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La littérature et les autres arts ont toujours traité avec une particulière faveur le thème du monstre : être fabuleux, créature de cauchemar, personnage infernal, homme ou femme au comportement insolite et terrifiant. Sans dresser un répertoire de ces créations, et donc en évitant toute énumération fastidieuse, vous essaierez d'expliquer, à partir d'exemples précis que vous analyserez soigneusement, l'espèce de fascination qu'exerce ce thème sur la personnalité du lecteur ou du spectateur, et même, si cet aspect vous intéresse, sur l'imagination du créateur.

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Quelques remarques tout d'abord sur le libellé du sujet. — « Sans dresser un répertoire de ces créations, et donc en évitant toute énumération fastidieuse... « Celui qui propose ce sujet a l'habitude des corrections. Il sait à l'avance les travers dans lesquels vont donner les candidats et il s'efforce de les mettre sur la bonne voie. Il faut, en effet, appliquer un principe de base qui est le suivant. Il importe de ne pas accabler le correcteur par une multitude d'exemples ne donnant jamais lieu à une véritable analyse. En ce domaine, abondance de biens nuit. Il est donc préférable de s'en tenir à quelques exemples bien choisis et que l'on prendra le soin d'examiner. — « ... sur la personnalité du lecteur ou du spectateur, et même [..] sur l'imagination du créateur. « Toujours bienveillant, celui qui propose le sujet montre, comme nous l'avons fait nous-même plus haut, le double aspect de tous ces problèmes de la création. Ils peuvent être envisagés du point de vue du créateur ou de celui du « consommateur « (lecteur, spectateur, auditeur, etc.). Sans nier la persistance des « monstres «, il sera possible de noter une tendance grandissante de la littérature à peindre des gens ordinaires, et même des antihéros. La fascination qu'exercent sur nous les monstres peut s'expliquer de différentes manières. Il serait possible de travailler sur le fait que, en dépit de leur caractère invraisemblable très affirmé, nous sentons bien qu'ils expriment une certaine vérité. Soit une vérité sur nous-même (le gorille lubrique qui sommeille en chacun de nous), soit sur l'évolution de l'humanité. Sur ce dernier point, il aurait été possible de réfléchir sur le cas de Frankenstein, personnage apparu pour la première fois dans le roman de Mary Shelley, Frankenstein ou Le Prométhée moderne (1817). Rappelons tout d'abord que Frankenstein était, dans ce roman, le nom du savant qui avait créé le monstre, mais, bizarrement, ce nom, par la suite, a toujours servi à désigner le monstre lui-même. Si Frankenstein a tellement fasciné les hommes, c'est sans doute parce qu'il incarne leurs craintes d'être dépassés par les découvertes de la science, craintes plus fondées aujourd'hui que jamais. Ce personnage est devenu un véritable mythe, mais le sous-titre du livre (Le Prométhée moderne) nous montre qu'il se situait déjà dans le prolongement d'un mythe du même genre (celui de Prométhée voleur de feu).

 

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