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Article de presse: Felipe Gonzalez, chantre d'une révolution morale

Publié le 17/01/2022

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28 octobre 1982 - La victoire du PSOE aux élections législatives est due pour une grande part à son dirigeant, Felipe Gonzalez. Le Parti socialiste serait-il devenu la première force politique espagnole, après quarante années de clandestinité, sans Felipe Gonzalez? Non seulement les militants du parti, mais aussi leurs adversaires politiques, répondent non. Dans un pays où les partis renaissent à peine et ou l'électorat se prononce plus en fonction des personnalités que des sigles, le triomphe du PSOE, c'est, avant tout, celui de son secrétaire général. Comment expliquer le pouvoir d'attraction de celui que les Espagnols tutoient et appellent familièrement " Felipe "? A quoi tient cet indéniable pouvoir de conviction dont il fait preuve dans les réunions publiques et les conversations privées? Pourquoi tant d'Espagnols qui n'adhèrent pas au socialisme-ou seulement du bout des lèvres-sont-ils prêts à lui signer un chèque en blanc? D'abord, parce que " Felipe " a réussi, plus que tout autre homme politique, à incarner un pays nouveau qui tourne le dos aux affrontements des " deux Espagne " et aspire à s'intégrer dans une Europe occidentale où les controverses politiques se règlent par les débats d'idées et non par la force. Tout en symbolisant cette nouvelle génération, qui veut faire table rase des psychoses du passé, il a réussi, à quarante ans, à donner une impression de maturité politique à un pays déconcerté et inquiet face aux dangers qui pèsent sur la démocratie. Plus que chef de parti, Felipe Gonzalez se veut le rassembleur d'une majorité qui s'étend bien au-delà des frontières de sa formation. Son adversaire, aime-t-il à dire, ce n'est pas " la bourgeoisie ", mais seulement " une infime minorité qui ne veut pas abandonner les leviers de commande qu'elle détient depuis deux cents ans ". Au risque de mécontenter les secteurs " critiques " de son parti, qui lui reprochent d'abandonner la spécificité du message socialiste, il cherche, dans ses interventions publiques, le dénominateur commun d'un électorat particulièrement ample, donc hétérogène. Plutôt que de parler de transformations sociales et économiques, il tente de galvaniser son public en lui promettant une " révolution morale ": il faut rendre aux Espagnols le goût du travail solidaire. Il faut les persuader qu'ils peuvent et doivent participer à la reconstruction du pays. Face au désenchantement perceptible après les enthousiasmes de la démocratie retrouvée, il veut être le porteur d'un nouvel espoir collectif. Rien ne paraissait pourtant prédisposer Felipe Gonzalez à incarner pour tant d'Espagnols la mystique du futur. Elève studieux d'un collège catholique de Séville, puis étudiant de la faculté de droit, il fréquente d'abord les milieux démocrates-chrétiens et ceux de la Jeunesse catholique, sans manifester beaucoup d'intérêt pour la politique. Un séjour à l'université catholique de Louvain, en Belgique, où il entre en contact avec de nombreux représentants de la gauche latino-américaine, l'ouvre au militantisme. Le Parti communiste, principale force d'opposition en Espagne, est alors en pleine crise. Aussi Felipe Gonzalez préfère-t-il se tourner vers le Parti socialiste, que certains de ses amis de l'université de Séville cherchent à réorganiser dans la clandestinité. Il y entre en 1962 et fonde un cabinet d'avocats qui défendent les syndicalistes socialistes. C'est l'époque où, après vingt ans d'une " paix sociale " imposée par la répression, l'Andalousie connaît ses premières grèves. De nouvelles sections du parti naissent dans toute l'Espagne. Comme de nombreux jeunes militants de l'intérieur qui affrontent quotidiennement les risques de la clandestinité, Felipe Gonzalez ne se sent guère en harmonie avec les vieux dirigeants " historiques ", en exil en France. Ces derniers entendent préserver les grands principes du PSOE de Pablo Iglesias, mais sont de plus en plus coupés de la réalité sociale d'une Espagne en mutation rapide. Tandis que les " jeunes loups ", soucieux d'enterrer le passé, veulent réaliser sans exclusive l'union des forces antifranquistes, les " historiques " continuent de lancer des diatribes sectaires contre la bourgeoisie, l'Eglise, la monarchie et le Parti communiste. La bataille des militants de l'intérieur En juillet 1969, Felipe Gonzalez se rend pour la première fois à une réunion du comité national du PSOE à Bayonne. Il