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Devoir incipit 2e

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Devoir en temps limité

 

                                                            FOYER SAINT-THOMAS D’AQUIN

Date : samedi 21 septembre 2019                                Matière : Littérature Durée : 1h45, de 8h10 à 9h55             +                     Coefficient : 5 Documents autorises : Néant                                       Classe : Seconde Nom : ………………………………….                               Prénom : …………………

 

OBJET D’ETUDE : LE ROMAN ET LE RECIT DU XVIIIe AU XXIe SIECLE

Corpus : « L’évolution des statuts et des conceptions des incipits romanesques »

TEXTE A – La Princesse de Clèves, LAFAYETTE (1634-1693), 1678 TEXTE B – « Le portrait de Julien Sorel », Le Rouge et le Noir, STENDHAL (1783-1842), 1830 TEXTE C – L’Etranger, CAMUS (1913-1960), 1942 TEXTE D – La Modification, BUTOR (1926-2016), 1957

 

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TEXTE A – La Princesse de Clèves, Madame de LAFAYETTE, 1678

 

  Mme de Lafayette entre dans l'aristocratie grâce à son mariage avec le comte de Lafayette. Son nouveau statut social lui permet de tenir un salon où elle invite intellectuels et écrivains. Elle développe ainsi une grande amitié avec le duc de La Rochefoucauld, un des maîtres du classicisme. Son œuvre majeure, La Princesse de Clèves, publiée en 1678, est considérée comme le premier grand roman de la littérature française. Ce passage qui constitue le tout début du roman présente l'héroïne à la cour d'Henri II pour la première fois. Le lecteur la découvre également pour la première fois. Son portrait s'inspire du roman héroïque et de la préciosité mais relève du roman psychologique par l'importance accordée au portrait moral et surtout à l'analyse à laquelle se livre Madame de Lafayette pour expliquer les vertus dont est dotée son héroïne.         

 

            Il parut alors une beauté à la cour, qui attira les yeux de tout le monde, et l'on doit croire que c'était une beauté parfaite, puisqu'elle donna de l'admiration dans un lieu où l'on était si accoutumé à voir de belles personnes. Elle était de la même maison que le vidame de Chartres, et une des plus grandes héritières de France. Son père était mort jeune, et l'avait laissée sous la conduite de madame de Chartres, sa femme, dont le bien, la 5-vertu et le mérite étaient extraordinaires. Après avoir perdu son mari, elle avait passé plusieurs années sans revenir à la cour. Pendant cette absence, elle avait donné ses soins à l'éducation de sa fille ; mais elle ne travailla pas seulement à cultiver son esprit et sa beauté ; elle songea aussi à lui donner de la vertu et à la lui rendre aimable. La plupart des mères s'imaginent qu'il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner. Madame de Chartres avait une opinion opposée ; elle faisait souvent à sa fille des 10-peintures de l'amour ; elle lui montrait ce qu'il a d'agréable pour la persuader plus aisément sur ce qu'elle lui en apprenait de dangereux ; elle lui contait le peu de sincérité des hommes, leurs tromperies et leur infidélité, les malheurs domestiques où plongent les engagements ; et elle lui faisait voir, d'un autre côté, quelle tranquillité suivait la vie d'une honnête femme, et combien la vertu donnait d'éclat et d'élévation à une personne qui avait de la beauté et de la naissance. Mais elle lui faisait voir aussi combien il était difficile de conserver cette vertu, que 15-par une extrême défiance de soi-même, et par un grand soin de s'attacher à ce qui seul peut faire le bonheur d'une femme, qui est d'aimer son mari et d'en être aimée.

            Cette héritière était alors un des grands partis qu'il y eût en France ; et quoiqu'elle fût dans une extrême jeunesse, l'on avait déjà proposé plusieurs mariages. Madame de Chartres, qui était extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour.           20-Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes.

