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Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 1 Description et récit « Et les descriptions !

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Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 1 Description et récit « Et les descriptions ! Rien n’est comparable au néant de celles-ci. » (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924) Découvrir 1 Lisez ces deux textes et répondez aux questions. Ces deux extraits, tirés du même roman, sont situés au tout début du livre. Le premier décrit la pension de Madame Vauquer, où va se dérouler l’intrigue ; le second, Mme Vauquer elle-même. Texte 1  Texte 2  Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd’hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est 5 plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré1 métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriquées à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numéro10 tées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses de chaque pensionnaire. 1. Sous-verres faits d’un tissu présentant un effet d’ondulation en surface. Sa face vieillotte, grassouillette, du milieu de laquelle sort un nez à bec de perroquet ; ses petites mains potelées, sa personne dodue comme un rat d’église, son corsage trop plein et qui flotte, sont en harmonie avec cette salle où suinte le malheur, 5 où s’est blottie la spéculation, et dont madame Vauquer respire l’air chaudement fétide1, sans en être écœurée. Sa figure fraîche comme une première gelée d’automne, ses yeux ridés, dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer renfrognement de l’escompteur2, enfin toute sa personne explique 10 la pension, comme la pension implique la personne. Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1835. 1. Répugnant, sentant mauvais. 2. Personne qui rachète les commerces et les affaires en faisant un bénéfice. a. Soulignez dans le texte 1 les termes qui évoquent l’aspect misérable et sale du lieu. b. Soulignez dans le texte 2 les expressions qui caractérisent le personnage de façon négative. c. Quels éléments du lieu s’expliquent par le personnage qui y habite ? la saleté, la laideur, la décrépitude, qui viennent de l’avarice de Mme Vauquer. Retenir La description et le portrait dans le roman ou la nouvelle permettent : n de présenter les personnages, de façon positive ou négative n de présenter l’univers social du roman n d’annoncer des éléments de l’intrigue n de créer une ambiance n de créer un effet de réel (« détail qui fait vrai ») Madame Vauquer Malheur, déchéance, souci d’argent Avarice, laideur, saleté Décrépitude, univers répugnant Assiettes fabriquées à Tournai Analyser et interpréter Décrire pour annoncer l’intrigue 2 Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu’on vient des quais, on trouve le passage du Pont-Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage a trente pas de long et deux de large ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujours 5 une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse. Par les beaux jours d’été, quand un lourd soleil brûle les rues, une clarté blanchâtre tombe des vitres sales et traîne misérablement dans le passage. Par les vilains jours d’hiver, par les matinées de brouillard, les vitres ne jettent que de la nuit sur les dalles gluantes, de la nuit salie et 10 ignoble. À gauche, se creusent des boutiques obscures, basses, écrasées, laissant échapper des souffles froids de caveau. Émile Zola, Thérèse Raquin, 1867. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Soulignez les éléments qui renvoient à des lieux réels à Paris. b. Encadrez les mots révélant un juge­ ment sur le passage du Pont-Neuf : quel sera l’univers social et moral des personnages ? un univers de laideur, sans lumière, lié à la mort. c. Quelle est donc la double fonction de cette description ? Ancrer dans le réel et annoncer l’atmosphère du roman. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme Décrire pour représenter le réel 3 Après un accident provoqué par une femme jalouse du conducteur, une locomotive à vapeur, « La Lison », est couchée sur les rails. La Lison, renversée sur les reins, le ventre ouvert, perdait sa vapeur ; par les robinets arrachés, les tuyaux crevés, en des souffles qui grondaient, pareils à des râles furieux de géante. Une haleine blanche en sortait, inépuisable, roulant d’épais tourbillons au ras du sol ; 5 pendant que, du foyer, les braises tombées, rouges comme le sang même de ses entrailles, ajoutaient leurs fumées noires. La cheminée, dans la violence du choc, était entrée en terre ; à l’endroit où il avait porté, le châssis s’était rompu, faussant les deux longerons1 et, les roues en l’air, semblable à une cavale monstrueuse décousue 10 par quelque formidable coup de corne, la Lison montrait ses bielles 2 tordues, ses cylindres cassés, ses tiroirs et leurs excentriques3 écrasés, toute une affreuse plaie bâillant au plein air, par où l’âme continuait de sortir, avec un fracas d’enragé désespoir. Émile Zola, La Bête humaine, 1890. 1. Pièces maîtresses d’un châssis. 2. Tiges rigides d’un mécanisme. 3. Pièces d’un moteur. a. Soulignez les termes techniques qui évoquent les différentes parties de la machine. b. Soulignez en vert les mots qui renvoient à l’accident. (ici, en pointillés) c. Encadrez les termes qui personnifient la Lison. À quoi est-elle identifiée ? À une géante, à un monstre blessé. d. À quel registre renvoie la description ? ? voir fiche 28 Au registre épique e. Que dit cette description des machines dans le monde moderne, selon Zola ? Elles sont vivantes, effrayantes et monstrueuses. Décrire pour représenter un personnage 4 Désirée avait alors vingt-deux ans. Grandie à la campagne, chez 5 sa nourrice, une paysanne de Saint-Eutrope, elle avait poussé en plein fumier. Le cerveau vide, sans pensées graves d’aucune sorte, elle profitait du sol gras, du plein air de la campagne, se développant toute en chair, devenant une belle bête, fraîche, blanche, au sang rose, à la peau ferme. C’était comme une ânesse de race qui aurait eu le don du rire. […] Elle était une créature à part, ni demoiselle, ni paysanne, une fille nourrie de la terre, avec une ampleur d’épaules et un front borné de jeune déesse. Émile Zola, La Faute de l’abbé Mouret, 1875. a. Soulignez les expressions qui rapprochent Désirée du monde animal. b. Permettent-elles au lecteur de se la repré­ senter précisément ? Non, les détails physiques sont absents. c. Quel rapport Désirée entretient-elle avec la nature ? Une relation simple, directe, sans réflexion, sans morale. Décrire pour juger 5 Pour le mariage de Charles et Emma Bovary, un gâteau a été com- mandé. Le pâtissier s’est surpassé… On avait été chercher un pâtissier à Yvetot […]. Il apporta, luimême, au dessert, une pièce montée qui fit pousser des cris. À la base, d’abord, c’était un carré de carton bleu figurant un temple avec portiques, colonnades et statuettes de stuc tout autour, dans des 5 niches constellées d’étoiles en papier doré ; puis se tenait au second étage un donjon en gâteau de Savoie, entouré de menues fortifications en angélique, amandes, raisins secs, quartiers d’oranges ; et enfin, sur la plate-forme supérieure, qui était une prairie verte où il y avait des rochers avec des lacs de confitures et des bateaux en 10 écales de noisettes, on voyait un petit Amour, se balançant à une escarpolette de chocolat, dont les deux poteaux étaient terminés par deux boutons de rose naturelle, en guise de boules, au sommet. Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857. a. Encadrez les connecteurs spatiaux et temporels qui indiquent les trois parties du gâteau. b. Soulignez ce que contient chaque étage. c. Quelle impression garde le lecteur de ce gâteau ? Une impression de mauvais goût, de surcharge, de ridicule. d. Cependant, comment est accueilli ce gâteau par les invités de ce mariage petit-bourgeois ? Quel jugement Flaubert porte-t-il sur ceux qui l’ont commandé ? Le gâteau est très bien accueilli. Flaubert ridiculise les personnages. VERS LE BAC ? Initiation à la dissertation À l’aide des exemples étudiés ou de vos lectures, répondez à la phrase d’André Breton, citée en ouverture de cette fiche. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 2 Roman et nouvelle : le temps « Le récit est le gardien du temps. » (Paul Ricœur, Temps et récit, 1985) Découvrir 1 Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues. 5 Il revint. Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours, encore. Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. Ses ambitions d’esprit avaient également diminué. Des années passèrent ; et il supportait le 10 désœuvrement de son intelligence et l’inertie de son cœur. Vers la fin de mars 1867, à la nuit tombante, comme il était seul dans son cabinet1, une femme entra. « Madame Arnoux ! » […] Cependant, il sentait quelque chose d’inexprimable, une répulsion, et 15 comme l’effroi d’un inceste. Une autre crainte l’arrêta, celle d’en avoir dégoût plus tard. D’ailleurs, quel embarras ce serait ! Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, 1869. 