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AUTRES SUJETS COMMENTÉS

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AUTRES SUJETS COMMENTÉS

1

Au chapitre 25 de Candide, Voltaire fait dire au

noble vénitien Pococurante que Candide interroge

sur ses goûts littéraires : " Les sots admirent

tout dans un auteur estimé. Je ne lis que

pour moi; je n'aime que ce qui est à mon

usage ...

Partagez-vous cette conception de la lecture?

Vous répondrez en justifiant vos propos par des

exemples précis empruntés aux oeuvres que vous

avez lues ou étudiées .

.... Voltaire avait une habitude qui correspond bien à ce

point de vue de Pococurante. Quand il estimait particulièrement

l'oeuvre d'un auteur, il en extrayait les pages qu'il

appréciait le plus pour s'en faire une anthologie maniable. Il

procéda par exemple ainsi avec Rabelais.

Nous avons rencontré à plusieurs reprises le problème du

choix. Maupassant explique page 148 que le romancier

choisit dans le réel les éléments qu'il agencera pour produire

un effet dominant. Le lecteur doit choisir parmi les

auteurs et à l'intérieur de l'oeuvre d'un auteur donné.

Voltaire s'insurge ici contre une sorte de fanatisme qui

conduit à diviniser un écrivain ou un philosophe. L'homme

est toujours tenté par ce qui va lui éviter la peine de penser.

Diviniser un auteur, en faire son gourou ou son prophète, va

dans ce sens. C'est une manière de se trouver ce que l'on

appelait autrefois un directeur de conscience.

Le lecteur doit être autonome, actif. Dans le travail de problématisation,

il pourrait être intéressant d'aborder laquestion

des oeuvres au programme. Que faire dans le cas

d'oeuvres imposées? On pourrait montrer la possibilité d'un

choix à l'intérieur de ce cadre contraignant. Ainsi, chacun

peut puiser dans Les Fleurs du mal et dans Le Spleen de

Paris pour se constituer une anthologie personnelle.

II

L'explication de texte, les notes critiques ont pu

vous paraître fastidieuses et inutiles; Maurice

Blanchot, ·dans L 'Expérience de Lautréamont,

affirme au contraire: «Tout commentaire d'une

oeuvre importante est nécessairement en défaut

par rapport à cette oeuvre, mais le commentaire

est inévitable.«

En vous appuyant sur des exemples précis, textes

isolés ou oeuvres complètes, vous direz ce que

vous pensez de la nécessité du commentaire .

.... Pourquoi ramener au discursif cette création totale

qu'est l'oeuvre d'art; en d'autres termes pourquoi analyser

d'une manière intellectuelle ce qui, justement, échappe au

seul intelligible? Le nombre de bêtises que peut entendre un

tableau dans un musée conduit à se poser cette question.

Il serait possible de construire une partie sur l'idée que le

meilleur commentaire d'une oeuvre d'art est une autre

oeuvre d'art. René Char écrit un poème sur Rimbaud, Claudel

fait de même pour Verlaine, Debussy écrit de la musique

sur des vers de Mallarmé (Prélude à l'après-midi d'un

faune), Picasso commente par tableaux interposés la production

de ses prédécesseurs.

On pourrait même pousser les choses plus loin. Les oeuvres

des écrivains ne sont-elles pas, à leur manière, une critique

(dans le sens littéraire) des oeuvres contemporaines ou passées?

Les textes des autres écrivains exercent une influence

positive mais aussi révulsive. L'oeuvre du créateur, en se

démarquant de la production contemporaine, d'une certaine

façon, la commente.

Venons-en maintenant à l'analyse intellectuelle des oeuvres

telle qu'on la pratique dans l'enseignement et dans les journaux.

Blanchot affirme que ce commentaire sera toujours

« en défaut« par rapport à l' oeuvre et l'on comprend aisément

pourquoi. L'écrivain recourt aux complexes possibilités

de l'oeuvre littéraire justement pour dire ce que le propos

de caractère intellectuel ne peut circonscrire.

Mais en quoi le commentaire de type intellectuel est-il

« inévitable« ? Vous n'êtes tout d'abord pas obligé de le

penser. Vous pouvez aussi évoquer ses vertus pédagogiques

ainsi que nous le faisons dans l'introduction de ce chapitre.

Ce peut être l'occasion de discuter la tendance de notre

enseignement, du moins pour la fin du secondaire et le supérieur,

de privilégier l'analyse au détriment de la création.

Les ateliers d'écriture sont rares dans les lycées et dans les

universités.

III

Dans quelle mesure peut-on dire d'une oeuvre

qu'elle échappe à son auteur?

Voir sur ce point @J et [email protected] et tout ce qui se rapporte à

l'oeuvre ouverte.

Il est possible de privilégier certains axes :

- L' oeuvre échappe à son auteur notamment quand elle

est mise en scène au théâtre et au cinéma. Cela peut déboucher

sur un conflit entre écrivain et réalisateur comme cela

s'est produit pour l'adaptation au cinéma de L 'Amant de

Marguerite Duras.