 

                                                                 *

 

 

TEXTE B – « Le portrait de Julien Sorel », Le Rouge et le Noir, STENDHAL, 1830

Cet extrait du chapitre IV (début du roman) fait paraître pour la première fois le héros, Julien Sorel. Fils d'un charpentier brutal, il étudie le latin dans la perspective d'entrer au séminaire pour faire une carrière ecclésiastique, après avoir renoncé à des rêves de gloire militaire. Son portrait est fait « en situation », au moment où son père vient lui annoncer que M. de Rênal, le maire du village, souhaite l'engager comme précepteur de ses enfants. Stendhal excelle à faire ressortir la singularité de Julien par le contraste entre sa délicatesse physique et la force de caractère que reflète sa physionomie. Davantage encore, la différence entre Julien et ses frères aînés, des « géants » qui manient la hache, l'écart entre son raffinement cultivé et la brutalité grossière de son père, donnent au lecteur une clé essentielle pour situer son personnage, qui semble en inadéquation avec le reste de sa famille…

 

            En approchant de son usine, le père Sorel appela Julien de sa voix de stentor ; personne ne répondit. Il ne vit que ses fils aînés, espèce de géants qui, armés de lourdes haches, équarrissaient les troncs de sapin, qu'ils allaient porter à la scie. Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée sur la pièce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des copeaux énormes. Ils            5-n'entendirent pas la voix de leur père. Celui-ci se dirigea vers le hangar ; en y entrant, il chercha vainement Julien à la place qu'il aurait dû occuper, à côté de la scie. Il l'aperçut à cinq ou six pieds plus haut, à cheval sur l'une des pièces de la toiture. Au lieu de surveiller attentivement l'action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n'était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut-être pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses    10-aînés ; mais cette manie de lecture lui était odieuse : il ne savait pas lire lui-même.

Ce fut en vain qu'il appela Julien deux ou trois fois. L'attention que le jeune homme donnait à son livre, bien plus que le bruit de la scie, l'empêcha d'entendre la terrible voix de son père. Enfin, malgré son âge, celui-ci sauta lestement sur l'arbre soumis à l'action de la scie, et de là sur la poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruisseau le livre que tenait Julien ; 15-un second coup aussi violent, donné sur la tête, en forme de calotte, lui fit perdre l'équilibre. Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers de la machine en action, qui l'eussent brisé, mais son père le retint de la main gauche comme il tombait.

« Eh bien, paresseux ! Tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la scie ? Lis-les le soir (…) à la bonne heure. »

20-Julien, quoique étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste officiel, à côté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique, que pour la perte de son livre qu'il adorait.

« Descends, animal, que je te parle. » Le bruit de la machine empêcha encore Julien d'entendre cet ordre. Son père qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de remonter sur le mécanisme, 25-alla chercher une longue perche pour abattre des noix, et l'en frappa sur l'épaule. A peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu'il va me faire ! se disait le jeune homme. En passant, il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-Hélène.

Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C'était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf   30-ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l'expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et dans les moments de colère, un air méchant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n'en est peut-être point qui se soit distinguée par une spécialité 35-plus saisissante. Une taille svelte et bien prise annonçait plus de légèreté que de vigueur. Dès sa première jeunesse, son air extrêmement pensif et sa grande pâleur avaient donné l'idée à son père qu'il ne vivrait pas, ou qu'il vivrait pour être une charge à sa famille.

 

 

 

 

 

 

 

                                                                                  *

 

TEXTE C – L’Etranger, CAMUS, 1942

 

            La première phrase : « Aujourd'hui, maman est morte » est un des incipits les plus connus de la littérature française. Mais il a surtout l'intérêt de nous faire rentrer d'emblée dans l'univers sans concession du philosophe-romancier. Car la pensée de Camus se caractérise par deux thèmes principaux : celui de l'absurde et celui de la révolte, c'est-à-dire la reconnaissance  d'un monde sans sens.  Dans le roman, Meursault catalyse ce paradoxe et nous offre le paradigme de l'homme pris dans un engrenage.

            Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.

            L'asile de vieillards est à Marengo, à quatre-vingts kilomètres d'Alger. Je prendrai l'autobus à 5-deux heures et j'arriverai dans l'après-midi. Ainsi, je pourrai veiller et je rentrerai demain soir. J'ai demandé deux jours de congé à mon patron et il ne pouvait pas me les refuser avec une excuse pareille. Mais il n'avait pas l'air content. Je lui ai même dit : \"Ce n'est pas de ma faute.\" II n'a pas répondu. J'ai pensé alors que je n'aurais pas dû lui dire cela. En somme, je n'avais pas à m'excuser. C'était plutôt à lui de me présenter ses condoléances. Mais il le fera sans doute après-demain, quand 10-il me verra en deuil. Pour le moment, c'est un peu comme si maman n'était pas morte. Après l'enterrement, au contraire, ce sera une affaire classée et tout aura revêtu une allure plus officielle. 