1. Bureau. a. Comparez les éléments surlignés en jaune et ceux en rose : lesquels racontent un événement long ? Lesquels racontent un événement bref ? Les éléments en rose racontent des événements qui durent des années, sont marquants. Ceux en jaune racontent un événement bien plus court : la visite de Mme Arnoux. b. Lequel de ces événements est le plus important aux yeux du personnage ? C’est la visite de Mme Arnoux, l’événement le plus bref, qui revêt la plus grande importance pour le personnage. Retenir Type ou forme de narration Scène (passage dans lequel la durée de narration coïncide avec celle du déroulement de l’épisode) Pause (ralentissement dans la progression du récit) Ellipse (passage sous silence d’un événement de l’histoire) Sommaire (résumé des actions racontées) Analepse (retour en arrière) Prolepse (évocation par anticipation d’un événement à venir) Outils et procédés Dialogue, dates, détails des actions Généralités, termes absolus, commentaire du narrateur Absence de date, raccourci Action résumée rapidement Adverbes de temps et temps du passé Adverbes de temps et temps du futur Exemples Une femme entra. « Madame Arnoux ! » Il ne regretta rien. Il revint. Il fréquenta Il voyagea. Ses souffrances d’autrefois Plus tard / ce serait Analyser et interpréter Temps et sommaire 2 Florent, jeune étudiant devenu orphelin, s’occupe de son demi-frère cadet Quenu. Cependant, les années passaient. Florent, qui avait hérité des dévouements de sa mère, gardait Quenu au logis comme une grande fille paresseuse. Il lui évitait jusqu’aux menus soins de l’intérieur ; c’était lui qui allait chercher les provisions, qui faisait le ménage et la cuisine. […] Le soir, quand il rentrait, 5 crotté, la tête basse de la haine des enfants des autres, il était tout attendri par l’embrassade de ce gros et grand garçon, qu’il trouvait en train de jouer à la toupie, sur le carreau de la chambre. Quenu riait de sa maladresse à faire les omelettes et de la façon sérieuse dont il mettait le pot-au-feu. La lampe éteinte, Florent redevenait triste, parfois, dans son lit. Il songeait à reprendre 10 ses études de droit, il s’ingéniait pour disposer son temps de façon à suivre les cours de la Faculté. Il y parvint, fut parfaitement heureux. Mais une petite fièvre qui le retint huit jours à la maison creusa un tel trou dans leur budget et l’inquiéta à un tel point qu’il abandonna toute idée de terminer ses études. Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Quelle est la durée concernée par ce passage ? Y a-t-il un événement particulier ? des années ; la petite fièvre b. Soulignez les verbes au passé simple : quel type de durée chacun d’eux indique-t-il ? Les 2 premiers : une pause ; les 4 autres : un sommaire c. Quelle est la fonction de la pre­ mière phrase ? Donner la durée générale, introduire un sommaire de toutes ces années. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme Passé et futur dans le récit 3 Ces deux forteresses1 avaient été édifiées par deux hommes nom- més, l’un Cournet, l’autre Barthélemy. Cournet avait fait la barricade Saint-Antoine ; Barthélemy la barricade du Temple. Chacune d’elles était l’image de celui qui l’avait bâtie. 5 Cournet était un homme de haute stature ; il avait les épaules larges, la face rouge, le poing écrasant, le cœur hardi, l’âme loyale, l’œil sincère et terrible. Intrépide, énergique, irascible, orageux ; le plus cordial des hommes, le plus redoutable des combattants. […] Barthélemy, maigre, chétif, pâle, taciturne, était une espèce de 10 gamin tragique qui, souffleté par un sergent de ville, le guetta, l’attendit, et le tua, et, à dix-sept ans, fut mis au bagne. […] Plus tard, chose fatale, à Londres, proscrits tous deux, Barthélemy tua Cournet. Victor Hugo, Les Misérables, Partie 5, Livre I, Chapitre 1, 1862. 1. Il s’agit des barricades érigées lors de l’insurrection de 1832. a. Soulignez une prolepse. b. Encadrez une analepse. c. En quoi ces précisions sur le passé et l’avenir des personnages permettent-elles de mieux comprendre leur portrait ? Leur différence est très importante : l’un est fort, loyal mais violent ; l’autre faible et rancunier. Temps et effet de surprise 4 Le gamin arriva huit jours après. C’était déjà un grand galo- pin fluet, à figure de fille, l’air délicat et effronté, d’un blond très doux. […] Un domestique venait de l’amener de la gare, et il était dans le grand salon, ravi par l’or de l’ameublement et du plafond, 5 profondément heureux de ce luxe au milieu duquel il allait vivre, lorsque Renée, qui revenait de chez son tailleur, entra comme un coup de vent. Elle jeta son chapeau et le burnous1 blanc qu’elle avait mis sur ses épaules pour se protéger contre le froid déjà vif. Elle apparut à Maxime, stupéfait d’admiration, dans tout l’éclat 10 de son merveilleux costume. Émile Zola, La Curée, 1871. 1. Grand manteau de laine à capuchon et sans manches. a. Soulignez une scène. b. Encadrez une pause. c. Comment mettent-elles en valeur la rencontre des personnages ? L’attente et la passivité du jeune garçon rendent la rencontre plus spectaculaire et expliquent sa fascination pour Renée. Temps et portrait 5 À peine Julien fut-il à terre, que le vieux Sorel, le chassant rude- ment devant lui, le poussa vers la maison. Dieu sait ce qu’il va me faire ! se disait le jeune homme. […] C’était un petit jeune homme de dix-huit à dix-neuf ans, faible 5 en apparence, avec des traits irréguliers, mais délicats, et un nez aquilin. De grands yeux noirs, qui, dans les moments tranquilles, annonçaient de la réflexion et du feu, étaient animés en cet instant de l’expression de la haine la plus féroce. […] À peine entré dans la maison, Julien se sentit l’épaule arrêtée par 10 la puissante main de son père ; il tremblait, s’attendant à quelques coups. Stendhal, Le Rouge et le Noir, 1830. VERS LE BAC ? L’écriture d’invention Transformez un élément des sommaires utilisés par Flaubert dans L’Éducation sentimentale (exercice 1) en une scène. Vous utiliserez la description, le dialogue, le récit. Par exemple : Il connut les froids réveils sous la tente ; le souvenir continuel du premier… a. Soulignez une scène. b. Encadrez une pause. c. Comment ce traitement du temps permet-il au lecteur de mieux comprendre la scène ? Julien est montré comme un jeune homme habituellement calme et doux mais qui, à ce moment-là, révèle un aspect de lui-même que le portrait laissait peu prévoir. BILAN ? Temps et récit Dans un tableau ou sous forme de carte heuristique ? voir fiche 38, dites quels effets produisent les différents traitements du temps d’un récit. Vous vous appuierez sur les exemples de cette fiche ou d’autres que vous aurez étudiés. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 3 Le roman réaliste «  Le réaliste cherchera […] à donner [de la vie] une vision plus complète, plus saisissante, plus probante que la réalité même.  (Guy de Maupassant, préface de Pierre et Jean, 1887) » Découvrir 1 Voici l’évocation du fusil d’un paysan. D’abord, si le bois est d’une simplicité commune, le canon, choisi avec soin, provient d’un fusil de prix, donné sans doute à quelque garde-chasse. Aussi, le propriétaire de ce fusil ne manque-t-il 5 jamais son coup, il existe entre son arme et lui l’intime connaissance que l’ouvrier a de son outil. S’il faut abaisser le canon d’un millimètre au-dessous ou au-dessus du but, parce qu’il relève ou tombe de cette faible estime1, le braconnier le sait, il obéit 10 à cette loi sans se tromper. Puis, un officier d’artillerie trouverait les parties essentielles de l’arme en bon état : rien de moins, rien de plus. Dans tout ce qu’il s’approprie, dans tout ce qui doit lui servir, le paysan déploie la force convenable, il y met le 15 nécessaire et rien au-delà. La perfection extérieure, il ne la comprend jamais. Juge infaillible des nécessités en toutes choses, il connaît tous les degrés de force, et sait, en travaillant pour le bourgeois, donner le moins possible pour le plus possible. Honoré de Balzac, Les Paysans, posthume, 1855. 1. Ici, calcul de la trajectoire de la balle. a. Soulignez les passages de description du fusil : sont-ils nombreux ? Non, ils sont peu nombreux. b. Sur quoi le narrateur insiste-t-il ? Sur la mentalité du propriétaire du fusil, qui connaît parfaitement son arme. c. Encadrez les classes sociales citées. Quelle est celle du propriétaire du fusil ? Ouvrier, armée, paysan, bourgeois. Le propriétaire est un paysan. d. Comment son usage de l’arme caractérise-t-il, selon Balzac, cette classe sociale ? Que symbolise alors le fusil ? Ici, le souci de l’économie, de l’utilité caractérise ce paysan. Le fusil devient le symbole de la classe paysanne. e. Que pense le narrateur des paysans ? Ils sont redoutables, efficaces, voire profiteurs et ont le sens pratique. Retenir ?? Le réalisme est un mouvement littéraire et artistique qui s’étend de 1830 à 1860 environ. Ses principaux représentants sont les romanciers Honoré de Balzac, Stendhal et Gustave Flaubert, et les peintres Gustave Courbet et Jean-François Millet. ?? À partir de la révolution industrielle, la bourgeoisie et le matérialisme prennent une place essentielle, tandis que le romantisme s’essouffle : le réalisme vise donc à rendre compte du réel et à en donner l’illusion dans la fiction. ?? Cette reconstitution artistique du réel s’appuie sur une analyse fine des forces psychologiques, politiques et historiques de la société. Les romanciers réalistes décrivent minutieusement le milieu dans lequel vivent leurs personnages. ?? Mais chaque artiste privilégie un regard personnel sur le réel, propose sa propre vision du monde et de la beauté. Le réalisme n’est jamais une simple copie du réel. Analyser et interpréter Le regard du romancier 2 Jadis, il existait dans le cloître, du côté de la Grand’rue, plusieurs mai- 5 sons réunies par une clôture, appartenant à la Cathédrale et où logeaient quelques dignitaires du chapitre. Depuis l’aliénation des biens du clergé, la ville a fait du passage qui sépare ces maisons une rue, nommée rue de la Psalette. […] Un antiquaire1, s’il y en avait à Tours, une des villes les moins littéraires de France, pourrait même reconnaître, à l’entrée du passage dans le cloître, quelques vestiges de l’arcade qui formait jadis le portail de ces habitations ecclésiastiques. Honoré de Balzac, Le Curé de Tours, 1832. 1. Archéologue. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Que décrit cet extrait ? Soulignez ce qui permet de situer exactement l’endroit évoqué. Cet extrait décrit une rue de Tours. b. Encadrez l’expression qui laisse transparaître l’avis du romancier sur cette ville. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme La réalité vue par un personnage 3 Mêlé par hasard à la bataille de Waterloo, le jeune Fabrice arrive sur le champ de bataille. Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d’une façon singulière. Le fond des sillons était plein d’eau, et la terre fort humide qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lan5 cés à trois ou quatre pieds de haut. […] Il entendit un cri sec auprès de lui : c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles, il vou10 lait suivre les autres : le sang coulait dans la boue. […] À ce moment, l’escorte allait ventre à terre, et notre héros comprit que c’étaient des boulets qui faisaient voler la terre de toutes parts. Stendhal, La Chartreuse de Parme, 1839. a. Quel phénomène intrigue Fabrice au début de l’extrait ? Soulignez le passage. Fabrice ne comprend pas les fragments de terre projetés en l’air. b. À quel moment comprend-il ce qui se passe ? Encadrez-le. Il ne comprend qu’à la fin, après avoir vu le cheval blessé et les hussards morts. c. Quelle image de la guerre le lecteur retient-il ? Le lecteur ressent la même incompréhension et la même répulsion que le personnage : la guerre est horrible. Réalisme et vision de l’homme 4 La mère de Charles Bovary, jeune médecin, a décidé de s’occuper de l’ave- nir de son fils. Où irait-il exercer son art ? À Tostes. Il n’y avait là qu’un vieux médecin. Depuis longtemps, Mme Bovary guettait sa mort, et le bonhomme n’avait point encore plié bagage, que Charles était installé en face, comme son successeur. 