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Rousseau " Conscience, conscience, conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d'un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rend l'homme semblable à Dieu, c'est toi qui fais l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions. " (Rousseau, Émile ou De l'éducation, 1762, livre IV, GF-Flammarion, 1966, p. 378). Commentez cette citation.

Publié le 17/01/2022

Extrait du document

« de la nature humaine - mais, de par sa dimension divine, elle inscrit cette « nature » humaine dans une perspectivemétaphysique, c'est-à-dire, étymologiquement, « surnaturelle ». L'argumentation de l'auteur s'articule ici en deuxétapes principales : dans une première partie, de la ligne 1 à 11, Rousseau insiste sur le caractère innée, congénitalet divin de la conscience morale ; son argumentation s'inscrit dans une perspective ontologique et métaphysique ;dans une deuxième et dernière partie (de la ligne 12 à la fin du texte) il souligne les méfaits des idéologies socialesqui brouillent, occultent cette voix intérieure originelle (...) 4- Il est donc au fond des âmes...Le "donc" indique que l'idée qui va être exposée est bien conclue de ce qui précède, même si, comme on vient de levoir, il faut se livrer à une analyse assez fine de ce qui précède pour le comprendre.Rousseau appelle conscience un principe inné de justice et de vertu. Pour lui donc, la conscience n'est que morale :la conscience c'est ce qui dans l'âme sait ce qui est juste et vertueux. L'âme, c'est la totalité de l'esprit, de la viede l'esprit, la conscience, c'est ce qui dans cette totalité concerne les principes moraux. Nous savons, de manièreinnée, ce qui est juste et ce qui est vertueux.Donc, sans avoir à l'apprendre, du simple fait d'avoir une âme, on a aussi une conscience, c'est-à-dire laconnaissance innée de ce qui est juste et vertueux. Cette connaissance est inhérente à la conscience."Malgré nos propres maximes", c'est-à-dire malgré les jugements moraux, les impératifs moraux que nous pouvonsapprendre ou concevoir. 5- Contre la philosophie.Ce que veut Rousseau, ce n'est pas établir par le raisonnement ce que doivent être les maximes morales, il ne veutpas chercher à fonder la morale sur des principes rationnels, faire la philosophie de la morale, il veut fairecomprendre ou sentir que nous sommes déjà moraux pour peu que l'on soit attentif à notre coeur. Il ne s'adressepas à la raison du lecteur, à sa faculté de raisonner, mais à sa conscience, c'est-à-dire à ce qu'il sent en lui, auxidées de justice et de vertu qu'il connaît déjà. Il ne cherche donc ni à fonder la morale, ni à dire ce que l'on doitfaire pour être moraux, il essaie de nous faire sentir que nous savons tout ce qu'il nous faut savoir pour êtremoraux, sans avoir à raisonner, sans avoir à réfléchir.Il va jusqu'à accepter d'être réfuté par ceux qu'il appelle les philosophes, parce que toutes les raisons du monde nepeuvent rien contre le sentiment d'avoir en soi ces idées. Le sentiment, l'intime conviction contre la raison et lesraisons.6- Idées acquises et sentiments innés.Rousseau distingue les idées des sentiments : les idées sont acquises, elles viennent du dehors, c'est-à-dire desautres et des sens, conception empiriste de l'origine des idées, les sentiments eux sont innés, naturels. Unsentiment, c'est une inclination, un penchant inné pour ou contre quelque chose. Ce sont les sentiments qui sontmoraux, qui nous permettent d'apprécier le bon et le mauvais. Les jugements moraux reposent donc sur dessentiments et non sur des principes rationnels, c'est-à-dire des idées, parce que les idées elles doivent s'apprendre.Il faut noter que Rousseau parle de ce qui est bon et mauvais du point de vue moral comme ce qui est bon oumauvais pour nous. Au total donc, la conscience est morale parce qu'elle est immédiatement capable de juger du bien ou du bon et dumal ou du mauvais grâce aux sentiments innés de justice et de vertu qui existent dans notre âme. Elle estfinalement comparée à un instinct, mais un instinct divin, c'est-à-dire qui est parfait ou l'oeuvre de Dieu.La conscience est comme conscience sachante de ce qui est bien et de ce qui est mal, elle est donc morale avantmême d'être conscience de quoi que ce soit.Ambiguïté toutefois : on ne sait pas si Rousseau parle de ce qui est bon pour nous, ce qui nous convient à nous, ous'il parle de ce qui est bon en soi, c'est-à-dire moral absolument. En soutenant cette thèse Rousseau rend compte de l'expérience assez commune de l'appréciation spontanée de nosactions ou de celles des autres, de ces sentiments d'agir en accord avec soi-même ou bien en désaccord avec soique l'on peut éprouver en faisant telle ou telle chose.Seulement, est-il aussi certain que le soutient Rousseau que cette expérience de l'appréciation immédiate qui est del'ordre du sentiment soit universel, c'est-à-dire comparable en chacun quelle que soit la culture à laquelle onappartient ? Avons-nous seulement à l'intérieur de la même culture tous la même façon de sentir, d'apprécier lesactions que l'on accomplit et celles des autres ? Non, on peut constater par exemple que ce qui émeut unepersonne peut ne pas en émouvoir une autre, que ce qui est ressenti comme une violence injuste par quelqu'un peutêtre ressenti comme légitime par un autre.Cette universalité est donc discutable. Mais d'ailleurs, Rousseau ne le conteste pas puisqu'il affirme ailleurs qu'il estpossible dans le cadre de la vie sociale de corrompre sa nature, de cesser d'entendre la voix de sa conscience etd'entendre à sa place des injonctions qui ne sont pas bonnes. Mais, dans ce cas, est-il possible de se fier à son sentiment ? Qu'est-ce qui nous permet de savoir si ce que l'onressent est naturel donc moral ou au contraire artificiel et immoral ? Rien ! Dans ce cas, s'en remettre à saspontanéité, n'est-ce pas préjuger de la moralité de ses sentiments ? N'est-ce prendre le risque, au nom de ce quenous dicte notre conscience, d'accomplir des actions dont la moralité est contestable ?En définitive, qu'il existe des sentiments par lesquels nous apprécions la valeur de nos actions n'est guèrecontestable, mais en revanche, qu'ils soient universels et que ce qu'ils nous dictent de faire ou la manière aveclaquelle ils nous font apprécier les actions que nous accomplissons ainsi que celles des autres, soit toujours moralsimplement parce qu'ils sont immédiats, c'est contestable.En somme, l'universalité et la moralité de ces sentiments spontanés sont contestables.Or, si on conteste ces deux aspects de la thèse de Rousseau, on est forcé de se demander si la conscience estmorale pour la simple raison qu'elle existe et qu'on trouve en soi des sentiments grâce auxquels on juge et quiguident notre action. On est alors conduit à se demander d'où viennent ces jugements et quelle est leur valeur. »

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