            J’ai pris l’autobus à deux heures. Il faisait très chaud. J’ai mangé au restaurant, chez Céleste, comme d’habitude. Ils avaient tous beaucoup de peine pour moi et Céleste m’a dit : « On n’a qu’une mère. » Quand je suis parti, ils m’ont accompagné à la porte. J’étais un peu étourdi parce qu’il a fallu 15-que je monte chez Emmanuel pour lui emprunter une cravate noire et un brassard. Il a perdu son oncle, il y a quelques mois.

            J’ai couru pour ne pas manquer le départ. Cette hâte, cette course, c’est à cause de tout cela sans doute, ajouté aux cahots, à l’odeur d’essence, à la réverbération de la route et du ciel, que je me suis assoupi. J’ai dormi pendant presque tout le trajet. Et quand je me suis réveillé, j’étais tassé contre 20-un militaire qui m’a souri et qui m’a demandé si je venais de loin. J’ai dit « oui » pour n’avoir plus à parler. 

            L’asile est à deux kilomètres du village. J’ai fait le chemin à pied. J’ai voulu voir maman tout de suite. Mais le concierge m’a dit qu’il fallait que je rencontre le directeur. Comme il était occupé, j’ai attendu un peu. Pendant tout ce temps, le concierge a parlé et ensuite, j’ai vu le directeur : il m’a reçu 25-dans son bureau. C’était un petit vieux, avec la Légion d’honneur. Il m’a regardé de ses yeux clairs. Puis il m’a serré la main qu’il a gardée si longtemps que je ne savais trop comment la retirer. Il a consulté un dossier et m’a dit : « Mme Meursault est entrée ici il y a trois ans. Vous étiez son seul soutien. » J’ai cru qu’il me reprochait quelque chose et j’ai commencé à lui expliquer. Mais il m’a interrompu : « Vous n’avez pas à vous justifier, mon cher enfant. J’ai lu le dossier de votre mère. Vous 30-ne pouviez subvenir à ses besoins. Il lui fallait une garde. Vos salaires sont modestes. Et tout compte fait, elle était plus heureuse ici. » J’ai dit : « Oui, monsieur le Directeur. » Il a ajouté : « Vous savez, elle avait des amis, des gens de son âge. Elle pouvait partager avec eux des intérêts qui sont d’un autre temps. Vous êtes jeune et elle devait s’ennuyer avec vous. »

 

 

 

 

TEXTE D – La Modification, BUTOR, 1957

 

Un homme monte dans un train à Paris pour se rendre à Rome. Ce roman fait partie du courant du « nouveau-roman » et dans ce tout début, le lecteur essaie de comprendre à qui renvoie ce « vous » incessant…

 

Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.

Vous vous introduisez par l’étroite ouverture en vous frottant contre ses bords, puis, votre valise couverte de granuleux cuir sombre couleur d’épaisse bouteille, votre valise assez petite d’homme      5-habitué aux longs voyages, vous l’arrachez par sa poignée collante, avec vos doigts qui se sont échauffés, si peu lourde qu’elle soit, de l’avoir portée jusqu’ici, vous la soulevez et vous sentez vos muscles et vos tendons se dessiner non seulement dans vos phalanges, dans votre paume, votre poignet et votre bras, mais dans votre épaule aussi, dans toute la moitié du dos et dans vos vertèbres depuis votre cou jusqu’aux reins.

10-Non, ce n’est pas seulement l’heure, à peine matinale, qui est responsable de cette faiblesse inhabituelle, c’est déjà l’âge qui cherche à vous convaincre de sa domination sur votre corps, et pourtant, vous venez seulement d’atteindre les quarante-cinq ans.

Vos yeux sont mal ouverts, comme voilés de fumée légère, vos paupières sensibles et mal lubrifiées, vos tempes crispées, à la peau tendue et comme raidie en plis minces, vos cheveux qui se clairsement 15-et grisonnent, insensiblement pour autrui mais non pour vous, pour Henriette et pour Cécile, ni même pour les enfants désormais, sont un peu hérissés et tout votre corps à l’intérieur de vos habits qui le gênent, le serrent et lui pèsent, est comme baigné, dans son réveil imparfait, d’une eau agitée et gazeuse pleine d’animalcules en suspension.