5 Mais ce n’était pas tout que d’avoir élevé son fils, de lui avoir fait apprendre la médecine et découvert Tostes pour l’exercer : il lui fallait une femme. Elle lui en trouva une : la veuve d’un huissier de Dieppe, qui avait ­quarante-cinq ans et douze cents livres de rente. Quoiqu’elle fût laide, sèche comme un cotret1, et bourgeonnée2 comme 10 un printemps, certes Mme Dubuc ne manquait pas de partis à choisir. Pour arriver à ses fins, la mère Bovary fut obligée de les évincer3 tous, et elle déjoua même fort habilement les intrigues d’un charcutier qui était soutenu par les prêtres. Gustave Flaubert, Madame Bovary, 1857. 1. Fagot de bois sec. – 2. Son visage est couvert de boutons. 3. Écarter. a. Quelles sont les deux préoccupations de Madame Bovary ? Installer son fils dans son cabinet médical et lui trouver une épouse. b. Encadrez les expressions qui indiquent le jugement du narrateur sur les agisse­ ments et les choix de Madame Bovary. c. Quelle vision du mariage et de la vie le romancier montre-t-il chez ses person­ nages ? Le romancier montre ici des considérations uniquement matérielles, sordides, qui font du mariage une affaire d’argent, et de la vie, une série d’arrangements sans amour ni beauté. Le réalisme en peinture © DeAgostini/Leemage. 5 a. Quels éléments rappellent le roman réaliste (thèmes, focalisa­ tion, univers social…) ? Les personnages sont dans leur milieu, occupés à des tâches humbles, détails précis, attention à la vie réelle, regard à hauteur d’homme, monde paysan. b. À votre avis, quel regard le peintre porte-t-il sur l’univers paysan ? Justifiez votre réponse par des éléments précis du tableau. Ces paysans sont harmonieux, beaux (visage de la jeune femme), paisibles, leurs poses sont dignes, sans bassesse : le peintre en donne une image très positive. Jean-François Millet, Les Planteurs de pommes de terre, 1862, huile sur toile (82,5 x 101,3 cm), Museum of Fine Arts, Boston. VERS LE BAC ? Construire une carte heuristique Faites une liste des principales caractéristiques du roman réaliste et organisez-les en construisant une carte heuristique ? voir fiche 38. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 4 Le roman naturaliste « Le roman naturaliste est une expérience véritable que le romancier fait sur l’homme, en s’aidant de l’observation. » (Émile Zola, Le Roman expérimental, 1880) Découvrir 1 Au milieu du grand silence, et dans le désert de l’avenue, les voitures de maraîchers1 montaient vers Paris […]. Un tombereau2 de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, 5 s’étaient joints aux huit voitures de navets et de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tout seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge 10 des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine3 à petites raies noires et grises, les charretiers sommeillaient, les guides aux poignets. […] Balthazar, le cheval de madame François, une 15 bête trop grasse, tenait la tête de la file. Il marchait, dormant à demi, dodelinant des oreilles, lorsque, à la hauteur de la rue de Longchamp, un sursaut de peur le planta net sur ses quatre pieds. Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873. 1. Marchands de légumes. – 2. Charrette. 3. Vêtement du charretier. a. Qu’évoque le premier paragraphe ? À quel temps l’action est-elle racontée ? Pourquoi ? L’arrivée des maraîchers dans Paris, au petit matin, est décrite à l’imparfait, temps de l’arrière-plan et du décor. b. À quel moment l’intrigue s’amorce-t-elle ? Encadrez les éléments qui le montrent. Justifiez l’emploi des temps. Au second paragraphe, on passe d’une description générale à la description d’un élément précis et nommé (Balthazar) et au récit d’un événement soudain (passage de l’imparfait au passé simple). c. Quelle est la place de la réalité matérielle dans ce roman naturaliste ? Elle est très importante : c’est le cadre de l’intrigue ; les personnages sont intégrés dans un milieu précisément décrit. Retenir ?? Le naturalisme est un mouvement littéraire qui cherche à décrire la réalité de manière encore plus objective que le réalisme. Ses principaux représentants sont Émile Zola, Guy de Maupassant, les frères Jules et Edmond de Goncourt. ?? Il s’appuie sur une approche scientifique de la société pour cerner, au plus près, le rôle du milieu sur la vie de l’individu et l’influence de l’hérédité. Cette méthode expérimentale vise à expliquer la réalité de l’époque et des hommes. ?? Le romancier s’intéresse à toutes les classes sociales, mais aussi à tous les aspects de la vie. Il utilise donc beaucoup les descriptions, les différences de niveaux de langue, pour être au plus près du réel. Analyser et interpréter Naturalisme et langage des personnages 2 Jean vient d’aider Françoise, blessée par une vache qui l’a heurtée. – Comment ! Déjà midi ! s’écria Jean. Dépêchons-nous. Puis, apercevant la Coliche, dans le champ : – Eh ! ta vache fait du dégât. Si on la voyait… Attends, bougresse, je vas te régaler ! 5 – Non, laissez, dit Françoise, qui l’arrêta. C’est à nous, cette pièce. La garce, c’est chez nous qu’elle m’a culbutée !… Tout le bord est à la famille, jusqu’à Rognes. Nous autres, nous allons d’ici là-bas ; puis, à côté, c’est à mon oncle Fouan ; puis, après, c’est à ma tante, la Grande. 10 En désignant les parcelles du geste, elle avait ramené la vache dans le sentier. Émile Zola, La Terre, 1887. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Quel est le niveau de langue des personnages ? Soulignez les expressions qui le montrent. Les personnages utilisent un niveau de langue familier. b. Quel est le milieu social décrit ? C’est le milieu paysan. c. Quel rôle joue le langage des personnages ? Le langage montre leur niveau culturel et produit un effet de réel. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme Naturalisme et objectivité 3 Derrière lui, la petite église restait blafarde des pâleurs de la matinée […]. Près de l’échelle, le confessionnal1, aux panneaux disjoints, était peint en jaune citron. En face, à côté de la petite porte, se trouvait le baptistère2, un ancien bénitier3, posé sur un 5 pied en maçonnerie4. Puis, à droite et à gauche, au milieu, étaient plaqués deux minces autels, entourés de balustrades de bois. Celui de gauche, consacré à la sainte Vierge, avait une grande Mère de Dieu en plâtre doré […]. L’autel de droite, où se disaient les messes de mort, était surmonté d’un Christ en carton peint, fai10 sant pendant à la Vierge. Émile Zola, La Faute de l’abbé Mouret, 1875. 1. Dans une église, endroit fermé où le prêtre reçoit la confession. 2. Lieu où l’on procède au baptême. – 3. Vasque destinée à contenir l’eau bénite. – 4. Ici, sans décoration. 4 C’était une masse lourde, un tas écrasé de constructions, d’où 5 se dressait la silhouette d’une cheminée d’usine ; de rares lueurs sortaient des fenêtres encrassées, cinq ou six lanternes tristes étaient pendues dehors, à des charpentes dont les bois noircis alignaient vaguement des profils de tréteaux gigantesques ; et, de cette apparition fantastique, noyée de nuit et de fumée, une seule voix montait, la respiration grosse et longue d’un échappement de vapeur, qu’on ne voyait point. Alors, l’homme reconnut une fosse1. Émile Zola, Germinal, 1885. 1. Entrée d’une mine. a. Soulignez les détails qui montrent la pauvreté de l’église. b. En quoi ce passage s’inscrit-il dans le courant naturaliste ? La description de l’église rend compte d’une réalité évoquée avec précision et une apparente objectivité ; elle est ancrée dans le réel matériel et économique, avec des matériaux ordinaires connus des lecteurs. a. Soulignez les éléments qui font référence à la réalité évoquée de façon objective. b. Encadrez les éléments qui suggèrent le senti­ ment de Zola sur cet univers de la mine : la présentation est-elle réellement objective ? Non, Zola insiste bien davantage sur la laideur, la tristesse, la violence de cet univers qui est comme une « apparition fantastique ». Naturalisme et vision scientifique 5 Germinie, une domestique, vient d’apprendre la mort de sa fille ; elle a une crise de nerfs. Les terribles secousses, les détentes nerveuses des membres, les craquements de tendons avaient cessé ; mais sur le cou, sur la poitrine que découvrait la robe dégrafée, passaient des mouvements ondulatoires pareils à des vagues levées sous la peau et 5 que l’on voyait courir jusqu’aux pieds, dans un frémissement de jupe. La tête renversée, la figure rouge, les yeux pleins d’une tendresse triste, de cette angoisse douce qu’ont les yeux des blessés, de grosses veines se dessinant sous le menton, haletante et ne répondant pas aux questions, Germinie portait les deux mains à 10 sa gorge, à son cou, et les égratignait ; elle semblait vouloir arracher de là la sensation de quelque chose montant et descendant au dedans d’elle. Edmond et Jules de Goncourt, Germinie Lacerteux, 1865. VERS LE BAC ? L’écriture d’invention À la manière d’un écrivain naturaliste, écrivez un début de roman présentant un milieu social de votre choix. Vous y insérerez un ou des personnages caractéristiques de ce milieu. a. Soulignez les éléments qui rappellent une description médicale. b. Encadrez les expressions qui évoquent des sentiments. c. Comment le narrateur rend-il compte des émotions du personnage ? Que peut-on en déduire sur la manière dont les naturalistes présentent la psychologie des personnages. ? Les émotions morales causent des désordres physiques, qui sont racontés cliniquement, scientifiquement ; l’émotion n’est pas analysée mais ses effets sont décrits, montrant son intensité, sans intervention directe du narrateur. BILAN ? Réalisme et naturalisme Comparez le réalisme et le naturalisme, en vous appuyant sur les textes de la fiche 3 et ceux de cette fiche. Vous formulerez vos réponses sous la forme du tableau suivant : Réalisme Naturalisme Principaux représentants Dates Nature des personnages Rôle du narrateur © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme 5 Énonciation et focalisation « J’aime, quand on me raconte une histoire, savoir qui me la raconte. » (Emmanuel Carrère, Le Royaume, 2014) Découvrir 1 5 Texte 1 Un voyageur raconte l’une de ses aventures. Lorsque le court repas fut fini, j’allai m’asseoir devant la porte, le cœur serré par la mélancolie du morne paysage, étreint par cette détresse qui prend parfois les voyageurs en certains soirs tristes, en certains lieux désolés. Il semble que tout soit près de finir, l’existence et l’univers. Un jeune paysan doit soigner un vieux c­ heval. Depuis longtemps déjà, il s’étonnait qu’on gardât Coco, s’indignant de voir perdre du bien pour cette bête inutile. Du moment qu’elle ne travaillait plus, il lui semblait injuste de la nourrir, il lui semblait révoltant de gaspiller de l’avoine, de l’avoine qui coûtait si cher, pour ce bidet paralysé. Texte 3 5 Guy de Maupassant, « Le Bonheur », 1885. Des chasseurs demandent à l’un d’eux de rester. Après une longue méditation, il murmura, hésitant : – C’est que… c’est que… je ne suis pas seul ici ; j’ai mon gendre. Ce furent des cris et des exclamations : – Votre gendre ?