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L’observation. — L’hypothï¿œse. — L’expï¿œrimentation. — Analyse et synthï¿œse

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Dans les sciences de la matière, en Astronomie surtout, mais ce détail est d’un autre ordre (psycho-physiologique) on attachait naguère beaucoup d’intérêt à déterminer « l’équation personnelle » de chaque observateur quand celui-ci devait, au cours d’observations, donner le top ou même appuyer sur un bouton. Aujourd’hui, les perfectionnements techniques ont presque partout réalisé l’enregistrement automatique.

 

III. — L’HYPOTHÈSE.

 

La simple observation des faits se complète, quand c’est possible, par l’expérimentation, souvent précédée elle-même d’une conjecture ou hypothèse. Supposant, prévoyant telle solution, l’homme de science saura mieux choisir les faits privilégiés qui confirmeront ou détruiront cette conjecture. Et puis, comme il s’attendra (cf. notre chap. sur l’attention) à la production d’un phénomène, il risquera moins de le laisser échapper.

 

Nous avons eu l’occasion déjà de dénoncer le contre-sens commis par certains auteurs, faisant de Newton un adversaire de l’hypothèse.

 

La phrase citée (Hypotheses non fingo) se rapportait uniquement à la nature intime de l’attraction. Quant à Magendie, le maître de Cl. Bernard, ce qu’il combattait, c’est surtout les hypothèses gratuites, invérifiables (principe vital, etc.) dont on abusait de son temps.

 

En fait, nul savant ne s'est jamais désintéressé de l’hypothèse. Aussi bien a-t-elle comme rôle : 1° de provoquer l’expérience ; 2° d’orienter la recherche, et d’aider à déterminer les conditions de l’expérience ; 3° d'inciter le chercheur à poursuivre ses expériences sans se décourager, dans la mesure où il a confiance en son hypothèse.

 

On a dit souvent qu’une hypothèse, même fausse, vaut mieux que l’absence d’hypothèse. Cette assertion se justifie en ceci : qu’une hypothèse, quelle qu’elle soit, incite à observer, à expérimenter ; et que, par hasard, elle peut aboutir à la découverte la plus inattendue. A dire vrai, les exemples d’hypothèses fausses amenant des résultats féconds ne sont pas nombreux, et appartiennent surtout au passé plus ou moins lointain. Nous en citerons un cas en fin de chapitre. Encore ferons-nous quelques réserves.

 

Dans l’ Introduction à l’étude de la Médecine expérimentale, Cl. BERNARD a insisté non sans raison sur l’importance de l’hypothèse, écrivant notamment : « Une idée anticipée ou hypothèse est le point de départ nécessaire de tout raisonnement inductif. Sans cela, on ne pourrait qu’entasser des observations stériles » (etc.)... N'y a-t-il pas là une certaine exagération ? Exagération qui porte sur les deux mots que nous avons soulignés. En parcourant la longue histoire des sciences, ne rencontrons-nous pas souvent des découvertes dont les auteurs n’avaient, au départ, d’autre guide que leur curiosité, leur désir de se rendre compte, de « savoir à quoi s’en tenir » sur les conditions de tel ou tel phénomène ?

I. — QUE FAUT-IL ENTENDRE PAR « EXPÉRIMENTAL » ?

 

C’est surtout à partir de Claude Bernard que ce terme, « expérimental », est entré dans le langage scientifique. Il évoque l’idée d' expérimentation, c’est-à-dire, au sens strict, une intervention du chercheur, provoquant tel phénomène sous certaines conditions, pour en étudier le mécanisme, ou pour vérifier une hypothèse.

 

Exemples : Claude Bernard sait que quelques peuplades sauvages empoisonnent leurs flèches avec du curare. Comment agit cette substance ? Le savant examine des animaux qu’il a piqués au curare, et se rend compte (ce qu’il ignorait auparavant) que le poison agit en paralysant le système nerveux moteur. (Expérimentation de recherche).

 

Louis Pasteur, à l’occasion de sa controverse avec Pouchet, au sujet de la génération spontanée, fait préparer cent ballons de verre, emplis d’un même bouillon porté à l’ébullition : 20 sont fermés à la lampe ; 20 autres sont ouverts dans la campagne ; 20 aux premières hauteurs du Jura ; 20 à hauteur de la Mer de Glace ; enfin, les 20 derniers sont ouverts dans une pièce où l’on vient de soulever des poussières.

conditions fondamentales de la vie sont communes aux végétaux et aux animaux...

 

Claude Bernard juge très équitablement son propre ouvrage, quand il déclare n’avoir pas l’intention de « donner des règles et des préceptes », mais plutôt celle de « citer des exemples d’investigation »...

 

En revanche, il a certainement méconnu la valeur de Bacon (qu’il voit trop à travers les diatribes déformantes de Joseph de Maistre). D’éminents logiciens contemporains, comme André Lalande (cf. lect.) ont meilleure opinion de ce grand précurseur. André Lalande souligne ce qu’il y a de « moderne » dans les conceptions du célèbre Anglais, nullement « empiriste » en dépit d’une opinion trop répandue, puisqu’il donne au contraire à l’esprit, à la raison, un rôle central dans ses méthodes. Résumons, en peu de lignes, en quoi consistent les démarches successives de l’investigation baconienne. Il sera facile de discerner, au passage, ce qui n’est plus actuel. Non pas que ce soit à présent jugé inexact, mais parce que c’est une étape dépassée.

