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Une critique linguistique de la vérité-correspondance de J. L. AUSTIN

Publié le 08/01/2020

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Depuis Kant, la réflexion sur la conception traditionnelle de la vérité ouvre sur des perspectives critiques. Celles-ci vont se préciser avec l'intérêt que la philosophie contemporaine va porter à l'analyse du langage. Ainsi, définir la vérité comme l’adéquation de nos assertions avec les faits n 'est peut-être pas si simple. Bien de nos énoncés ne satisfont en tout cas pas si aisément à cette définition qui néglige la complexité du langage humain. C'est ce que veut montrer ici le philosophe britannique J. L. Austin.

N’est-ce pas que ces questions du bon, du juste, de l’équitable, du mérite sont tout à fait distinctes de la question du vrai et du faux ? Celle-ci, n’est-ce pas qu’elle est une affaire très simple, du noir et du blanc : ou l’énoncé correspond aux faits ou il n’y correspond pas, et voilà tout.

Quant à moi, je ne le crois pas. Même s’il existe une classe bien définie d’assertions, à laquelle nous pouvons nous borner, cette classe sera toujours assez large. Dans cette classe on trouvera les assertions suivantes :

La France est hexagonale.

Lord Raglan a gagné la bataille de l’Alma.

Oxford est à 100 km de Londres.

Il est bien vrai que, pour chacune de ces assertions, on peut poser la question, « vraie ou fausse ». Mais ce n’est que dans les cas assez favorables que nous devons attendre une réponse « Oui ou Non », une fois pour toutes. En posant la question, on comprend que l’énoncé doit être confronté de façon ou d’autre avec les faits. Bien sûr. Confrontons donc « la France est hexagonale » avec la France. Que dire ? Est-ce vrai ou non ? Question, on le voit, simpliste. Eh bien si vous voulez, jusqu’à un certain point, on peut voir ce que vous voulez dire, oui peut-être dans tel but, ou à tel propos, pour les généraux cela pourrait aller, mais pas pour les géographes (...). C’est une assertion-ébauche (...), mais on ne peut pas dire qu’elle soit fausse tout court. Et l’Alma, bataille du simple soldat si jamais il en fut : c’est vrai que Lord Raglan avait le commandement de l’armée alliée, et que cette armée a gagné dans une certaine mesure une espèce confuse de victoire ; oui, cela serait justifié (...), pour les écoliers tout au moins, quoique vraiment un peu exagéré. Et Oxford, oui c’est vrai que cette ville est à 100 km de Londres, si vous ne voulez qu’un certain degré de précision.

Sous le titre du « vrai » ce que nous avons en effet n’est point une simple qualité ni une relation, ni une chose quelconque, mais plutôt toute une dimension de critique. On peut se faire une idée, peut-être pas très claire, de cette critique : ce qui est clair, c’est qu’il y a un tas de choses à considérer et à peser dans cette seule dimension — les faits, oui, mais aussi la situation de celui qui a parlé, le but dans lequel il parlait, son auditoire, questions de précision, etc. (...). Ce dont on a besoin, il me semble, c’est d’une doctrine nouvelle, à la fois complète et générale, de CE QUE L’ON fait en disant QUELQUE CHOSE, dans tous les sens de cette phrase ambiguë, et de ce que j’appelle l’acte de discours, non pas sous tel ou tel aspect seulement, mais pris dans sa totalité.

J. L. Austin, « Performatif-Constatif », in La Philosophie analytique, colloque de Royaumont, 1958, Minuit, 1962, pp. 280-281.

« est hexagonale » avec la France.

Que dire ? Est-ce vrai ou non ? Question, on le voit, simpliste.

Eh bien si vous voulez, jusqu'à un certain point, on peut voir ce que vous voulez dire, oui peut­ être dans tel but, ou à tel propos, pour les généraux cela pour­ rait aller, mais pas pour les géographes( ...

).

C'est une assertion­ ébauche ( ...

),mais on ne peut pas dire qu'elle soit fausse tout court.

Et l' Alma, bataille du simple soldat si jamais il en fut : c'est vrai que Lord Raglan avait le commandement de l'armée alliée, et que cette armée a gagné dans une certaine mesure une espèce confuse de victoire; oui, cela serait justifié ( ...

), pour les écoliers tout au moins, quoique vraiment un peu exagéré.

Et Oxford, oui c'est vrai que cette ville est à 100 km de Lon­ dres, si vous ne voulez qu'un certain degré de précision.

Sous le titre du « vrai » ce que nous avons en effet n'est point une simple qualité ni une relation, ni une chose quelconque, mais plutôt toute une dimension de critique.

On peut se faire une idée, peut-être pas très claire, de cette critique: ce qui est clair, c'est qu'il y a un tas de choses à considérer et à peser dans cette seule dimension les faits, oui, mais aussi la situa­ tion de celui qui a parlé, le but dans lequel il parlait, son audi­ toire, questions de précision, etc.

( ...

).

Ce dont on a besoin, il me semble, c'est d'une doctrine nouvelle, à la fois complète et générale, de CE QUE L'ON FAIT EN DISANT QUELQUE CHOSE, dans tous les sens de cette phrase ambiguë, et de ce que j'appelle l'acte de discours, non pas sous tel ou tel aspect seulement, mais pris dans sa totalité.

J.

L.

AUSTIN, « Performatif-Constatif », in La Philosophie analylique, colloque de Royaumont, 1958, Minuit, 1962, pp.

280-28L P.OUR ·MIEUX COMPRENDRE LE TEXTE ' t • ~ , La philosophie moderne a déplacé la question du vrai et du faux dans la sphère du langage (cf.

texte 6).

Cette ques­ tion semble alors se résoudre simplement: ou l'énoncé cor­ respond aux faits ou il n'y correspond pas.

On pourrait donc distinguer facilement les jugements de faits, décrivant la réalité, susceptibles d'être vrais ou faux, et les jugements de valeurs (bon, juste, équitable, etc.).

J.

L.

Austin critique. »

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