y attaque sans ménagement les " historiques ", et notamment le tout-puissant secrétaire général, Rodolfo Llopis, qu'il accuse de rejeter les nouveaux militants. D'autres responsables de l'intérieur, qui ont réussi à pénétrer dans la direction du parti, comme Enrique Mugica et Nicolas Redondo, prennent contact avec ce jeune audacieux. Bientôt naît, en Espagne même, un nouvel appareil qui entend disputer le contrôle du parti à la direction officielle. La bataille est inévitable. Elle éclate lors du congrès tenu à Toulouse en 1970. Felipe Gonzalez prend l'offensive et exige que les décisions de politique intérieure soient prises par les membres de la direction qui résident en Espagne. Rodolfo Llopis proteste, mais en vain: les trois quarts des délégués appuient la position de " Felipe ". A soixante-seize ans, le secrétaire général " historique " du PSOE doit constater que les vents ont tourné. Ce n'est qu'un début. Le " groupe des Sévillans ", comme on appelle Felipe Gonzalez et ses amis andalous, renforce ses positions au sein de l'appareil. Les militants de l'intérieur décident de convoquer un nouveau congrès à Toulouse, en 1972. Leur objectif : s'emparer de la direction. Alfonso Guerra, l'actuel " numéro deux ", prépare le terrain en publiant dans le journal du PSOE, qu'il contrôle, un article incendiaire où il dénonce la sclérose du parti, qu'il attribue à ses vieux dirigeants. Cette fois, c'en est trop : Rodolfo Llopis refuse de participer au congrès et décide d'en convoquer un autre, parallèle. C'est la scission. Après quelques hésitations, l'Internationale socialiste accorde sa reconnaissance au " PSOE rénové ", c'est-à-dire aux cadres de l'intérieur, les seuls réellement implantés sur le terrain. Pour désigner leurs nouveaux dirigeants, ces derniers convoquent un autre congrès, qui se tient à Suresnes, en 1974. S'ils sont d'accord pour secouer le joug des " historiques ", les nouveaux maîtres du PSOE se divisent sur la stratégie à adopter face à un régime franquiste à l'agonie. C'est pourquoi ils décident de confier le secrétariat général à un délégué qui présente l'avantage de ne mécontenter aucun secteur : Felipe Gonzalez accède ainsi à la tête du PSOE. Pour beaucoup, il n'est qu'un dirigeant de transition. Le succès remporté aux élections de 1977 renforce sa position. En obtenant trois fois plus de voix que les communistes, les socialistes s'imposent comme la principale force d'opposition. Libre de surenchère sur sa gauche, Felipe Gonzalez signe en 1977, avec les représentants des autres forces politiques, le " pacte de la Moncloa ". Le PSOE cherche alors à faire une opposition " responsable " afin de se présenter comme une option immédiate de gouvernement, ce qui implique quelques renoncements aux principes " historiques ". L'aile gauche est mécontente d'une telle " déviation ". La polémique prend un tour apparemment sémantique : au congrès de mai 1979, Felipe Gonzalez propose la suppression du terme " marxiste " des textes de référence du parti. Ses adversaires l'accusent de verser dans la social-démocratie. L'abandon de la réference marxiste Pour la première et dernière fois, Felipe Gonzalez est vaincu. La majorité des délégués décident de voter une résolution qui réaffirme le caractère marxiste du parti. Le secrétaire général annonce alors qu'il ne se présentera pas à la réélection. Mais ceux-là mêmes qui ont voté contre lui ne conçoivent pas qu'il abandonne les rênes du parti. Un congrès extraordinaire a lieu en septembre, et Felipe Gonzalez est triomphalement réélu, non sans avoir délesté le PSOE de son étiquette marxiste. Au moment même où il semble avoir neutralisé ses opposants de gauche, Felipe Gonzalez durcit son attitude vis-à-vis du gouvernement. Il présente, en 1980, une motion de censure. Elle marque le début d'une offensive générale qui aboutit à la démission d'Adolfo Suarez en janvier 1981. La tentative de putsch militaire du 23 février amène cependant Felipe Gonzalez à se montrer plus conciliant. Les socialistes adoptent désormais une attitude de " non-belligérance " face à un parti gouvernemental en proie à des dissensions croissantes et qui apparaît en pleine débâcle au moment de la dissolution des Chambres, en août 1982. Ils donnent même leur appui au gouvernement pour réaliser une délicate réforme de la politique régionale, qui semble indispensable pour tranquilliser les militaires. Aujourd'hui, peu nombreux sont ceux, au sein du PSOE, qui remettent en cause la politique de modération de Felipe Gonzalez. THIERRY MALINIAK Le Monde du 30 octobre 1982

« Ce n'est qu'un début.