 

1° dresser un inventaire, le plus complet possible, des faits à étudier en les classant par groupes de sciences ou de parties des sciences.

 

2° instituer une série d’observations et expériences, en trois tables ou tableaux (dont nous avons exposé le principe. Cf. chap. V., § Ill) de manière à faire ressortir les conditions de production des phénomènes.

 

3° en lâchant la bride à l’esprit (intellectussibi permissus), supposer, imaginer ce que les faits, à eux seuls, ne nous révéleraient pas.

 

4° rectifier, mettre en ordre, organiser de façon cohérente les résultats obtenus.

 

Il ne manque même pas, nous le savons, l’emploi des mathématiques, sous réserve que celles-ci ne peuvent intervenir qu’à un certain degré de maturité de la Physique. Bacon a l’idée très nette de l’importance de la mesure dans la science, et souhaite décomposer (idée reprise par Descartes), les mouvements complexes en mouvements simples

 

Si nous avons tenu à replacer ici, dans ses grandes lignes, la méthode baconienne, nous renvoyons, pour le détail, à ce qui a été vu antérieurement, y compris les règles de l’expérimentation.

 

La méthode de  preuve  de John Stuart Mill et sa discussion.

 

John Stuart Mill (18o6-1873) a repris somme toute, les tables de Bacon. Mais au lieu d’un système de recherche, d' « enquête », il a voulu en faire un système de « preuve », extrêmement discutable, et qui n’est plus guère retenu aujourd’hui. Si nous en parlons, c’est avec le seul dessein de renseigner l’étudiant et de prévoir une question qui pourrait lui être posée.

 

Trois règles, ou canons, plus une quatrième, fort différente des trois autres, et dont il sera fait mention plus loin.

 

io Règle de concordance (cf. Bacon, table de présence) : Si A a pour antécédents tantôt K, M, N, tantôt K, P, R, tantôt K, S, T... c’est donc qui sera l’antécédent constant ou la cause de A.

« Mt THODE EXPtRIMENTALE. -L'OBSERVATION 89 idée » est l'équivalent d'une expérience. Lorsque l'astronome attend le passage d'une planète en un point du ciel déterminé par le calcul, on ne chicanera pas pour décider s'il observe ou s'il expérimente. Cela importe peu. Et, de nos jours, les deux mots sont employés à peq. près indifféremme nt. C'est donc par pure commodité que nous traiterons séparément les deux questions. II. -L'OB SERVAT ION. Disti nguons l'observation simple et l'observation «armée •, c'est-à­ dire celle qui suppose l'emploi d'appareils ou d'inst ruments. Les instruments d'observation, remarquait le physicien Ernst Mach, peuvent être considérés comme des « prolongements artificiels de nos sens ». En outre, certains phénomènes qui ne seraient perceptibles par aucun de. nos sens nous sont connus indirectement (ex. élec­ troscope, etc.). Beaucoup d'instruments ont été créés et leur précision tient à présent du prodige. Des appareils enregistreurs fournissent des graphiques (amplifiés si besoin est). Tous ces appareils ou instru­ ments ne sont pas seÙlement des chefs-d'œuvre de technique, Ils représentent, pour la plupart, du savoir préalable, accumulé. D'autre part, la photographie rend d'immenses services, ainsi que le cinématogra phe, celui-ci permettant par exemple (comme le fit Marey pour la première fois) de tourner au ralenti des mouvements qui, dans la nature, sont trop rapides pour être discernés ; ou, au contraire, d'accélérer des modifications lentes (développement d'un embryon, germination, croissance d'un végétal, etc.) ... Les qualités d'une bonne observation sont : d' être complè te, c'est-à­ dire de ne laisser échapper aucun détail qui pourrait être important, malgré son insignifiance apparente. On rappel le, à ce propos, comment , avant les travaux de Pasteur, on avait bien aperçu dans le sang char­ bonneux de minuscules « Bâtonnets », mais sans y arrê ter l'attention. Or, c'était là, précisément, l'essentiel ! Évidemment, il n'y a pas de « recette » pour permettre de deviner ce qu'il faut ou non retenir. C'est affaire de saga cité, de «flair •, de ce que l'on appelle parfois le génie ... De toutes manières, nous voyons clairement que l'observation ne saurait être passive. Il faut, disait Fr. Houssay, avoir une idée avant (quand c'est possible), pendant et après. Car il arrive souvent que l'on ne remarque pas ce qui ne se rattache à aucune idée. L'observation doit, en outre, être impartiale, menée avec une parfaite objectivité, sans préjugés, sans entêtement doctrinal. Plus les faits sont complex es, (pensons dès à présent aux sciences de l'Ho mme , puisque ces règles sont d'ordre général), plus il est néces­ saire de veiller à n'être point « sys tématique » et de ne point retenir seulement ce qui agrée ... »

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