulé » (en tant que tel méconnu par l'individu) produit ses effetsnégatifs dans les attitudes, les gestes, le comportement, les conduitesrelatives à l'environnement familial et social. Ce qui du passé n'est pas intégrédans la mémoire consciente se révèle ainsi facteur de déséquilibre. [C. La méconnaissance de l'histoire]Si l'on transpose de telles remarques sur le plan collectif, on peut considérer :– qu'un peuple sans mémoire (qu'elle soit proprement historique, au sensoccidental, ou « mythique ») n'a pas d'existence cohérente : ignorant aussibien d'où il vient que ce qui le constitue, il ne peut concevoir sa propre unitéou réalité ;– que, s'il est vrai qu'une conscience nationale peut s'hypertrophier et devenirdangereuse par la connaissance de sa propre histoire, il ne l'est pas moinsqu'un peuple ignorant la réalité de son passé peut être manipulé par unehistoire élaborée au seul profit d'un pouvoir en place (cas des totalitarismes,où l'histoire diffusée est sélective). « Se souvenir de tout serait, en bien des circonstances, aussi fâcheux que ne se souvenir de rien; il faudrait,pour nous rappeler une portion déterminée de notre passé, exactement le temps qu'il fallut pour la vivre, et nous neviendrions jamais à bout de penser. » William James, Principes de psychologie, 1890. « Imaginez l'exemple extrême : un homme qui serait incapable de rien oublier et qui serait condamné à ne voirpartout qu'un devenir; celui-là ne croirait pas à son propre être, il ne croirait plus en soi, il verrait tout se dissoudreen une infinité de points mouvants et finirait par se perdre dans ce torrent du devenir. » Nietzsche, Considérations inactuelles, 1873-1876. « Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l'instant présent ne pourraientexister sans faculté d'oubli. » Nietzsche, La Généalogie de la morale, 1887. « Nous n'avons pas encore totalement oublié ce que nous nous souvenons d'avoir oublié. Nous ne pourrions pasrechercher un souvenir perdu si l'oubli en était absolu. » Saint Augustin, Les Confessions, vers 400. C'est là le paradoxe de la mémoire : dans l'oubli même, tout n'est pas oublié. Le fait que nous fassions parfois appelà notre mémoire pour retrouver un événement passé que nous avons « oublié » prouve qu'il demeure bien une tracede cet événement. Autrement, nous n'aurions même pas conscience de l'avoir oublié. La mémoire-habitude, « fixée dans l'organisme, n'est point autre chose que l'ensemble des mécanismesintelligemment montés qui assurent une réplique convenable aux diverses interpellations possibles. » Bergson, Matière et Mémoire, 1896.Quand on me demande mon numéro de téléphone, je le donne mécaniquement, sans faire aucun effort pour m'enressouvenir. En effet, je l'ai communiqué tant de fois que je le connais « par coeur ». Ainsi ce souvenir a bien toutesles caractéristiques de l'habitude. »

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