- L' oeuvre peut aussi être dénaturée par un souci de

récupération idéologique. Ainsi, par exemple, en montant

en épingle certains éléments accessoires de son oeuvre, on a

fait de Nietzsche un philosophe bien éloigné de ce qu'il était

vraiment.

Un candidat cultivé, s'appuyant sur des exemples comme

Descartes, Darwin, Marx, Sartre, etc., pourrait même montrer

qu'un penseur est souvent célèbre suite à un contresens

fait sur l'une de ses formules ou l'un des points de sa doctrine.

A part ces dénaturations, le fait qu'une oeuvre échappe à son

auteur doit être considéré comme un fait positif.

- A noter que le décalage entre la réception d'une

oeuvre ou d'une pensée peut provenir du fait que le public

s'en tient à un stade dépassé depuis longtemps par l'auteur.

Ainsi, on continuait de reprocher à Sartre ses thèses sur

l'engagement alors qu'il les avait pratiquement reniées.

En un autre sens, l 'oeuvre peut encore «échapper« à son

auteur. Un roman ou un poème se met à vivre tout seul,

comme s'il n'était plus soumis à la volonté de !'écrivain et

s'écrivait de lui-même. On retrouve ici la problématique de

l'inspiration que les surréalistes radicalisèrent dans la théorie

de l'écriture automatique. L'oeuvre est-elle le produit de

la conscience claire de l'auteur ou procède-t-elle de quelque

chose qui lui échappe : inconscient ou inspiration?

IV

cc L'esprit de l'auteur, qu'il le veuille, qu'il le

~ache, ou non, est comme accordé sur l'idée

qu'il se fait nécessairement de son lecteur; et

donc le changement d'époque, qui est un changement

de lecteur, est comparable à un changement

dans le texte même, changement

toujours imprévu et incalculable.«

Paul Valéry, «Au sujet d'Adonis«, Variété.

En vous référant à votre expérience de lecteur,

vous direz quelles réflexions vous inspire cette

remarque de Paul Valéry .

..... Valéry évite de simplifier en montrant que si !'écrivain

écrit toujours pour un lecteur, il n'a pas toujours une vision

très claire de ce lecteur. Il insiste sur le fait que la littérature

est une création à deux à laquelle participent l'auteur mais

aussi le lecteur.

Nous retrouvons une fois de plus le problème de l'oeuvre

ouverte (voir notamment page 128). L'oeuvre riche trouve

sans cesse de nouveaux lecteurs. L'oeuvre pauvre ne survit

pas au lectorat qui a pu faire son succès.

Montaigne est l'un des meilleurs exemples de ces oeuvres

qui renaissent sans cesse, tel le phénix, de leurs cendres.

Au XVIIe siècle, il est critiqué et utilisé par Pascal dans

la lutte que menait ce dernier contre les libertins; libertins

qui avaient fait eux-mêmes des Essais leur livre de chevet.

Au XVIIIe siècle, il devient la référence des Philosophes

qui luttent pour la tolérance. Rousseau forge peutêtre

en le lisant le projet de peindre son âme dans toute sa

complexité qui prendra forme avec Les Confessions. Au

XIXe siècle, c'est l'humaniste ouvert aux cultures anciennes

qui retient l'attention. On se garde bien alors de commenter

en classe les chapitres «anticolonialistes« avant la lettre.

Cet aspect sera relevé au siècle suivant, Montaigne apparaissant

comme l'un des précurseurs du relativisme culturel.

Sans compter tous ceux qui réfléchissent sur l'intertextualité

ou sur l'autobiographie.

V

Un universitaire contemporain, Jean Onimus,

réfléchissant sur l'étude de la littérature, écrit :

«L'inquiétude c'est la vie même de la

conscience. Toute vie suppose effort, dépense

de forces. Ce que cherchent les élèves trop

souvent, c'est une réponse de catéchisme: "ce

qu'il faut penser de ... " et, dans leurs devoirs, ce

qu'ils disent c'est ce qu'ils croient que l'on doit

dire. Or le principe de l'enseignement littéraire

est de leur faire admettre qu'il n'y a pas de

dogme tout fait et qu'à chacun sa vérité."

Quel but assignez-vous pour votre part à l'enseignement

littéraire? Dites ce qu'il vous a apporté en

exigeant de vous un effort personnel? Appuyez

votre développement sur des exemples précis.

La jeunesse est souvent moins contestataire qu'il n'y paraît.

Elle est parfois très conventionnelle dans sa contestation : le

jeans (déjà un uniforme) est déchiré mais pas n'importe

comment et pas n'importe où. Sur le plan intellectuel, Jean

Onimus a raison de remarquer qu'elle est souvent encline à

rechercher des maîtres à penser (l'expression est déjà tout

un programme). Ce maître à penser peut être l'enseignant

lui-même ou un auteur dont la mode a fait le prophète du

moment.

La fonction assignée à l'enseignement par Jean Onimus correspond

à nos sociétés occidentales issues de la philosophie

des Lumières (XVIIIe siècle). L'esprit critique, la nécessité

de se forger une opinion personnelle, l'importance de

l'autonomie de chacun, le fait qu'il faut apprendre à

apprendre et n'être pas facilement manipulable sont des

valeurs constamment réaffirmées. Elles ont leur revers

puisque chacun doit trouver seul sa voie. L'angoisse peut

naître de cette recherche et du sentiment que l'on sera seul

responsable de sa vie.