Le " groupe des Sévillans ", comme on appelle Felipe Gonzalez et ses amis andalous, renforce sespositions au sein de l'appareil.

Les militants de l'intérieur décident de convoquer un nouveau congrès à Toulouse, en 1972.

Leurobjectif : s'emparer de la direction.

Alfonso Guerra, l'actuel " numéro deux ", prépare le terrain en publiant dans le journal duPSOE, qu'il contrôle, un article incendiaire où il dénonce la sclérose du parti, qu'il attribue à ses vieux dirigeants.

Cette fois, c'enest trop : Rodolfo Llopis refuse de participer au congrès et décide d'en convoquer un autre, parallèle. C'est la scission.

Après quelques hésitations, l'Internationale socialiste accorde sa reconnaissance au " PSOE rénové ", c'est-à-dire aux cadres de l'intérieur, les seuls réellement implantés sur le terrain. Pour désigner leurs nouveaux dirigeants, ces derniers convoquent un autre congrès, qui se tient à Suresnes, en 1974.

S'ils sontd'accord pour secouer le joug des " historiques ", les nouveaux maîtres du PSOE se divisent sur la stratégie à adopter face à unrégime franquiste à l'agonie.

C'est pourquoi ils décident de confier le secrétariat général à un délégué qui présente l'avantage dene mécontenter aucun secteur : Felipe Gonzalez accède ainsi à la tête du PSOE.

Pour beaucoup, il n'est qu'un dirigeant detransition. Le succès remporté aux élections de 1977 renforce sa position.

En obtenant trois fois plus de voix que les communistes, lessocialistes s'imposent comme la principale force d'opposition.

Libre de surenchère sur sa gauche, Felipe Gonzalez signe en 1977,avec les représentants des autres forces politiques, le " pacte de la Moncloa ". Le PSOE cherche alors à faire une opposition " responsable " afin de se présenter comme une option immédiate degouvernement, ce qui implique quelques renoncements aux principes " historiques ".

L'aile gauche est mécontente d'une telle" déviation ".

La polémique prend un tour apparemment sémantique : au congrès de mai 1979, Felipe Gonzalez propose lasuppression du terme " marxiste " des textes de référence du parti.

Ses adversaires l'accusent de verser dans la social-démocratie. L'abandon de la réference marxiste Pour la première et dernière fois, Felipe Gonzalez est vaincu.

La majorité des délégués décident de voter une résolution quiréaffirme le caractère marxiste du parti.

Le secrétaire général annonce alors qu'il ne se présentera pas à la réélection.

Mais ceux-là mêmes qui ont voté contre lui ne conçoivent pas qu'il abandonne les rênes du parti. Un congrès extraordinaire a lieu en septembre, et Felipe Gonzalez est triomphalement réélu, non sans avoir délesté le PSOE deson étiquette marxiste. Au moment même où il semble avoir neutralisé ses opposants de gauche, Felipe Gonzalez durcit son attitude vis-à-vis dugouvernement.

Il présente, en 1980, une motion de censure.

Elle marque le début d'une offensive générale qui aboutit à ladémission d'Adolfo Suarez en janvier 1981.

La tentative de putsch militaire du 23 février amène cependant Felipe Gonzalez à semontrer plus conciliant.

Les socialistes adoptent désormais une attitude de " non-belligérance " face à un parti gouvernemental enproie à des dissensions croissantes et qui apparaît en pleine débâcle au moment de la dissolution des Chambres, en août 1982.Ils donnent même leur appui au gouvernement pour réaliser une délicate réforme de la politique régionale, qui sembleindispensable pour tranquilliser les militaires. Aujourd'hui, peu nombreux sont ceux, au sein du PSOE, qui remettent en cause la politique de modération de Felipe Gonzalez. THIERRY MALINIAK Le Monde du 30 octobre 1982. »

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