Si vous êtes entré dans ce compartiment, c’est que le coin couloir face à la marche à votre gauche est 20-libre, cette place même que vous auriez fait demander par Marnal comme à l’habitude s’il avait été encore temps de retenir, mais non que vous auriez demandé vous-même par téléphone, car il ne fallait pas que quelqu’un sût chez Scabelli que c’était vers Rome que vous vous échappiez pour ces quelques jours.

Un homme à votre droite, son visage à la hauteur de votre coude, assis en face de cette place où   25-vous allez vous installer pour ce voyage, un peu plus jeune que vous, quarante ans tout au plus, plus grand que vous, pâle, aux cheveux plus gris que les vôtres, aux yeux clignotants derrière des verres très grossissants, aux mains longues et agitées, aux ongles rongés (…), aux doigts qui se croisent et se décroisent nerveusement dans l’impatience du départ, selon toute vraisemblance le possesseur de cette serviette noire bourrée de dossiers dont vous apercevez quelques coins colorés 30-qui s’insinuent par une couture défaite, et de livres sans doute ennuyeux, reliés, au-dessus de lui comme un emblème, comme une légende qui n’en est pas moins explicative, ou énigmatique, pour être une chose, une possession et non un mot, posée sur le filet de métal aux trous carrés, et appuyée sur la paroi du corridor, cet homme vous dévisage, agacé par votre immobilité, debout, ses pieds gênés par vos pieds : il voudrait vous demander de vous asseoir, mais les mots n’atteignent   35-même pas ses lèvres timides, et il se détourne vers le carreau, écartant de son index le rideau bleu baissé dans lequel est tissé le sigle SNCF.

 

                                             

 

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                                       SUJET

 

Prenez bien le temps de lire les textes avant de commencer à répondre aux questions, plusieurs fois si besoin est. Evidemment vos réponses seront rédigées et soignées. La notation tiendra compte de la syntaxe, de l’orthographe et de la précision / richesse du lexique usité.

 

PREMIERE PARTIE – CONNAISSANCES : CINQ POINTS I°/ Qu’est-ce qu’un incipit de roman ? A quoi sert-il habituellement ?

II°/ Comment peut-on définir un « roman réaliste » ?

 

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DEUXIEME PARTIE – ANALYSE, INTERPRETATION ET ARGUMENTATION : DOUZE POINTS

 

I°/ Quels incipits respectent bien toutes les fonctions habituellement assignées à un début de roman ? Lesquels s’en éloignent ? Justifiez en argumentant et en agrémentant votre propos de citations d’extraits insérées à bon escient.  trois points

 

II°/ Quels sont les extraits proposant des héros classiques ? Justifiez.  un point et demi

 

III°/ Quels extraits semblent mettre en avant des antagonistes (antihéros) ? Justifiez.  un point

 

IV°/ Relevez cinq figures de style différentes dans le Texte B ; vous préciserez pour chacune l’effet produit. Que peut-on retenir du Père, et du Fils Sorel de ce passage ?  quatre points

 

VI/ Certains textes sont déroutants. Dans quelle mesure le pacte de lecture qu’est supposé instaurer l’auteur et / ou le narrateur avec le lecteur est-il brisé ? Les incipits sont-ils figés ? Approfondissez.  deux points et demi

 

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TROISIEME PARTIE – LANGUE : TROIS POINTS I°/ Texte C, relevez les verbes au présent de l’indicatif dans le premier et le deuxième paragraphe. Quelles sont leurs valeurs ?  un point

 

II°/ Texte B, « (…) qui l’eussent brisé (…) », ligne 17 : identifiez le mode et le temps de cette forme verbale.  deux points

 

 

 

 

 

