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Prendre conscience de soi est-ce devenir étranger à soi ?

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Pour le stoïcisme, l'esclave peut être beaucoup plus libre que le maître ; certes, il ne fait rien de ce qu'il veut, mais il connaît la plénitude de la liberté intérieure ; il est maître des choses par le jugement qu'il pose sur elles. Or ce n'est pas ainsi que Sartre pose le problème ; d'abord, il refuse à l'existence humaine tout fondement métaphysique (Dieu, les Idées, l'Inconditionné) ; il se place d'emblée au niveau de la conscience dans sa réalité subjective. Mais il considère que la conscience n'existe pas en soi : « Toute conscience est conscience de quelque chose « et « l'existence pour l'homme précède l'essence « ; le terme même d'existence révélant ce mouvement de sortie de soi (de l'intériorité).Il n'y a pas d'âme, pas d'essence qui tantôt imagine, tantôt veut, tantôt agit, tantôt perçoit : l'homme n'est pas son âme (sa pensée), il n'est que ce qu'il fait. Ce n'est pas dans le rapport de l'être et de la volonté que se situe la liberté humaine, puisque l'être peut se définir comme projet. Si l'on n'est que ce que l'on veut, ce que l'on projette d'être, comment ne pas faire ce que l'on veut? L'esclave, pour Sartre, est libre mais pas du tout au sens où l'entendent les Stoïciens, car il est absurde d'opposer la liberté intérieure et la liberté de l'action. L'esclave a dans l'action même, un choix à effectuer : il peut se lancer dans la révolte, il peut choisir de se donner la mort, tenter l'évasion. Il peut aussi choisir la servitude.Pourtant, l'objection paraît évidente ; l'esclave ne choisit pas sa condition d'esclave.

Il fallait ici s'étonner devant le sujet : comment ose-t-on en effet supposer que prendre conscience de soi, c'est devenir étranger à soi, alors que justement, quand on prend conscience de soi, on parvient à tout connaître de soi ?
 La conscience n'a-t-elle pas accès à tout ce qui se passe en nous ? Et n'est-elle pas la seule à pouvoir connaître son objet avec certitude ? Cela pouvait faire l'objet de votre première partie (opinion commune, qui de plus coïncide avec la théorie cartésienne de la conscience !).