… Mais où est-il ? Alors, tout à coup, il sembla confus, et rougit. – Comment ! vous ne savez pas ?… Mais… mais… il est sous la remise. Il est mort. Un silence de stupéfaction régna. Guy de Maupassant, « Coco », 1885. Texte 2 5 Un handicapé mendie à la campagne. Dans les villages, on ne lui donnait guère  : on le connaissait trop ; on était fatigué de lui depuis quarante ans qu’on le voyait promener de masure en masure son corps loqueteux et difforme sur ses deux pattes de bois. Il ne voulait point s’en aller cependant, parce qu’il ne connaissait pas autre chose sur la terre que ce coin de pays, ces trois ou quatre hameaux où il avait traîné sa vie misérable. Texte 4 5 Guy de Maupassant, « Le Gueux », 1885. Guy de Maupassant, « La Roche aux guillemots », 1885. a. Qui raconte dans le texte 1 ? je, un voyageur b. Qui raconte dans le texte 2 ? Comment se perçoivent les sentiments du personnage ? Un narrateur extérieur raconte. Les sentiments du personnage sont expliqués c. Dans le texte 3, connaît-on les pensées du personnage ? Soulignez ce qui le montre. Oui, celles du jeune paysan. d. Dans le texte 4, de qui connaît-on les pensées ? Y a-t-il un point de vue particulier ? Le narrateur connaît les par ses attitudes et ses paroles. pensées de tous : paysans, mendiant. Retenir Procédé Énonciation à la 1re personne Énonciation à la 3e personne Caractéristiques Effet produit Emploi des pronoms je ou nous. Narrateur identifiable, qui paraît authentique. J’allai m’asseoir. Pas de narrateur identifiable. Le récit apparaît comme objectif. On ne lui donnait guère. Le lecteur pénètre dans les pensées, les idées du personnage. Il s’étonnait. Focalisation externe Le lecteur suit les actes, mais pas les pensées. On voit agir, mais sans comprendre. Il sembla confus, il rougit. On ne suit aucun personnage Le narrateur est omniscient. Focalisation zéro en particulier. On était fatigué. – Il ne voulait point s’en aller. Focalisation interne On suit les pensées d’un personnage. Analyser et interpréter Comprendre un personnage 2 Rastignac, jeune homme ambitieux, cherche la réussite sociale. 5 Si d’abord il voulut se jeter à corps perdu dans le travail, séduit bientôt par la nécessité de se créer des relations, il remarqua combien les femmes ont d’influence sur la vie sociale, et avisa soudain à se lancer dans le monde, afin d’y conquérir des protectrices : devaient-elles manquer à un jeune homme ardent et spirituel, dont l’esprit et l’ardeur étaient rehaussés par une tournure élégante et par une sorte de beauté nerveuse à laquelle les femmes se laissent prendre volontiers ? Honoré de Balzac, Le Père Goriot, 1834. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. À quelle personne est racontée l’histoire ? À la 3e personne. b. Quelle est la focalisation utilisée ? Soulignez ce qui le montre. Focalisation interne c. Quelle caractéristique du personnage cette focalisation permet-elle de montrer ? Son ambition, son caractère volontaire Le roman et la nouvelle au XIXe siècle : réalisme et naturalisme Juger des personnages 3 Trois couples de bourgeois fuient Rouen, pendant la guerre 5 franco-prussienne de 1870 : ils partagent la diligence avec une prostituée. Mais bientôt la conversation reprit entre les trois dames1, que la présence de cette fille2 avait rendues subitement amies, presque intimes. Elles devaient faire, leur semblait-il, comme un faisceau3 de leurs dignités d’épouses […]. Les trois hommes aussi, rapprochés par un instinct de conservateurs […], parlaient argent d’un certain ton dédaigneux pour les pauvres. […] Bien que de conditions différentes, ils se sentaient frères par l’argent. Guy de Maupassant, Boule de suif, 1880. 1. Ici : femmes de la bourgeoisie. – 2. Ici : prostituée. – 3. Ici : rempart. a. Quels groupes se forment ? Que pensent-ils ? Soulignez les éléments qui le montrent. D’un côté, les femmes, épouses bourgeoises, soudées contre la menace de cette « fille » méprisable ; de l’autre, les hommes, eux aussi réunis dans une même connivence : celle de l’argent. b. Quelle est la focalisation employée ? Focalisation zéro (le narrateur connaît les pensées des personnages). c. Le regard du narrateur est-il positif ou péjoratif ? Il est péjoratif. Décrire un milieu 4 Lisa, charcutière, aménage une boutique neuve. 5 Le revêtement des murs était tout en marbre blanc ; au plafond, une immense glace carrée s’encadrait dans un large lambris doré et très orné, laissant pendre, au milieu, un lustre à quatre branches ; et, derrière le comptoir, tenant le panneau entier, à gauche encore, et au fond, d’autres glaces, prises entre les plaques de marbre, mettaient des lacs de clarté, des portes qui semblaient s’ouvrir sur d’autres salles, à l’infini, toutes emplies des viandes étalées. Émile Zola, Le Ventre de Paris, 1873. a. Quelle est la focalisation utilisée ? Qu’est-ce qui le montre ? Focalisation externe, il àn’y a qu’un point de vue, celui du spectateur. b. Ce roman naturaliste (? voir fiche 4) a pour ambition de faire connaître au lecteur un milieu particulier : celui des marchands des Halles. En quoi cette focalisa­ tion permet-elle de le faire ? Elle donne le sentiment d’objectivité, de neutralité, montre sans juger. BIS/© Arch. Larbor. 5 a. Quelle est la focalisation dans chaque © Photo Josse/Leemage. Le regard du peintre œuvre ? Que souligne-t-elle ? La Classe de danse : on est hors de la salle, en focalisation externe L’Étoile : on voit la danseuse depuis la salle, en focalisation interne du point de vue du spectateur (y compris ce que le spectateur devine des coulisses) b. Quelle image des danseuses chacune des œuvres offre-t-elle ? Dans le premier, les danseuses sont désacralisées, voire disgracieuses (poses légè- Edgar Degas (1834-1917), à gauche : La Classe de Danse (entre 1871 et 1874), et à droite : L’Étoile (vers 1876), huiles sur toile, musée d’Orsay, Paris. rement vulgaires à gauche) ; le second au contraire montre la dimension presque magique de la danseuse étoile… jusqu’à ce qu’on repère les pieds derrière le décor. VERS LE BAC ? L’écriture d’invention Vous décrirez la charcuterie de Lisa (exercice 4) en variant la focalisation : du point de vue de Lisa, du point de vue d’une cliente, du point de vue d’un charcutier concurrent. L’un de ces textes utilisera l’énonciation à la première personne. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme 6 La double énonciation «  Deux hommes entrèrent par la scène, bien en colère, puisqu’ils parlaient assez fort pour que dans cette salle où il y avait plus de mille personnes on distinguât toutes leurs paroles.  » (Marcel Proust, À l’Ombre des jeunes filles en fleurs, 1919) Découvrir 1 Zerbinette. – Mais le mal de l’affaire était que mon amant se trouvait dans l’état où l’on voit très souvent la plupart des fils de famille, c’est-à-dire qu’il était un peu dénué d’argent ; et il a un père, qui, quoique riche, est un 5 avaricieux fieffé1, le plus vilain homme du monde. Attendez. Ne me saurais-je souvenir de son nom ? Haye2. Aidezmoi un peu. Ne pouvez-vous me nommer quelqu’un de cette ville qui soit connu pour être avare au dernier point ? Géronte. – Non. 10 Zerbinette. – Il y a à son nom du ron... ronte. Or... Oronte. Non. Gé... Géronte ; oui Géronte justement ; voilà mon vilain, je l’ai trouvé, c’est ce ladre3-là que je dis. Molière, Les Fourberies de Scapin, III, 3, 1671. 1. Avare incorrigible. – 2. Hé ! – 3. Autre mot pour avare. a. À qui s’adresse Zerbinette ? À Géronte. b. Selon vous, Zerbinette sait-elle qu’elle s’adresse à Géronte ? Les spectateurs le savent-ils ? Elle ne le sait pas, les spectateurs, si. C’est ce qui est amusant. c. Qui comprend de qui elle parle ? Géronte et les spectateurs, mais pas elle. d. Qui va rire de la situation ? Les spectateurs seuls Retenir ?? Au théâtre, on appelle double énonciation le fait que les person­nages échangent des paroles qui visent deux des­ti­nataires : un autre personnage (1er niveau de l’énon­ciation) et le public lui-même (2e niveau de l’énonciation). ?? La double énonciation permet : • aux spectateurs : – d’être informés de la situation ; – de comprendre les malentendus, les mensonges, les quiproquos ; – d’en savoir toujours plus que le personnage. • à l’auteur : de faire passer son message (politique, social…) au public. ?? C’est une convention théâtrale. En effet, le personnage est censé ignorer la présence des spectateurs qui écoutent : un « quatrième mur » invisible les lui cache. Analyser et interpréter Double énonciation et jeu sur les personnages 2 Béralde. – Moi, mon frère, je ne prends point à tâche1 de combattre la médecine, et chacun, à ses périls et fortune, peut croire tout ce qu’il lui plaît. Ce que j’en dis n’est qu’entre nous, et j’aurais sou5 haité de pouvoir un peu vous tirer de l’erreur où vous êtes ; et pour vous divertir, vous mener voir sur ce chapitre quelqu’une des comédies de Molière. Argan. – C’est un bon impertinent que votre Molière avec ses comédies, et je le trouve bien 10 plaisant d’aller jouer2 d’honnêtes gens comme les médecins. Béralde. – Ce ne sont point les médecins qu’il joue, mais le ridicule de la médecine. […] Argan. – Si j’étais que des médecins, je me venge15 rais de son impertinence, et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours. Molière, Le Malade imaginaire, III, 3, 1673. 