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Texte de Bachelard : opposition entre science et opinion (p232)

Publié le 26/05/2026

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« Texte de Bachelard : opposition entre science et opinion (p232) L’opposition entre l’opinion et la science n’est pas une opposition de circonstance mais une opposition de principe qui concerne la démarche adoptée.

Parfois en effet les propositions avancées par l’opinion peuvent tomber juste et sont en accord avec les conclusions scientifiques.

Néanmoins, celles-ci sont le résultat du hasard et ne sont pas fondées de sorte qu’elles doivent être considérées comme fausses car l’opinion ne sait pas pourquoi elles sont justes.

Cette démarche aveugle est semblable à celle d’un élève qui faisant un exercice de mathématiques parvient à un résultat juste par hasard.

Le professeur considérera le résultat comme faux, bien qu’étant juste, dans la mesure où ne le justifiant pas, l’élève ne sait pas pourquoi il est juste et ne sait pas même qu’il l’est.

Ainsi celui-ci peut tout aussi bien être faux puisque l’élève ne possède aucun critère permettant de distinguer le vrai d’avec le faux. Pour s’imposer comme connaissance, une proposition doit donc non seulement être conforme à la réalité mais il faut également que celui qui la pose sache pourquoi elle est vraie.

Cela suppose un raisonnement et une démonstration que s’applique à mettre en place la démarche scientifique.

Elle s’interroge sur les fondements et la légitimité de ses résultats et c’est ce en quoi elle est > à l’opinion. La pensée scientifique n’est donc pas une pensée immédiate.

C’est une pensée réfléchie et critique qui s’interroge sur la validité de sa démarche ( doute qui ne se concilie pas avec la vérité qui doit être évidente). Un autre obstacle lié à l’opinion lui interdit de connaître le monde de façon objective. Elle traduit des besoins en connaissances et ne connaît les choses qu’en fonction de l’utilité qu’elles ont pour nous.

Un phénomène n’est donc pas appréhendé pour lui-même mais par rapport à nos intérêts particuliers.

La pluie par exemple n’est pas un phénomène de condensation complexe étudié pour lui-même, c’est de l’eau qui tombe du ciel et qui sert à arroser nos récoltes, à étancher notre soif.

La connaissance par l’opinion est donc purement descriptive, elle montre plutôt qu’elle ne démontre, elle n’explique rien et réduit un phénomène en le ramenant à la sphère de nos besoins.

Elle ne met pas entre ( ) nos préoccupations personnelles de sorte que la connaissance qu’elle a des choses est entièrement subjective. La science tente de faire abstraction des intérêts particuliers et paraît être désintéressée et gratuite.

Elle est ainsi considérée comme objective et permettrait de connaître le phénomène tel qu’il est en lui-même.

Néanmoins N’y-a-t-il pas dans la démarche scientifique une certaine orientation qui interdit de penser une phénomène tel qu’il est en lui-même ? Nous pensons en effet le plus souvent que la science, fondée sur l’observation des faits nous donne une connaissance objective de ce qui est.

Mais Bachelard nous montre que la science n’est pas neutre, qu’elle ne reçoit pas passivement les faits de l’extérieur comme le pensaient les empiristes.

Au contraire elle les constitue et les construit à travers l’observation d’une part, orientée par l’hypothèse et l’expérimentation de l’autre qui sélectionne et fabrique les faits permettant de justifier l’hypothèse. Cette construction des faits scientifiques par l’esprit humain, le fait qu’il témoigne d’un système d’explication attaché à une époque donnée nous montre en quoi la connaissance scientifique peut-être dépassée et par conséquent polémique. 1- L’observation scientifique est active, elle ne reçoit pas passivement les faits.

Elle élabore des hypothèses qui interrogent le phénomène pour lui donner une orientation particulière.

Ainsi l’observation ne rend elle compte que d’un point de vue sur l’objet, point de vue qui pourra être dépassé et enrichi par des observations postérieures. Le fait de l’expérience courante, celui de la simple observation naïve est en grande partie subjectif.

Notre subjectivité oriente, en effet de façon involontaire le regard que nous portons sur le monde.

Cela signifie que le sujet n’est pas mis en réserve ou à l’écart de l’objet qu’il vise car il est essentiellement projet.

Ainsi pour Husserl la conscience est intentionnelle. C’est dire que dés que nous percevons un objet, nous lui donnons, une orientation, un sens particulier qui correspond à nos désirs. Il y a par exemple des faits que nous ne remarquons pas, que nous ne voyons pas, parce qu’ils ne répondent en nous à aucune idée préalable, parce qu’ils n’ont pas à nos yeux de signification ou de valeur.

Ainsi la connaissance naïve ne voit-elle le monde que filtré à travers le voile de ses propres préoccupations subjectives. Conscient de cette subjectivité inconsciente, la science a besoin « d’un corps de précautions » pour n’être point relative et particulière.

Ainsi ne se contente-t-elle pas de recevoir passivement les faits mais sélectionne ce qui dans le phénomène lui paraît essentiel pour mieux le comprendre.

Or cette sélection préalable est un choix émanant du sujet et non du fait lui même.

Ainsi l’observation est-elle d’emblée orientée par la réflexion et non par les faits bruts comme le pensent les empiristes. Selon eux l’esprit humain n’est qu’une table rase qui reçoit simplement les empreintes des phénomènes extérieurs.

Toute connaissance est donc à posteriori, et la raison n’est que l’ensemble des habitudes qui se sont imprimées peu à peu dans l’esprit.

Hume expliquera par exemple que la catégorie de la causalité, loin d’être une idée construite par l’esprit humain, n’est rien qu’une habitude qui résulte de la succession régulière que nous présente l’expérience. Selon cette perspective la connaissance est donc reçue et ne suppose l’intervention d’aucun autre élément que ceux fournis par l’expérience.

Or si nous recevons les faits tels qu’ils sont comment expliquer que la connaissance scientifique puisse être polémique, autrement dit que de nouvelles observations remettent en question les précédentes et amènent ainsi le scientifique à formuler de nouvelles explications ? Pour Bachelard, la connaissance est polémique parce qu’elle ne part pas des faits bruts. L’observation n’est pas en effet passive mais se trouve d’emblée attachée à une théorisation qui témoigne d’une réflexion du sujet qui interroge la phénomène.

Le point de vue des empiristes repose ainsi sur l’illusion naïve que la nature offre spontanément à l’observateur toutes les explications d’un phénomène,.... »

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