« «On ne fait pas ce que l'on veut et cependant on est responsable de ce qu'onest». Cette affirmation paradoxale est au centre de la philosophie sartrienne quis'efforce de concilier deux approches partielles de la réalité humaine quel'opinion commune juxtapose sans en dégager la portée véritable : consciencede toutes les déterminations auxquelles il est difficile, voire impossibled'échapper, et affirmation pourtant de la responsabilité pleine et entière de ceque l'on est.Il ne faut pas interpréter cette formule dans un sens stoïcien. Pour lestoïcisme, l'esclave peut être beaucoup plus libre que le maître ; certes, il nefait rien de ce qu'il veut, mais il connaît la plénitude de la liberté intérieure ; ilest maître des choses par le jugement qu'il pose sur elles. Or ce n'est pasainsi que Sartre pose le problème ; d'abord, il refuse à l'existence humainetout fondement métaphysique (Dieu, les Idées, l'Inconditionné) ; il se placed'emblée au niveau de la conscience dans sa réalité subjective. Mais ilconsidère que la conscience n'existe pas en soi : « Toute conscience estconscience de quelque chose » et « l'existence pour l'homme précèdel'essence » ; le terme même d'existence révélant ce mouvement de sortie desoi (de l'intériorité).Il n'y a pas d'âme, pas d'essence qui tantôt imagine, tantôt veut, tantôt agit, tantôt perçoit : l'homme n'est pas son âme (sa pensée), il n'est que ce qu'il fait. Ce n'est pas dans le rapport del'être et de la volonté que se situe la liberté humaine, puisque l'être peut se définir comme projet. Si l'on n'est quece que l'on veut, ce que l'on projette d'être, comment ne pas faire ce que l'on veut? L'esclave, pour Sartre, est libre mais pas du tout au sens où l'entendent les Stoïciens, car il est absurde d'opposerla liberté intérieure et la liberté de l'action. L'esclave a dans l'action même, un choix à effectuer : il peut se lancerdans la révolte, il peut choisir de se donner la mort, tenter l'évasion. Il peut aussi choisir la servitude.Pourtant, l'objection paraît évidente ; l'esclave ne choisit pas sa condition d'esclave. «On ne fait pas ce que l'onveut». C'est-à-dire que nous sommes contingents ou que la vie est absurde. Nous sommes en effet façonnés par unmonde historique que nous ne choisissons pas ; nous sommes nés à une époque donnée dans un contexte socialdonné, et nous n'y pouvons rien. S'il a 20 ans quand la mobilisation générale l'envoie au front combattre l'ennemi,pèse sur lui une série de contingences : c'est un homme, on ne mobilise pas les femmes dans son pays, il estcitoyen d'un pays en guerre, donc mobilisable et à ce titre, tous ses projets sont suspendus, et il court même lerisque absolu : celui de sa mort. Si tu avais été juif en 1936 en Allemagne, c'est en tant que juif que tu aurais été, que tu le veuilles ou non,déterminé au pire sens du terme, objet de menaces, de pressions... là aussi jusqu'à la mort. D'une manière plusprofonde, plus insidieuse parce que plus intérieure, je ne me choisis pas : je suis petit ou grand, laid ou beau,intelligent ou stupide, je ne peux rien changer dans mon hérédité, de mon passé, de mon enfance. « On ne fait pas ce que l'on veut » signifie simplement que l'on ne choisit ni le monde dans lequel on se trouve jeté,ni sa propre personne. C'est ici que s'ouvre le champ de la liberté, la faculté de se choisir non « dans son être» maisdans «sa manière d'être», c'est-à-dire dans la façon dont « j'assume » mon être. La liberté n'est pas le privilège dequelques-uns, ce n'est pas une conquête, on ne peut pas ne pas être libre : on «est condamné à être libre».Rappelons l'exemple précédent : celui qui a 20 ans quand survient l'ordre de mobilisation est libre de déserter, de sesuicider, donc de proclamer que cette guerre n'est pas la sienne et qu'il ne la veut pas. C'est «la bonne conscience», le conformisme, la peur de l'engagement personnel qui se masquent sous les mots dedevoir, de légalité et de nécessité. Dans une guerre, si l'on excepte les enfants, « il n'y a pas de victimesinnocentes ». Selon une même logique, Simone de Beauvoir a écrit : « on ne naît pas femme, on le devient ». Ce quine signifie pas, bien sûr, qu'une femme est biologiquement semblable à un homme, mais que des millénaires decivilisation l'ont persuadée qu'elle devait se soumettre, qu'elle était inférieure.La détermination qui limite notre liberté n'a pas de sens en elle-même, elle n'a que le sens que nous lui conférons. Lanotion d'obstacle à la volonté est purement subjective : de même qu'un rocher peut être (selon ce que je compteen faire) un obstacle sur mon chemin, un refuge derrière lequel je puis me cacher ou un moyen d'observation dupaysage, de même le fait que je sois né à telle époque, dans tel milieu, petit ou grand, laid ou beau... peut paralyserou stimuler mon effort. L'inauthenticité serait de ne pas choisir, de se «laisser choisir» par les valeurs de son milieu,par une inclination du caractère, par ses passions. En un certain sens, la liberté de l'homme est absolue, mais elle n'existe «qu'en situation», c'est-à-dire face à toutesles déterminations qui peuvent jouer tant de l'extérieur que de l'intérieur. 2) Conscience et temporalité L'Homme, parce qu'il est libre, ne peut prédire son avenir. Il est ce qu'il choisit d'être. Mais que choisirait-il demain ?Lui-même ne le sait pas encore, c'est donc la dimension temporelle de l'existence humaine qui éclaire la notiond'étrangeté. L'avenir est énigmatique, mais cela suppose que le présent est le moment de la liberté. D'autre part, »

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