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« extrêmement glorieuse, ne trouvait presque rien digne de sa fille ; la voyant dans sa seizième année, elle voulut la mener à la cour. 20- Lorsqu'elle arriva, le vidame alla au-devant d'elle ; il fut surpris de la grande beauté de mademoiselle de Chartres, et il en fut surpris avec raison. La blancheur de son teint et ses cheveux blonds lui donnaient un éclat que l'on n'a jamais vu qu'à elle ; tous ses traits étaient réguliers, et son visage et sa personne étaient pleins de grâce et de charmes. * TEXTE B – « Le portrait de Julien Sorel », Le Rouge et le Noir , STENDHAL, 1830 Cet extrait du chapitre IV (début du roman) fait paraître pour la première fois le héros, Julien Sorel. Fils d'un charpentier brutal, il étudie le latin dans la perspective d'entrer au séminaire pour faire une carrière ecclésiastique, après avoir renoncé à des rêves de gloire militaire. Son portrait est fait « en situation », au moment où son père vient lui annoncer que M. de Rênal, le maire du village, souhaite l'engager comme précepteur de ses enfants. Stendhal excelle à faire ressortir la singularité de Julien par le contraste entre sa délicatesse physique et la force de caractère que reflète sa physionomie. Davantage encore, la différence entre Julien et ses frères aînés, des « géants » qui manient la hache, l'écart entre son raffinement cultivé et la brutalité grossière de son père, donnent au lecteur une clé essentielle pour situer son personnage, qui semble en inadéquation avec le reste de sa famille… En approchant de son usine, le père Sorel appela Julien de sa voix de stentor ; personne ne répondit. Il ne vit que ses fils aînés, espèce de géants qui, armés de lourdes haches, équarrissaient les troncs de sapin, qu'ils allaient porter à la scie. Tout occupés à suivre exactement la marque noire tracée sur la pièce de bois, chaque coup de leur hache en séparait des copeaux énormes. Ils 5- n'entendirent pas la voix de leur père. Celui-ci se dirigea vers le hangar ; en y entrant, il chercha vainement Julien à la place qu'il aurait dû occuper, à côté de la scie. Il l'aperçut à cinq ou six pieds plus haut, à cheval sur l'une des pièces de la toiture. Au lieu de surveiller attentivement l'action de tout le mécanisme, Julien lisait. Rien n'était plus antipathique au vieux Sorel ; il eût peut- être pardonné à Julien sa taille mince, peu propre aux travaux de force, et si différente de celle de ses 10- aînés ; mais cette manie de lecture lui était odieuse : il ne savait pas lire lui-même. Ce fut en vain qu'il appela Julien deux ou trois fois. L'attention que le jeune homme donnait à son livre, bien plus que le bruit de la scie, l'empêcha d'entendre la terrible voix de son père. Enfin, malgré son âge, celui-ci sauta lestement sur l'arbre soumis à l'action de la scie, et de là sur la poutre transversale qui soutenait le toit. Un coup violent fit voler dans le ruisseau le livre que tenait Julien ; 15- un second coup aussi violent, donné sur la tête, en forme de calotte, lui fit perdre l'équilibre. Il allait tomber à douze ou quinze pieds plus bas, au milieu des leviers de la machine en action, qui l'eussent brisé, mais son père le retint de la main gauche comme il tombait. « Eh bien, paresseux ! Tu liras donc toujours tes maudits livres, pendant que tu es de garde à la scie ? Lis-les le soir (…) à la bonne heure. » 20- Julien, quoique étourdi par la force du coup, et tout sanglant, se rapprocha de son poste officiel, à côté de la scie. Il avait les larmes aux yeux, moins à cause de la douleur physique, que pour la perte de son livre qu'il adorait. « Descends, animal, que je te parle. » Le bruit de la machine empêcha encore Julien d'entendre cet ordre. Son père qui était descendu, ne voulant pas se donner la peine de remonter sur le mécanisme, 25- alla chercher une longue perche pour abattre des noix, et l'en frappa sur l'épaule. A peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rudement devant lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu'il va me faire ! se disait le jeune homme. En passant, il regarda tristement le ruisseau où était tombé son livre ; c'était celui de tous qu'il affectionnait le plus, le Mémorial de Sainte-Hélène. Il avait les joues pourpres et les yeux baissés. C'était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf 30- ans, faible en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l'expression de la haine la plus féroce. Des cheveux châtain foncé, plantés fort bas, lui donnaient un petit front, et dans les moments de colère, un air méchant. Parmi les innombrables variétés de la physionomie humaine, il n'en est peut-être point qui se soit distinguée par une spécialité Page 2 sur 6 »

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