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Mahomet par Maxime Rodinson Directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études (Sorbonne) La vie de Mahomet est passionnante.

Publié le 05/04/2015

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Mahomet par Maxime Rodinson Directeur d'études à l'École Pratique des Hautes Études (Sorbonne) La vie de Mahomet est passionnante. Comment ne pas s'intéresser au créateur d'un mouvement qui s'empara des corps et des esprits dans une zone aussi étendue de l'univers ? Mais l'historien s'est heurté et se heurte encore à des difficultés particulières. Il y a les difficultés idéologiques. Pendant longtemps, le monde chrétien ne put aborder qu'avec une hargne toute spéciale la biographie d'un homme qui avait privé le christianisme d'une grande partie des territoires où il était le plus développé, où s'était située même son origine. D'où un torrent d'injures qui a mis bien longtemps à s'épuiser et une incompréhension profonde de beaucoup de côtés de la vie du Prophète de l'Islam. Maintenant, c'est plutôt la conception apologétique musulmane de cette biographie qui est un obstacle à l'impartialité, car l'on répugne de plus en plus (et c'est une évolution fort heureuse par certains côtés) à heurter la foi des musulmans croyants, mais la vérité a ses droits qu'un historien honnête ne peut transgresser. Ajoutons que la foi religieuse a été relayée, chez de nombreux musulmans, par l'idéologie nationaliste, non moins sourcilleuse à l'égard de tout ce qui contredit une image apologétique stéréotypée. Un autre ordre de difficultés se situe sur le terrain propre de la recherche de la vérité, si même les hypothèques idéologiques sont supposées levées. A la différence de la vie d'autres fondateurs de religion, les sources qui nous renseignent sur la biographie de Mahomet sont très précises et très détaillées. Le malheur est qu'on ne peut accepter comme assurés toutes ces précisions et tous ces détails, mais qu'on ne peut non plus les rejeter en bloc. Ils renferment certainement un noyau de vérité, mais il est bien difficile de l'isoler. Les sources sont toutes (sauf le Coran) postérieures de deux ou trois siècles, du moins sous la forme qui nous en est parvenue, et le récit des événements, la biographie des personnages ont subi des infléchissements, des déformations en fonction de tendances de l'époque où ils ont été rédigés, des idées et des intérêts des uns et des autres. On ne peut accepter ces récits sans critique, mais nous n'avons pas les moyens, sauf exception, d'atteindre, de façon incontestable, la vérité sous-jacente. D'un autre côté, la trame des événements essentiels et les liens de parenté, les faits cardinaux des biographies doivent être exacts, car des récits de tendances différentes s'accordent sur eux. Le Coran, texte sacré, censé révélé par Dieu, a certainement été conservé pour l'essentiel avec exactitude. Mais cette seule source pleinement authentique ne parle de faits historiques que d'une manière très allusive, difficile à interpréter. On ne s'étonnera donc pas de trouver ci-dessous une version des événements différente en divers points de celle que narrent les ouvrages musulmans et mêmes les ouvrages européens n'ayant pas pratiqué la critique des sources. On ne s'étonnera pas non plus des nombreux points douteux de la biographie du Prophète. On a pu lire ci-dessus un tableau très résumé de la situation de l'Arabie préislamique au sein de laquelle surgit Mohammad (c'est là la forme arabe exacte dont notre Mahomet n'est qu'une déformation). On place généralement sa naissance (à Mekka que nous appelons La Mecque) en 571 de l'ère chrétienne, mais cette date traditionnelle résulte de calculs douteux d'une époque postérieure. La tradition fournit d'ailleurs des variantes. Il semble seulement qu'on se souvenait qu'il était né sous l'empereur perse Khosrô, c'est-à-dire avant 579. Son père s'appelait 'Abdallâh et sa mère Amina. 'Abdallâh appartenait à la tribu de Qoraysh qui peuplait la ville de Mekka, tribu spécialisée dans le commerce international. Mekka, ville située dans une vallée aride, ne vivait que de ce commerce et des profits découlant du temple local vers lequel des pèlerins nombreux venaient chaque année, de fort loin, paraît-il. Les foires commerciales ont toujours été étroitement lices à des sanctuaires. Celui-ci avait pour centre un bâtiment à peu près cubique, la Ka'ba, où étaient rassemblées diverses idoles et surtout une pierre noire d'origine météorique, objet d'une particulière vénération comme c'était la coutume chez les Sémites. 'Abdallâh était d'un clan, celui de Hâshim, qui aurait eu un temps la prépondérance à Mekka, mais l'aurait perdue du temps de la jeunesse de Mohammad. Lui-même était peu fortuné et il mourut peu après la naissance de son fils, suivi dans la tombe quelques années plus tard par son épouse. L'orphelin fut recueilli par son grand-père, puis par un oncle, Abou Tâlib, commerçant aisé ; il aurait fait avec lui des voyages de trafic en Syrie, mais les récits de ces voyages ont été tellement embellis de légendes qu'il est impossible de savoir si le fait, lui...

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