On peut réfléchir sur la notion de «modèle« (ouvert ou

fermé), sur celle de «maître spirituel«, de secte, sur les

limites qu'un enseignant doit mettre à l'influence qu'il peut

exercer sur son jeune public. Inutile de dire qu'en dépit de

tout ce qui précède, on évitera de dire que l'enseignement

littéraire ne sert à rien.

VI

cc Mais pourquoi m'imaginer en tête à tête avec

le lecteur? Pourquoi imaginer que les amoureux

sont seuls au monde? Les pages imprimées

sont un lieu public, y vient qui veut, vous

parlez d'intimité!"

Commentez ce point de vue.

Que veut exactement dire cet auteur? La relation au livre est

bien, le plus souvent, une relation de couple entre un auteur

et un lecteur. Le travail des services d'édition a simplement

favorisé cette rencontre. En ce sens, le lecteur se distingue

du spectateur. Qu'il s'agisse du théâtre ou du cinéma, les

choses se présentent très différemment. L'oeuvre est une

création collective et sa réception est elle-même collective.

La télévision permet, il est vrai, une réception individuelle,

mais les études de sociologues montrent qu'elle a souvent

un côté convivial.

Il est vrai qu'il n'y a pas un lecteur mais une multitude de

lecteurs possibles. Il est même plutôt banal de le dire. On a

même pu parler de prostitution à propos des auteurs qui font

du bon argent avec le récit de leurs malheurs. Pourtant, il

semble bien que la lecture reste un acte intime: une relation

d'âme à âme. C'est en cela qu'elle est peut-être le meilleur

moyen de résister à la massification toujours menaçante.

Les dictateurs commencent toujours par brûler des livres.

Votre devoir devra donc évoquer des situations où une sorte

de communion s'est effectuée avec un auteur ou un personnage.

La littérature est bien communication. Et son paradoxe

est que cette communion s'effectue parfois mieux

avec des êtres morts depuis des siècles ou lointains qu'avec

nos proches.

trer qu'un penseur est souvent célèbre suite à un contresens fait sur l'une de ses formules ou l'un des points de sa doc­trine.

A part ces dénaturations, le fait qu'une oeuvre échappe à son auteur doit être considéré comme un fait positif.

— A noter que le décalage entre la réception d'une oeuvre ou d'une pensée peut provenir du fait que le public s'en tient à un stade dépassé depuis longtemps par l'auteur. Ainsi, on continuait de reprocher à Sartre ses thèses sur l'engagement alors qu'il les avait pratiquement reniées.

 

En un autre sens, l'oeuvre peut encore «échapper« à son auteur. Un roman ou un poème se met à vivre tout seul, comme s'il n'était plus soumis à la volonté de l'écrivain et s'écrivait de lui-même. On retrouve ici la problématique de l'inspiration que les surréalistes radicalisèrent dans la théo­rie de l'écriture automatique. L'oeuvre est-elle le produit de la conscience claire de l'auteur ou procède-t-elle de quelque chose qui lui échappe : inconscient ou inspiration ?

« Autres sujets commentés/ 367 peut puiser dans Les Fleurs du mal et dans Le Spleen de Paris pour se constituer une anthologie personnelle. II L'explication de texte, les notes critiques ont pu vous paraître fastidieuses et inutiles; Maurice Blanchot, ·dans L 'Expérience de Lautréamont, affirme au contraire: «Tout commentaire d'une œuvre importante est nécessairement en défaut par rapport à cette œuvre, mais le commentaire est inévitable.» En vous appuyant sur des exemples précis, textes isolés ou œuvres complètes, vous direz ce que vous pensez de la nécessité du commentaire . .... Pourquoi ramener au discursif cette création totale qu'est l'œuvre d'art; en d'autres termes pourquoi analyser d'une manière intellectuelle ce qui, justement, échappe au seul intelligible? Le nombre de bêtises que peut entendre un tableau dans un musée conduit à se poser cette question. Il serait possible de construire une partie sur l'idée que le meilleur commentaire d'une œuvre d'art est une autre œuvre d'art. René Char écrit un poème sur Rimbaud, Clau­ del fait de même pour Verlaine, Debussy écrit de la musique sur des vers de Mallarmé (Prélude à l'après-midi d'un faune), Picasso commente par tableaux interposés la pro­ duction de ses prédécesseurs. On pourrait même pousser les choses plus loin. Les œuvres des écrivains ne sont-elles pas, à leur manière, une critique (dans le sens littéraire) des œuvres contemporaines ou pas­ sées? Les textes des autres écrivains exercent une influence positive mais aussi révulsive. L'œuvre du créateur, en se démarquant de la production contemporaine, d'une certaine façon, la commente. Venons-en maintenant à l'analyse intellectuelle des œuvres telle qu'on la pratique dans l'enseignement et dans les jour- »

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