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Pourquoi l'action politique doit être attentive à la réalité ?

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Pourquoi l'action politique doit être attentive à la réalité ?

L’action politique, telle qu’elle se manifeste sous forme de lois, de décrets, de manifestations, etc., semble toujours résulter d’une situation réelle et porter sur cette situation. En effet, la politique étant l’activité qui porte sur un groupe d’humain et qui s’adresse à eux en tant qu’ils forment une communauté déterminée ne semble pas pouvoir faire abstraction de la situation réelle où elle a lieu. Les lois qui visent ainsi aujourd’hui à réglementer Internet par exemple ont beaucoup de mal à être appliquées parce qu’elles ne prennent pas en compte la nouvelle réalité que forme ce réseau transnational, où l’on ne peut appréhender personne et où chacun peut avoir une très large audience. L’action politique semble donc devoir être attentive à la réalité parce que celle-ci peut être définie comme ce qui est présent avant l’action et résiste à cette action. La réalité est donc ce qui limite l’action politique, et c’est pour cela qu’elle devrait y être attentive.

  Mais l’action politique par excellence n’est pas celle qui se contente de gouverner, de gérer la société, mais celle qui la transforme. Or qu’est-ce que transformer la société sinon transformer la réalité ? Voilà pourquoi Che Guevara avait pour aphorisme cet apparent paradoxe : « soyons réalistes, exigeons l’impossible. « En effet, le possible est déjà réalisé ou le sera bientôt ; pour être réaliste, pour être vraiment une action politique, un acte politique doit viser à produire ce qui semble impossible, c’est-à-dire non réel. Mais même une telle action politique transformatrice doit, semble-t-il, être attentive à la réalité, car tous les changements ne sont pas également permis par elle. Même si cela semblait quasiment impossible il y a quelques mois et que cela constitue une vraie transformation, il était plus probable que les Etats-Unis se choisisse un président noir aux dernières élections qu’ils deviennent subitement un pays sans gouvernement. L’action politique, même dans sa dimension transformatrice doit donc être, semble-t-il attentive à la réalité. Mais il ne s’agit pas de la réalité extérieure à l’action et à la communauté (réalité naturelle, économique, technique, etc.) mais de la réalité de la communauté même sur laquelle elle s’applique. Or une société, un peuple, ne représente pas une réalité fixe qui ne bouge pas ou qui évolue sans qu’on ait de contrôle dessus (comme l’expansion de l’Univers) : c’est une réalité changeante dont chaque individu est une composante et qui la fait changer.

  Ainsi, le problème auquel on est confronté n’est pas de savoir si l’action politique doit être réaliste ou non, mais plutôt quel type de réalisme est propre à l’action politique ? A quelle réalité doit-elle être attentive si elle veut être efficace : la réalité extérieure qui ne dépend pas d’elle, ou la réalité de la communauté politique elle-même ?

