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QU’EST-CE DONC QU’UN CHEF-D’OEUVRE ?

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QU’EST-CE DONC QU’UN CHEF-D’ŒUVRE ?

Au Moyen Âge le chef-d’œuvre est l’« ouvrage capital que devait faire un apprenti pour être reçu maître dans son métier». Mais aujourd’hui?

Comme objet de contemplation, pour «l’amateur d’art», c’est un merveilleux ouvrage, distinct de toutes les productions naturelles, un prodige dont nous serions bien incapables de dire la finalité, et qui nous interpelle comme s’il était l’œuvre non d’un homme, mais d’un dieu.

Le chef-d’œuvre se détache comme une figure sur un fond : il sort de l’ordinaire. Et si nous n’étions entourés que de chefs-d’œuvre d’architecture, de sculpture, de peinture, si nous étions privés de contraste, ne serions-nous pas paradoxalement condamnés à la monotonie et à la grisaille ? (Notez que c’est avec un tel argument que Leibniz justifie notre monde comme « le meilleur des mondes possibles».) Valéry observe que l’ennui qui se dégage de certains musées vient de «l’étroite réunion d’œuvres importantes», dont les auteurs auraient voulu qu’elles fussent uniques.

C’est une œuvre provocante entre toutes, car elle défie notre faculté de juger en même temps qu’elle nous arrache sans façon un jugement en forme d’aveu : «c’est beau», «c’est magnifique», «c’est prodigieux»... Nous nous inclinons.

Nous sommes emportés, ravis par une évidence sensible d’une tout autre nature et d’un tout autre poids que celle du : deux et deux font quatre.

C’est le chef-d’œuvre qui, de très haut et de très loin, confère une aura et une distinction à tout ce qui est placé sous le signe de l’art.

Cela signifie-t-il que l’art nous fait accéder, par-delà l’apparence, à la réalité véritable? Ou bien sommes-nous ici victimes d’une illusion? Et le divin génie que nous attribuons à l’artiste n’est-il pas simplement l’effet d’un labeur obstiné (Nietzsche) ou, plus simplement encore, de « la division du travail » (Marx et Engels) ?

« Qu’un individu comme Raphaël développe ou non son talent, cela dépend entièrement de la commande, qui dépend elle-même de la division du travail... La concentration exclusive du talent artistique chez quelques individualités, et corrélativement son étouffement dans la grande masse des gens est une conséquence de la division du travail. » .

Marx et Engels, L’Idéologie allemande (1846), t. 1, Editions Sociales, 1968, pp. 432-434.

Comme objet de création, pour l’artiste qui se veut alchimiste, le chef-d’œuvre est le fruit toujours incertain d’une patiente machination qui vise à emporter l’assentiment, à balayer les réticences, à toucher au cœur de la sensibilité et à subjuguer ainsi le jugement, à faire taire les sociologues, les psychologues, les historiens et les esthéticiens, en éclipsant d’un coup tous les chefs-d’œuvre qui avaient jusque-là servi de référence à leurs jugements.

C’est une entreprise ambitieuse entre toutes, en vue de produire des effets infinis sous le couvert d’une œuvre finie, c’est-à-dire parfaite, dont il ne préexiste aucun modèle, et dont aucune théorie, aucun manifeste, aucune académie, aucune école ne peut livrer la recette, puisque c’est le chef-d’œuvre, au contraire, qui va faire école dans ce royaume de l’art où les hommes meurent et où les artistes vivent éternellement. L’art manifeste ainsi une étrange puissance dans «ces grands ouvrages de quelques individus qui atteignent çà et là le plus haut degré de nécessité que la nature humaine puisse obtenir de la possession de son arbitraire» (P. Valéry, Œuvres, I, Pléiade, p. 1314).

La méditation inquiète du «chef-d’œuvre» par le génie créateur s’apparente à ces entreprises aventureuses entre toutes où, plus l’expérience importe, moins elle est possible : une conspiration en vue de s’emparer du pouvoir,

  1. L’art est-il lié à une «métaphysique» ?
  2. L’art contemporain et le Temps
  3. La beauté et le suffrage universel
  4. « Une infinie solitude »

« 60 La problématique du jugement labeur obstiné (Nietzsche) ou, plus simplement encore, de »

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