1. Je n’essaie pas. – 2. Se moquer de. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Qui écrit le texte ? Molière b. TICE Recherchez qui jouait le rôle d’Argan lors de la première représentation du Malade imaginaire, en 1673. Molière lui-même. c. Qui s’adresse à qui dans la pièce ? Argan à Béralde et Béralde à Argan. d. De qui parle le texte ? De Molière. e. Quel effet cette double énonciation produit-elle ? On rit de voir Molière attaqué et défendu par lui-même. f. Par ce jeu de double énonciation, Molière rend une des deux argumentations ridicule : comment ? En obligeant les spectateurs à s’identifier à Béralde, Molière rend Argan ridicule. En effet, le spectateur qui voit une de ses pièves, apprécie Molière. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme Double énonciation et tragédie 3 Agrippine, mère du jeune empereur Néron, se plaint à sa 5 confidente de l’accueil que son fils lui a réservé. Agrippine J’ignore quel conseil prépara ma disgrâce ; Quoi qu’il en soit, Néron, d’aussi loin qu’il me vit, Laissa sur son visage éclater son dépit. Mon cœur même en conçut un malheureux augure1. L’ingrat, d’un faux respect colorant son injure, Se leva par avance, et courant m’embrasser, Il m’écarta du trône où je m’allais placer. Depuis ce coup fatal, le pouvoir d’Agrippine Vers sa chute à grands pas chaque jour s’achemine. 1. Ici, présage. Jean Racine, Britannicus, I, 1, 1669. a. Soulignez les termes qui caractérisent Néron : quel trait en ressort ? la violence. b. Au XVIIe siècle, tous les spectateurs savaient que ­Néron, devenu adulte, avait sombré dans la folie et fini par faire assassiner sa mère. Montrez, en relevant les indices, qu’Agrippine pressent déjà son avenir funeste. Malheureux augure, il m’écarta du trône ou je m’allais placer, coup fatal, vers sa chute à grands pas chaque jour s’achemine : tous ces termes montrent qu’Agrippine a raison d’avoir peur.Le spectateur en éprouve donc de la terreur et de la pitié. Double énonciation et quatrième mur 4 Harpagon (seul sur scène). – C’en est fait, je n’en puis plus, je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris ? Euh ? que dites-vous ? Ce n’est 5 personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure ; et l’on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question1 à toute ma maison ; à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi 10 aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne, qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ? de quoi est-ce qu’on parle là ? de celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, 15 je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Molière, L’Avare, IV, 7, 1668. 1. Faire avouer par la torture. a. Qui sont les « gens assemblés » dont parle ici Harpagon dans ce monologue ? Les spectateurs b. Cette double énonciation sort du cadre habituel : pourquoi ? Parce que le personnage semble conscient de la présence des spectateurs, il ne respecte plus la convention du quatrième mur. c. Soulignez les indices montrant que le personnage devient fou : en quoi cela explique-t-il cette étran­ geté ? Devenant fou, le personnage sort du cadre, ici du quatrième mur. Double énonciation et mise en scène © A. Poupeney. 5 a. Qu’est-ce qui, dans l’attitude du comédien, souligne le principe de la double énonciation ? Elle a une posture frontale, elle fait face aux spectateurs,. b. Qu’est-ce qui, dans son regard, permet de maintenir le quatrième mur ? Elle regarde dans le vide, au-dessus des spectateurs, comme si elle était seule. ? La Fleur à la bouche, de L. Pirandello, avec M. Favory, mise en scène L. Arene, Comédie-Française, sept. 2013. VERS LE BAC ? Le commentaire Vous ferez le commentaire de l’extrait de Britannicus (exercice 3) en vous attachant à analyser le portrait de Néron et la dimension tragique des propos d’Agrippine ; vous vous appuierez pour cela sur votre étude de la double énonciation dans cette tirade. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme 7 Monologue, tirade et récit «  On entend raconter une belle chose : peu à peu la tête s’embarrasse, les entrailles s’émeuvent, et les larmes coulent. (Diderot, Paradoxe sur le comédien, 1773-1777)  » Découvrir 1 Oreste vient de tuer Pyrrhus sur les ordres d’Hermione dont il est amoureux : il lui rend compte de son acte. Oreste Je vous l’avais promis ; et quoique mon courage Se fît de ce complot une funeste image, J’ai couru vers le temple, où nos Grecs dispersés Se sont jusqu’à l’autel dans la foule glissés. […] 5 L’infidèle s’est vu partout envelopper, Et je n’ai pu trouver de place pour frapper. Chacun se disputait la gloire de l’abattre, Je l’ai vu dans leurs mains quelque temps se débattre, Tout sanglant à leurs coups vouloir se dérober, 10 Mais enfin à l’autel il est allé tomber. Texte 1 Oreste, seul. Que vois-je ? Est-ce Hermione ? Et que viens-je [d’entendre ? Pour qui coule le sang que je viens de répandre ? Je suis, si je l’en crois, un traître, un assassin. Est-ce Pyrrhus qui meurt ? et suis-je Oreste enfin ? 5 Quoi ? j’étouffe en mon cœur la raison qui m’éclaire, J’assassine à regret un roi que je révère, Je viole en un jour les droits des souverains, Ceux des ambassadeurs, et tous ceux des humains, Ceux même des autels où ma fureur l’assiège : 10 Je deviens parricide, assassin, sacrilège. Texte 2 Jean Racine, Andromaque, V, 4, 1667. Jean Racine, Andromaque, V, 3, 1667. a. Qui s’adresse à qui ? Soulignez les éléments qui le montrent. Texte 1 : Oreste à Hermione Texte 2 : Oreste à lui-même b. Les deux textes traitent du même événement. Mais, l’analyse du personnage change selon la situation d’énonciation : comparez les éléments de même couleur. Que dit Oreste de son crime, de ses scrupules ? À qui s’adresse-t-il chaque fois ? Texte 1 : Oreste est discret sur ses scrupules et se montre presque objectif sur les faits. Il s’adresse à Hermione qui a ordonné le meurtre. Texte 2 : Il s’abandonne à sa douleur, à son dépit car il comprend qu’Hermione ne l’aimera jamais. c. Comment désigne-t-on, au théâtre, le texte 1 ? le texte 2 ? Texte 1 : un récit, sous la forme d’une tirade Texte 2 : un monologue Retenir Nom Caractéristiques Discours d’un personnage, seul sur scène et qui se parle Monologue à lui-même. Longue réplique qu’un personnage adresse à un autre Tirade personnage. Tirade ou monologue racontant des faits qui ne sont pas Récit montrés sur scène. Fonction Présenter les états d’âme, les délibérations du personnage. Faire un récit, développer une argumentation, exprimer des sentiments, confier des secrets. Insérer des faits contraires à la bienséance ou impossibles à montrer (mouvements de foules, combat…). Analyser et interpréter La tirade 2 À la demande d’Harpagon, son valet lui révèle ce qu’on dit de lui. 5 Maître Jacques. – Monsieur, puisque vous le voulez, je vous dirai franchement qu’on se moque partout de vous ; qu’on nous jette de tous côtés cent brocards1, à votre sujet ; et que l’on n’est point plus ravi, que de vous tenir au cul et aux chausses2, et de faire sans cesse des contes de votre lésine3. […] Vous êtes la fable et la risée4 de tout le monde, et jamais on ne parle de vous, que sous les noms d’avare, de ladre5, de vilain, et de fesse-mathieu6. Molière, L’Avare, III, 1, 1668. 1. Moqueries. – 2. Se moquer de vous. – 3. Avarice. 4. Le sujet de plaisanteries. – 5. Avare. – 6. Usurier. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Selon vous, quel effet peut produire cette tirade d’un valet sur son maître ? et sur le spectateur ? Elle crée un effet de surprise, car la situation est inversée, le valet fait la leçon au maître. Elle fait rire le spectateur. b. Soulignez les termes qui insultent Harpagon : dans quels buts le valet les emploie-t-il ? Trois buts : dire ce qu’il a sur le coeur ; montrer que l’avarice d’Harpagon le coupe de la société, espérer faire changer Harpagon. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme Le monologue a. À qui s’adresse Camille ? Soulignez les termes qui le montrent. À son coeur, à ses douleurs. 3 Camille vient d’apprendre que son frère a obéi à leur père et a tué l’homme qu’elle aime, pour satisfaire l’honneur et la patrie. Elle est seule sur scène. Camille Dégénérons1, mon cœur, d’un si vertueux père ; Soyons indigne sœur d’un si généreux frère : C’est gloire de passer pour un cœur abattu, Quand la brutalité fait la haute vertu. 5 Éclatez, mes douleurs : à quoi bon vous contraindre ? Quand on a tout perdu, que saurait-on plus craindre ? Pour ce cruel vainqueur n’ayez point de respect ; Loin d’éviter ses yeux, croissez2, à son aspect ; Offensez sa victoire, irritez sa colère, 10 Et prenez, s’il se peut, plaisir à lui déplaire. b. Quels sont les deux sentiments qui la tiraillent ? Lequel l’emporte sur l’autre ? Elle choisit d’être fidèle à son amour, et non à sa famille. c. Encadrez les phrases exprimant des vérités générales : quelle fonction ont-elles dans la décision de Camille ? Elles la confortent dans sa décision, elles lui donnent bonne conscience. d. Sachant qu’un personnage vertueux lutte contre ses passions, peut-on dire que Camille est vertueuse ici ? la colère, la haine, la démesure l’habitent : selon l’es- Pierre Corneille, Horace, IV, 4, 1640. thétique classique, elle ne peut être considérée comme 1. Ici : se montrer infidèle à sa famille. – 2. Augmenter, se renforcer. © BIS/Ph. L. de Selva © arch. Larbor. vertueuse. 4 a. Quel épisode ce tableau décrit-il ? Aidez-vous de la légende et du texte de l’exercice 3. La mort de Camille. b. Quels éléments du monologue de l’exercice 3 apparaissent ici ? La violence, la guerre, l’opposition entre Camille et les siens. ? Jean Duvivier, Le Dernier des Horaces, le meurtre de Camille, musée de Tessé, Le Mans. Le récit 5 Agnès, jeune fille innocente, raconte à son tuteur Arnolphe la rencontre qu’elle a faite avec un jeune homme. Mais Arnolphe veut secrètement épouser Agnès… Agnès J’étais sur le balcon à travailler au frais : Lorsque je vis passer sous les arbres d’auprès1, Un jeune homme bien fait, qui rencontrant ma vue, D’une humble révérence aussitôt me salue. 