« qu'elle se doit de la connaître. Mais alors, cette réalité ne s'identifie-t-elle pas à l'objet de l'action politique, c'est-à-dire la communauté humaine à diriger ? II./ La politique doit être attentive à son matériau humain. A./ Si je gère mon héritage, ou si je gouverne mes enfants, je ne fais apparemment pas de politique. Ces deuxactivités ne passent pas par la loi, et ne concerne qu'un groupement humain très réduit. Une activité politique apour instrument principal des commandements universels qui s'appliquent à tous indistinctement et qui porte sur desensembles humains larges regroupant des individus majeurs et donc égaux. Ce sont ces deux points que montreAristote dans le livre 3 de la Politique , lorsqu'il compare les différents types de gouvernements mais remarque que pour tous la loi est la meilleure des manières de gouverner et qu'elle s'applique aux citoyens, c'est-à-dire ceux quisont capables de gouverner aussi bien que d'être gouvernés. En effet, celui qui est soumis à un ordre est soumis àun être humain, et un être humain a toujours des intérêts et des passions qui entrent en jeu lorsqu'il commande,tandis qu'obéir à la loi ce n'est obéir à personne : la loi est donc le meilleur moyen pour faire en sorte que lapolitique vise effectivement le bien commun. En outre, il n'y a que ceux qui peuvent être admis aux magistratures,ce que nous appellerions aujourd'hui les institutions qui peuvent être considérés comme citoyens. Or devenirmagistrat cela veut dire pouvoir gouverner. Il résulte de tout cela que la politique a pour matériau un groupementd'êtres humains égaux qu'elle gouverne par des lois : c'est cela qui constitue la réalité qu'elle a pour objet.B./ Mais cela ne veut pas dire que tout gouvernement soit pareillement adapté à tout peuple. Aristote distinguetrois types de gouvernements selon le nombre de ceux qui participent aux délibérations et aux magistratures : legouvernement monarchique (un seul), le gouvernement aristocratique (plusieurs), et le gouvernement« constitutionnel » ou « proprement politique » (tous participent). Chacun est légitime et agit en vue du biencommun, sinon ils dégénèrent respectivement en gouvernements tyrannique, oligarchique et démocratique déréglé,où une partie de la population asservit l'autre. Si chacun est légitime, comment choisir lequel est le plus adapté à unpeuple ? C'est l'affaire du législateur qui donne à chaque peuple son régime, sa constitution ( politeia ) sous forme de lois fondamentales. Comment peut-il y arriver ? Précisément en étudiant la réalité à laquelle il a affaire : le peuple.Chaque population forme un groupement déterminé qui a ses traits propres et pour lequel telle ou telle constitutionsera plus adaptée que les autres. Un peuple militaire comme celui de Sparte sera mieux gouverné par un régimemixte combinant un roi et une Sénat d'aristocrates, un peuple marchand comme celui d'Athènes par un régimeconstitutionnel, etc. Le terme grec de politeia désigne ainsi moins un ensemble de lois fondamentales comme notre mot de constitution, mais plutôt la manière de vivre d'un peuple, la manière dont ses mœurs, sa constitution au sensoù l'on parle de constitution d'un organisme, s'incarne dans un ensemble de lois écrites.C./ Si l'on tire jusqu'au bout les conséquences de cette affirmation selon laquelle c'est la réalité à laquelle elles'applique dont on doit se préoccuper, comme Aristote le fait au chapitre 11 du livre 3 de la Politique , il faut admettre que le régime constitutionnel, dans lequel tous participent, est doté d'un certain avantages sur les autres.En effet, on pourrait penser est une activité technique qui ne peut être jugé que par ceux qui en ont la science, demême qu'un médecin ne peut être jugé sur le régime qu'il donne à un patient que par un autre médecin. Maispuisque l'activité politique a besoin de connaître le matériau humain qu'elle gouverne afin d'être efficace etadéquate, elle ressemble plus aux activités techniques dont les juges sont ceux qui reçoivent le produit fini, commela cuisine ou la charpenterie. Ainsi, si la politique doit bien connaître la réalité de ceux à qui elle s'applique pour êtreefficace et choisir parmi différentes lois tout aussi légitimes, et que ce sont ceux à qui elle s'applique qui ont lameilleure connaissance de cette réalité, il est plus légitime que ce soit eux qui gouvernent, puisqu'ils sont de touteévidence les plus attentifs à la réalité qu'ils constituent. On a montré d'une part que l'action politique transforme la réalité, et d'autre part que cette réalité ne lui était pasextérieure mais était constituée par la communauté politique elle-même. Peut-on dire que la réalité est ce qui limitel'action politique ou la détermine ? Doit-elle encore y être attentive ? III./ L'action politique et sa nouveauté face à la réalité. A./ En quoi le fait d'agir politiquement se distingue-t-il du fait d'agir économiquement, de fabriquer un objet, oud'avoir des effets comme l'eau a pour effet de dissoudre le sel ? Quelle est la spécificité de l'action politique ?Toutes les formes d'activité que l'on a citées ont un certain rapport au réel : comme l'activité politique, elless'insèrent dans une situation concrète et sont en partie déterminées par la réalité qui était déjà là. Mais, on l'amontré avec Machiavel, l'action politique a aussi une puissance de transformation de la réalité. Lorsqu'un arbredonne un fruit, il y a bien une activité biologique, mais rien de nouveau. Par contre la véritable action politique, elle,crée de la nouveauté. C'est ce qu'affirme Hannah Arendt dans La Condition de l'homme moderne , au chapitre V qui porte sur l'action précisément, lorsqu'elle écrit que l'acte politique est toujours un « commencement » : « le fait quel'homme est capable d'action signifie que de sa part on peut s'attendre à l'inattendu, qu'il est en mesure d'accomplirce qui est infiniment improbable. Et cela à son tour n'est possible que parce que chaque homme est unique. »B./ Ainsi, s'il y a quelque chose comme de l'action, c'est parce qu'il y a des actes qui créent du neuf, de l'inattendu.L'action politique est donc quelque chose de producteur de réalité plutôt que de déterminé et limité par une réalitéqui lui serait antérieure et extérieure. C'est pour cela que l'action politique doit être attentive à la réalité. Mais pourqu'il y ait quelque chose comme une action politique, il faut que chaque homme soit unique. Or Arendt écrit cela ensachant bien que la plupart des régimes et doctrines politiques ne considèrent pas les hommes comme une pluralité,c'est-à-dire comme autant d'égaux distincts les uns des autres, mais en les considérant comme des inégaux ou desindistincts. Ce n'est que lorsqu'il y a la possibilité pour la réalité politique, c'est-à-dire la communauté, d'exister sousforme de pluralité que l'on peut espérer qu'il y ait des actions politiques véritables, productrices de nouvellesréalités. »

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