5 Moi, pour ne point manquer à la civilité2, Je fis la révérence aussi de mon côté. Soudain, il me refait une autre révérence. Moi, j’en refais de même une autre en diligence3 ; Et lui d’une troisième aussitôt repartant, 10 D’une troisième aussi j’y repars à l’instant. Il passe, vient, repasse, et toujours de plus belle Me fait à chaque fois révérence nouvelle. Molière, L’École des femmes, II, 5, 1662. 1. Proches. – 2. Politesse. – 3. Rapidement. a. Que raconte Agnès ? Cet événement vous paraît-il important ? Soulignez les répétitions : y a-t-il beaucoup de péripéties ? Elle raconte un échange interminable de révérences : événement sans intérêt en soi, sans péripétie. b. Selon vous, que ressent Arnolphe en écoutant Agnès ? En a-t-elle conscience ? Arnolphe est jaloux et Agnès l’ignore. Elle le torture sans le savoir. c. Qu’apprend le spectateur sur Agnès ? sur le problème qui se pose à Arnolphe ? Quelles sont donc les fonctions de ce récit ? Agnès est pure et innocente, elle est courtisée ; Arnolphe est en danger ; ce récit informe donc à la fois sur la rencontre, la psychologie des personnages et l’intrigue qui se noue. VERS LE BAC ? L’écriture d’invention Après le départ de Maître Jacques, Harpagon, scandalisé, se lance dans un monologue où il se défend des accusations de son valet (exercice 2). Il sort. Maître Jacques revient sur scène et raconte la scène au fils d’Harpagon. Écrivez, en une dizaine de lignes à chaque fois, le monologue et la tirade correspondants. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme 8 Le classicisme : esthétique et règles formelles « C’est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de choses. » (La Rochefoucauld, Maximes, 1664) Découvrir 1 5 Texte 1 Texte 2 Il n’y a que le vraisemblable qui touche dans la tragédie. Et quelle vraisemblance y a-t-il qu’il arrive en un jour une multitude de choses qui pourraient à peine arriver en plusieurs semaines ? Il y en a qui pensent que cette simplicité est une marque de peu d’invention. Ils ne songent pas qu’au contraire toute l’invention consiste à faire quelque chose de rien. Jean Racine, Bérénice, Préface, 1670. a. À qui font référence les termes en jaune ? Ils font référence aux spectateurs, aux gens du monde, à la société. b. À quelles qualités humaines les termes en rose font-ils référence ? La logique, la cohérence, la raison c. Quelle conception du beau et du bien est exprimée par les mots en bleu ? Une conception simple et sobre du Il faut, parmi le monde, une vertu traitable1, À force de sagesse on peut être blâmable, La parfaite raison fuit toute extrémité, Et veut que l’on soit sage avec sobriété. Molière, Le Misanthrope, I, 1, 1666. 1. Compatible avec la vie en société. d. Finalement, quel aspect de l’homme est privilégié par le classicisme ? Comment s’expliquent alors les règles de la tragédie évoquées par Racine (? voir fiche 10), en gras dans le texte 1 ? C’est la mesure qui guide le comportement de l’homme qu’on qualifiera d’«?honnête?» au XVIIe siècle : cela explique les règles liées à la cohérence et la vraisemblance, mais aussi la bienséance. beau et du bien. Retenir ?? Le classicisme est un mouvement esthétique du XVIIe siècle qui repose sur une conception précise de l’homme : la raison, la mesure, la clarté sont mises en avant. Lié au souci de l’ordre, qui règne sous la monarchie absolue de Louis XIV, le classicisme propose le modèle de l’honnête homme : modéré dans ses passions comme dans sa pensée, celui-ci souhaite vivre harmonieusement en société. ?? Le théâtre, lieu de l’illusion et de l’artifice (donc contraire à la raison), s’efforce cependant de se conformer à cette conception en privilégiant la simplicité, la clarté, le bon sens. ?? Au théâtre, on s’efforce de se conformer aux trois grandes règles du théâtre antique  : – règle de vraisemblance : il ne s’agit pas de faire vrai, mais de raconter un événement crédible pour le public ; – règle de bienséance : il convient de ne pas choquer le public par des faits pouvant le heurter (meurtres, suicides…), de conformer le langage des personnages à leur origine (un roi ne peut avoir le langage d’un valet) ; – règle des trois unités : de temps (l’action doit se dérouler en une journée maximum) ; d’action (un sujet central traité) ; de lieu (dans un espace unique). Analyser et interpréter Raison et mesure 2 Cléante fait des reproches à son beau-frère Orgon qui, trompé par Tartuffe, un hypocrite, ne croit plus du tout à la sincérité des hommes. Hé bien ! ne voilà pas de vos emportements ! Vous ne gardez en rien les doux tempéraments ; Dans la droite raison, jamais n’entre la vôtre ; Et toujours d’un excès vous vous jetez dans l’autre. 5 Vous voyez votre erreur, et vous avez connu Que par un zèle feint1 vous étiez prévenu2 : Mais pour vous corriger, quelle raison demande Que vous alliez passer dans une erreur plus grande, Et qu’avecque3 le cœur d’un perfide vaurien 10 Vous confondiez les cœurs de tous les gens de bien ? Molière, Tartuffe, V, 1, 1669. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. a. Soulignez les expressions qui condamnent les exagérations. b. Quelle qualité classique Cléante représente-t-il ? La raison, le sens de la mesure, des proportions 1. Par une apparence de grande sincérité. 2. Ici : trompé. 3. Orthographe pour la métrique. c. Quel défaut Molière dénoncet-il ici ? L’excès. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme La maîtrise de soi 3 L’empereur Auguste, trahi et menacé par Cinna, l’un de ses 5 proches, se fait violence : au lieu de se venger, il lui pardonne. Auguste En est-ce assez, ô ciel ! et le sort, pour me nuire, A-t-il quelqu’un des miens1 qu’il veuille encor séduire ? Qu’il joigne à ses efforts le secours des enfers ; Je suis maître de moi comme de l’univers ; Je le suis, je veux l’être. Ô siècles, ô mémoire ! Conservez à jamais ma dernière victoire ! Je triomphe aujourd’hui du plus juste courroux2 De qui le souvenir puisse aller jusqu’à vous. Pierre Corneille, Cinna, V, 1, 1642. 1. De mes proches. – 2. Colère. a. Soulignez deux termes qui relèvent du champ lexical de la guerre : contre qui Auguste s’est-il battu ? Contre lui-même b. Quels vers montrent la fierté d’Auguste vis-à-vis de son acte ? Les vers 3 à 8. c. Quelle valeur du classicisme Auguste incarne-t-il ici ? Encadrez les termes qui le montrent et justifiez votre réponse. Ces vers montrent la maîtrise de soi dont fait preuve Auguste et le triomphe de la raison sur la passion. Le triomphe de l’ordre et de la morale sur les dérèglements de la passion 4 À la fin de la pièce, après la mort de son épouse, Phèdre, 5 et celle de son fils Hippolyte, Thésée reste seul et se lamente. Thésée Allons, de mon erreur, hélas ! trop éclaircis Mêler nos pleurs au sang de mon malheureux fils. Allons de ce cher fils embrasser ce qui reste, Expier1 la fureur d’un vœu que je déteste2. Rendons-lui les honneurs qu’il a trop mérités. Et, pour mieux apaiser ses mânes3 irrités, Que, malgré les complots d’une injuste famille, Son amante aujourd’hui me tienne lieu de fille4. Jean Racine, Phèdre, V, 7, 1677. 1. Payer pour – 2. Thésée a demandé aux dieux de punir son fils, dont il ignorait l’innocence. – 3. Dans l’Antiquité, âmes des morts. 4. Thésée a adopté Aricie, aimée d’Hippolyte. a. Soulignez les termes montrant le jugement de Thésée sur son geste (v. 1 à 4). b. Quels sont ses projets ? Rendre hommage à son fils et adopter sa belle-fille, pour expier les crimes qu’il a commis. c. Cette fin rétablit-elle un ordre ? En quoi est-ce classique ? L’ordre social et la morale seront rétablis, et les dérèglements de la passion seront terminés. Classicisme et peinture BIS/Ph. H. Josse © Arch. Larbor. 5 Quelles caractéristiques du classi­ cisme retrouvez-vous dans ce tableau ? Observez en particulier les proportions, l’attitude des personnages, les lignes de force. C’est un tableau fondé sur des verticales et des horizontales, aux personnages calmes, sans débordements, graves ; les couleurs et le décor sont très sobres et simples, mais pleins de grandeur. L’équilibre est essentiel, souPhilippe de Champaigne (1602-1674), La Cène, vers 1652, huile sur toile (1,58 x 2,33 m), musée du Louvre, Paris. VERS LE BAC ? Initiation à la dissertation « Le classicisme, c’est la santé ; le romantisme, c’est la maladie » écrit Goethe dans Maximes et Réflexions (1833). À partir de vos lectures, vous rédigerez trois paragraphes qui vont dans le même sens que la première partie de cette affirmation. tenu par un sens aigu des proportions. BILAN ? Le classicisme et le théâtre Sous la forme d’une carte heuristique (? voir fiche 38) ou d’un paragraphe rédigé, en vous appuyant sur les œuvres et les textes classiques que vous avez lus, donnez les principales caractéristiques du théâtre classique. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme 9 La comédie classique : personnages et société «  La comédie a un grand avantage sur la tragédie : c’est de peindre les caractères ; la tragédie ne peint que les passions.   (Stendhal, Journal, 6 juin 1804) » Découvrir 1 Je trouve qu’il est bien plus aisé de se guinder sur1 de grands sentiments, de braver en vers la Fortune, accuser les Destins, et dire des injures aux dieux, que d’entrer comme il faut dans le ridicule des hommes, et de rendre agréablement sur le théâtre 5 les défauts de tout le monde. Lorsque vous peignez des héros, vous faites ce que vous voulez ; ce sont des portraits à plaisir, où l’on ne cherche point de ressemblance […]. Mais lorsque vous peignez les hommes, il faut peindre d’après nature ; on veut que ces portraits ressemblent ; et vous n’avez rien fait si 10 vous n’y faites reconnaître les gens de votre siècle. Molière, La Critique de L’École des Femmes, scène 6, 1662. 1. Se rendre intéressant avec. a. À quel genre Molière oppose-t-il la comédie ? À la tragédie Soulignez les termes caractéristiques de ce genre. b. À partir des termes en bleu, dites quel est le but de la comédie. Critiquer les défauts des hommes, en faisant rire. c. D’après les termes en jaune, qui sont les person­ nages de la comédie ? Les hommes en général, qu’on pourrait côtoyer, montrés tels qu’ils sont. Retenir ?? La comédie classique vise deux objectifs : faire rire et dénoncer les défauts des hommes (mœurs injustes, ridicules…). Ses personnages sont donc des contemporains des spectateurs, issus du monde réel. ?? Elle se réclame de l’héritage de la comédie antique (Aristophane, Plaute, Térence). ?? Par son respect des règles de bienséance et de vraisemblance (? voir fiche 8), la comédie classique se distingue de la farce. ?? Corneille et Racine ont écrit quelques comédies. Mais le maître du genre est, bien sûr, Molière. ?? La comédie de Molière prend une dimension sérieuse quand elle dénonce l’ hypocrisie sociale ou religieuse, mariage forcé, volonté de séduire des jeunes filles… ?? On distingue ainsi trois types de comédies qui se combinent parfois : – d’intrigue : action complexe, riches en péripéties (Les Fourberies de Scapin) ; – de caractère : centrée sur un défaut du protagoniste (L’Avare) ; – de mœurs : critique d’une mode ou d’un comportement (Tartuffe). Analyser et interpréter La comédie et la nature humaine 2 Philinte s’adresse ici à son ami, Alceste, qui ne supporte pas 5 les mensonges qu’impose la vie sociale. J’observe, comme vous, cent choses, tous les jours Qui pourraient mieux aller, prenant un autre cours : Mais quoi qu’à chaque pas je puisse voir paraître, En courroux, comme vous, on ne me voit point être ; Je prends, tout doucement, les hommes comme ils sont, J’accoutume mon âme à souffrir1 ce qu’ils font. 1. Supporter. Molière, Le Misanthrope, I, 1, 1666. Mise en scène de Stéphane Braunschweig, Théâtre des Bouffes du Nord, 2004, © D.R. Non, ils sont sérieux. d. TICE Observez cette photograhie de mise en scène. • Que voit-on en fond de décor ? b. De qui parle-t-il ? Soulignez les termes qui le prouvent. On voit le public, reflété dans un miroir. Des hommes en général c. En quoi cette tirade reflète-t-elle l’esthétique classique (? voir fiche 8) ? Elle fait la critique de la société, des • Que signifie, selon vous, ce dispositif ? défauts humains, mais propose un idéal de mesure car directement concerné, que la pièce est actuelle. Philinte est un honnête homme. a. Les propos de Philinte sont-ils comiques ? © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Que le public est partie prenante de la pièce, qu’il est La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme La mise en scène de la bêtise des hommes 3 Monsieur Jourdain, riche bourgeois, prend des cours pour 5 devenir un gentilhomme instruit. Son maître de philosophie commence par les voyelles. Maître de philosophie. – La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O. Monsieur Jourdain. – O, O. Il n’y a rien de plus juste. A, E, I, O, I, O. Cela est admirable ! I, O, I, O. Maître de philosophie. – L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O. Monsieur Jourdain. – O, O, O. Vous avez raison, O. Ah ! la belle chose, que de savoir quelque chose ! Molière, Le Bourgeois gentilhomme, II, 4, 1670. a. Soulignez les expressions qui montrent la bêtise de M. Jourdain. b. Lisez à haute voix les répliques de M. Jourdain : quel effet sonore produisent-elles ? Elles ressemblent à des sons inarticulés,. c. M. Jourdain a ici toutes les caractéristiques du personnage de comédie : lesquelles ? Il est sot, ridicule et se laisse tromper. d. Que pense Molière des hommes voulant se hisser au-dessus de leur condition sociale ? Ils se ridiculisent souvent. Une satire de la société a. Quels sont, selon Cliton, les défauts des Parisiens ? 4 Cliton 5 Connaissez mieux Paris, puisque vous en parlez : Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés ; L’effet n’y répond pas toujours à l’apparence1, On s’y laisse duper2 autant qu’en lieu de France3 ; Et parmi tant d’esprits, plus polis et meilleurs, Il y croît des badauds4 autant et plus qu’ailleurs. Pierre Corneille, Le Menteur, I, 1,1644. 1. La réalité ne correspond pas aux apparences. 2. Tromper. – 3. Que n’importe où en France. 4. On y trouve (« il y pousse ») des gens naïfs. Ils sont crédules et se fient aux apparences. Soulignez les expressions qui le montrent. b. Un milieu social est-il davantage concerné ? Les gens ordinaires, les gens d’esprit, tout Paris : tous les milieux sont concernés. c. Quel type de personnage est prévisible ici ? Aidez-vous du titre de la pièce. Le personnage du menteur, construit sur la duperie, la tromperie. Comédie et langage 5 Valère. – Oui, Monsieur, je crois que vous serez satis- fait : et nous vous avons amené le plus grand médecin du monde. Lucas. – Oh morguenne, il faut tirer l’échelle après 5 ceti-là1 : et tous les autres, ne sont pas daignes de li déchausser ses souillez2. Valère. – C’est un homme qui a fait des cures3 merveilleuses. Lucas. – Qui a gari des gens qui estiant morts. 10 Valère. – Il est un peu capricieux, comme je vous ai dit : et parfois, il a des moments où son esprit s’échappe, et ne paraît pas ce qu’il est. Lucas. – Oui, il aime à bouffonner, et l’an dirait par fois, ne v’s en déplaise qu’il a quelque petit coup de hache à 15 la tête. Molière, Le Médecin malgré lui, II, 1, 1666. 1. On ne trouvera pas mieux que cet homme-là. 2. Dignes de lui ôter les souliers. – 3. Guérisons. VERS LE BAC ? Inititation à la dissertation Vous discuterez cette affirmation de Molière dans la préface de Tartuffe (1669) : « Les plus beaux traits d’une sérieuse morale sont moins puissants, le plus souvent, que ceux de la satire ; et rien ne reprend mieux la plupart des hommes que la peinture de leurs défauts. » a. Quelle est, selon vous, la classe sociale de chaque personnage ? Quels éléments le démontrent ? Valère : s’exprime bien, instruit, classe sociale supé rieure. Lucas : parle un français déformé, c’est un serviteur, il vient d’un milieu populaire. b. Soulignez les expressions appartenant à la langue populaire. Quelles sont les déformations principales ? Des déformations phonétiques et grammaticales. c. Ce que dit Lucas est-il différent de ce que dit ­Valère ? D’où vient le comique ? Lucas répète les propos de Valère en les déformant, en les traduisant en images concrètes et hyperboliques, caricaturales, dans une langue populaire. BILAN ? La comédie classique Sous la forme d’un paragraphe rédigé, en vous appuyant sur des exemples tirés des textes que vous avez lus, dites quelles sont les caracté­ ristiques de la comédie classique. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme 10 La tragédie : personnages et contraintes « Cette tristesse majestueuse qui fait tout le plaisir de la tragédie. » (Jean Racine, préface de Bérénice, 1670) Découvrir 1 5 Texte 1 Pour obéir à la loi romaine, Titus, devenu empereur, doit quitter Bérénice, reine de Palestine, qu’il aime. Titus, seul. Soutiendrai-je ces yeux1 dont la douce langueur Sait si bien découvrir les chemins de mon cœur ? Quand je verrai ces yeux armés de tous leurs charmes, Attachés sur les miens, m’accabler de leurs larmes, Me souviendrai-je alors de mon triste devoir ? Pourrai-je dire enfin : « Je ne veux plus vous voir ? » Je viens percer un cœur que j’adore, qui m’aime ; Et pourquoi le percer ? Qui l’ordonne ? Moi-même. Jean Racine, Bérénice, IV, 4, 1670. 1. Ceux de Bérénice. a. D’après les expressions en jaune dans ces textes, quelles sont les caractéristiques du héros tragique ? Un héros pris au piège de sa destinée, se débattant, en Texte 2 Racine présente sa pièce Phèdre et son personnage principal, reine mythique passionnément amoureuse du fils de son mari. Ce caractère […] a toutes les qualités qu’Aristote1 demande dans le héros de la tragédie, et qui sont propres à exciter la compassion et la terreur. En effet, Phèdre n’est ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente : elle est engagée, 5 par sa destinée et par la colère des dieux, dans une ­passion illégitime dont elle a horreur toute la première : elle fait tous ses efforts pour la surmonter : elle aime mieux se laisser mourir que de la déclarer à personne ; et lorsqu’elle est forcée de la découvrir, elle en parle avec une confusion qui 10 fait bien voir que son crime est plutôt une punition des dieux qu’un mouvement de sa volonté. Jean Racine, Phèdre, préface, 1677. 1. Philosophe grec antique, théoricien du théâtre. vain, contre sa passion. c. Quels sont les excès de Phèdre que Racine expose dans le texte 2 ? Encadrez les mots qui le montrent. Les excès de passion, la violence, son crime (aimer son beau-fils, Hippolyte). b. Quelle est la classe sociale des personnages ? d. Selon vous, quel est le dénouement annoncé de Phèdre ? La mort de l’héroïne. Reine et empereur Retenir ?? Conformément à son modèle antique, la tragédie classique a pour fonction de provoquer la terreur et la pitié pour faire réfléchir l’homme à sa condition mortelle. ?? Les héros tragiques sont pleins de grandeur : de condition supérieure (rois, héros, voire fils de dieux), ils sont occupés de problèmes d’État, de vie ou de mort ; leurs passions sont dévorantes. Leur registre de langue est toujours soutenu. ?? Mais le classicisme veut aussi que la tragédie soit crédible : elle doit répondre à la règle des trois unités (un lieu, une journée, une intrigue), à la règle de la vraisemblance (les personnages doivent être cohérents dans leurs actes) et à celle de la bienséance (pas d’actes choquants ou violents montrés sur scène). ? voir fiche 8 ?? La tragédie, la plupart du temps en alexandrins, le vers jugé le plus noble, utilise le registre tragique. Analyser et interpréter Temps et destin 2 Le frère et l’amant de Camille doivent s’affronter pour 5 mettre un terme à la guerre. C’est Camille qui parle. Vit-on jamais une âme en un jour plus atteinte De joie et de douleur, d’espérance et de crainte, Asservie en esclave à plus d’événements, Et le piteux jouet de plus de changements ? Un oracle m’assure, un songe me travaille ; La paix calme l’effroi que me fait la bataille ; Mon hymen1 se prépare, et presque en un moment Pour combattre mon frère on choisit mon amant […] 1. Mariage. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Pierre Corneille, Horace, IV, 4, 1640. a. Combien de temps s’est écoulé depuis le début des événements racontés ? Un jour b. À quelle règle ce passage correspond-il  ? Il concentre en un jour les événements : unité de temps. c. Soulignez les sujets grammaticaux des vers 5 à 8 : qui agit ? Encadrez les pronoms personnels qui renvoient à Camille. Quelle est leur fonction ? Ce sont les événements qui agissent, Camille subit toutes les actions : me et m’ sont compléments d’objet. La tragédie et la comédie au XVIIe siècle : le classicisme Le dénouement tragique 3 5 Texte 1 Oreste apprend qu’Hermione, qu’il aime, vient de se suicider pour suivre Pyrrhus dans la mort. Oreste Grâce aux dieux ! Mon malheur passe mon espérance ! Oui, je te loue, ô ciel, de ta persévérance ! Appliqué sans relâche au soin de me punir, Au comble des douleurs tu m’as fait parvenir. Ta haine a pris plaisir à former ma misère ; J’étais né pour servir d’exemple à ta colère, Pour être du malheur un modèle accompli. Junie poursuivie par César (Néron) qui l’aime et qui vient de tuer son amant, se fait vestale ; Albine raconte. Albine Pour accabler César d’un éternel ennui, Madame, sans mourir elle est morte pour lui. […] (Le peuple accompagne Junie qu’il prend en pitié et protège) Ils la mènent au temple, où depuis tant d’années Au culte des autels nos vierges destinées Gardent fidèlement le dépôt précieux Du feu toujours ardent qui brûle pour nos dieux. Texte 2 5 Jean Racine, Andromaque, V, 5, 1667. a. Ces deux tragédies se terminent-elles par la mort de tous les personnages ? Non, certains survivent. b. Soulignez les expressions qui rappellent le sacré. c. Encadrez celles qui marquent le caractère exemplaire de la fin tragique. Jean Racine, Britannicus, V, 8. d. Relevez deux hyperboles dans le texte 2 : en quoi ces éléments du registre tragique reprennent-ils des caractéristiques de la tragédie classique ? Éternel ennui, au comble des douleurs suscitent compassion et terreur, montrent la grandeur des personnages en respectant la bienséance. Politique et grandeur 4 L’empereur Auguste a fait exécuter Toranius, le père d’Émilie, qu’il 5 considère désormais comme sa fille. Amoureuse de Cinna, celle-ci lui demande de venger son honneur en tuant Auguste. Cinna, aidé de son ami Maxime, organise alors un complot… Maxime Je veux voir Rome libre. Cinna Et vous pouvez juger Que je veux l’affranchir1 ensemble et la venger. Octave2 aura donc vu ses fureurs assouvies, Pillé jusqu’aux autels, sacrifié nos vies, Rempli les champs d’horreur, comblé Rome de morts, Et sera quitte3 après pour l’effet d’un remords ! […] Vengeons nos citoyens, et que sa peine étonne4 Quiconque après sa mort aspire à la couronne. Pierre Corneille, Cinna, II, 2, 1643. a. De quelle ville, de quel sujet et de quel homme les personnages parlent-ils ? D’Octave, empereur, de Rome, du régime politique. b. Quel semble être le sujet principal de la pièce ? Soulignez les expressions qui le montrent. C’est un problème de politique très sérieux qui engage la responsabilité des puissants. Il s’agit donc bien d’un sujet tragique. 1. Ici : la libérer de la tyrannie. – 2. Successeur de César à la tête de l’Empire romain, il prendra le titre d’Auguste. – 3. Sera pardonné. – 4. Ébranle. Classicisme et mise en scène 5 TICE Regardez un extrait de Phèdre, de Racine (acte II, scène 5), mis en scène par P. Chéreau (théâtre de l’Odéon, 2003) : http://www.youtube.com/watch?v=tVojvGK7wHM. a. Comment Chéreau souligne-t-il la puissance du destin b. En quoi a-t-il tenu compte des commentaires de Racine dans sa préface (voir exercice 1) ? Citez les termes de Racine. Elle n’est « ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente », « parle » « avec confusion » d’une et de la passion sur l’héroïne ? Elle regarde le ciel, puis passion « dont elle a horreur toute la première ». la terre, elle est égarée, perdue, elle se déplace de façon irrégulière, recule, tente de fuir. VERS LE BAC ? Initiation à la dissertation Pensez-vous que la tragédie classique soit un genre dépassé, qui ne concerne plus le spectateur ou le lecteur d’aujourd’hui ? Vous vous appuierez sur vos lectures et les représentations que vous connaissez pour répondre. BILAN ? Écrire un paragraphe argumenté Au-delà des règles, donnez les caractéristiques de la tragédie classique en un paragraphe rédigé et appuyé sur des exemples. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. La poésie du XIXe au XXe siècle : du romantisme au surréalisme 11 La versification « J’ai disloqué ce grand niais d’alexandrin » (Victor Hugo, « Quelques mots à un autre », Les Contemplations, 1856) Découvrir 1 Le poète 5 Le mal dont j’ai souffert / s’est enfui comme un rêve. Je n’en puis comparer / le lointain souvenir Qu’à ces brouillards légers / que l’aurore soulève, Et qu’avec la rosée / on voit s’évanouir. La muse Qu’aviez-vous donc, ô mon poète ! Et quelle est la peine secrète Qui de moi vous a séparé ? […] Musset, La Nuit d’octobre, 1840. a. Comptez les syllabes dans la strophe du poète puis dans celle de la Muse. Nommez les mètres. Poète : 12 syllabes = alexandrins Muse : 8 syllabes = octosyllabes b. Encadrez les rimes des vers 1 à 6 et précisez leur organi­ sation. Rimes croisées (abab) et suivies (cc) c. Lisez la 1re strophe en marquant une légère pause aux endroits indiqués par une barre oblique. Quel est le rythme créé ? 6/6 d. Pourquoi, selon vous, les deux personnages ne s’expriment-ils pas dans le même mètre ? Le poète fait un récit lent et long. La Muse est plus inquiète, sa parole est plus brève. Retenir est l’ensemble des techniques propres à la poésie traditionnelle et à tous les textes en vers (théâtre, épopée, roman en vers, fables…). En voici les principaux procédés : ?? La versification Vers Rime Strophe Mètre Coupe Césure Enjambement Rejet Contre-rejet « e » muet Diérèse Unité rythmique, qui commence traditionnellement par une majuscule, à l’écrit. Répétition de sons, d’un vers à l’autre : suivies ou plates (aabb), croisées (abab), embrassées (abba). Ensemble de vers, en nombre varié, qui constituent des unités de sens Nombre de syllabes d’un vers, souvent pair : l’hexasyllabe (6 syllabes), l’octosyllabe (8 syllabes), le décasyllabe (10 syllabes), l’alexandrin (12 syllabes). Il existe toutefois des vers impairs. Dans un vers, pause liée au sens ou à la ponctuation. Coupe principale d’un vers. En poésie classique et jusqu’aux romantiques, l’alexandrin a une césure entre les deux hémistiches (demi-vers). Débordement de la phrase ou de la proposition au-delà de la longueur du vers. Élément d’une phrase placé au début du vers suivant. Détachement à la rime du vers précédent, d’un mot du vers suivant. Placé en fin de vers ou devant une voyelle, il ne se prononce pas ni ne compte dans le nombre des syllabes. Prononciation en deux syllabes de deux voyelles successives (li/on). Analyser et interpréter L’alexandrin dans le théâtre classique 2 Néron a fait emprisonner Junie ; il raconte à son confi- dent comment, en la voyant, il en est tombé amoureux. Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence1, Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence, Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs, Relevaient de ses yeux les timides douceurs, 5 Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue, J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue : Immobile, saisi d’un long étonnement, Je l’ai laissé passer dans son appartement. J’ai passé dans le mien. C’est là que, solitaire, 10 De son image en vain j’ai voulu me distraire2. 1. Celle d’avoir vu Junie. 2. Délivrer. © Nathan 2015 – Photocopie non autorisée. Jean Racine, Britannicus, II 2, 1669. a. Marquez d’une barre les coupes, d’une double barre les césures des vers ; que remarquez-vous par rapport à la ponctuation ? Les coupes sont toutes liées à la ponctuation,. b. TICE Regardez l’enregistrement suivant : https:// www.youtube.com/watch?v=qaMKDQCfo0Q Le comé­ dien marque-t-il les césures ? Pourquoi selon vous ? Il cherche à rendre à l’alexandrin sa souplesse en soulignant plutôt les coupes. c. Qu’est-ce qui explique le choix de l’alexandrin pour le théâtre plutôt que d’autres mètres ? Il permet, par sa longueur, un effet de solennité et de régularité, à l’image de la pensée de Néron qui avance peu à peu dans sa découverte du sentiment amoureux . La poésie du XIXe au XXe siècle : du romantisme au surréalisme Versification et romantisme 3 Nous marchions sans parler, dans l’humide gazon, 5 Dans la bruyère épaisse et dans les hautes brandes1, Lorsque, sous des sapins pareils à ceux des Landes, Nous avons aperçu les grands ongles marqués Par les loups voyageurs que nous avions traqués. Nous avons écouté, retenant notre haleine Et le pas suspendu. – Ni le bois, ni la plaine Ne poussait un soupir dans les airs ; seulement La girouette en deuil criait au firmament. […] L’alexandrin b. Lisez oralement les vers 1 à 5 en soulignant la régularité du rythme. Quels champs lexicaux sont valorisés ? Les champs lexicaux de l’ouïe, de la forêt. c. Relevez dans les vers 6 à 9 : – un contre-rejet : vers 8-9 – un rejet  : vers 6-7 d. À quoi correspondent ces changements de rythme ? A. de Vigny, « La Mort du Loup », Les Destinées, 1864. 1. Terres plantées d’arbustes. a. Encadrez les « e » muets ». Quel mètre a été choisi ? À l’arrêt de la marche et à l’écoute des sons ; à la mise en valeur des éléments significatifs Le vers impair a. Comptez les syllabes : que remarquez-vous ? 4 Je ne sais pourquoi 5 Les vers sont irréguliers, presque tous impairs. Mon esprit amer D’une aile inquiète et folle vole sur la mer. Tout ce qui m’est cher, D’une aile d’effroi Mon amour le couve au ras des flots. [Pourquoi, pourquoi ? b. Relevez un enjambement. Vers 1 à 2 c. Soulignez les termes qui suggèrent le déséquilibre et le mouve­ ment. En quoi le mètre choisi traduit-il ces notations ? Le vers impair, déséquilibré, suggère le flottement du poète Paul Verlaine, Sagesse, 1881. entre ciel et mer, sans point d’appui. Les jeux sur le mètre 5 Les djinns1 5 Murs, ville, Et port. Asile De mort, Mer grise Où brise2 La brise, Tout dort. Dans la plaine Naît un bruit. C’est l’haleine De la nuit. Elle brame3 Comme une âme 15 Qu’une flamme Toujours suit ! 10 La voix plus haute Semble un grelot. D’un nain qui saute 20 C’est le galop. Il fuit, s’élance, Puis en cadence Sur un pied danse Au bout d’un flot. Victor Hugo, Les Orientales, 1829. 1. Génies ou démons de la tradition maghrébine. 2. Terme de marine signifiant « où vient se heurter ». 3. Cri du cerf, aux tonalités perçues comme mélancoliques. a. Qu’a de particulier le mètre dans ce début de poème ? Que constatez-vous d’une strophe &...

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