Devoir de Philosophie

« LA DÉMOCRATIE EN AMÉRIQUE » D'ALEXIS DE TOCQUEVILLE

Publié le 07/09/2018

Extrait du document

tocqueville
De quelque cOté que nous jetions nos regards, nous· apercevons la même Révolution qui se continue dans tout l'univers chrétien. - Partout on a vu les divers incidents de la vie des peuples tourner au profit de la démocratie ; tous les bommes l'ont aidée de leurs efforts : ceux qui avaient en vue de concourir à ses succès, et ceux qui ne songeaient point à la servir, ceux qui ont combattu pour elle et ceux mêmes qui se sont déclarés ses ennemis ; tous ont été poussés pêle-mêle dans la même voie, et tous ont travaillé en commun, les uns malgré eux, les autres à leur insu, aveugles instruments dans les mains de Dieu. - Le développement graduel de l'égalité des condi­tions est donc un fait providentiel, il en a les principaux caractères ; il est universel, il est durable, il échappe chaque jour à la puisnce humaine ; tous les événements comme tous les hommes servent à son développement. Serait-il sage de croire qu'un mouvement social qui vient de si loin pourra être suspendu par les efforts d'une génération '1 Pense-t-on qu'après avoir détruit la féodalité et vaincu les rois la démocratie reculera devant les bourgeois et les riches '1 S'arrêtera-t-elle maintenant qu'elle est devenue si forte et ses adversaires si faibles 't
La vue de cette irrésistible révolution, dont son voyage aux :Btata-Unis a hâté chez Tocqueville la prise de conscience, lui inspire, il l'avoue, une sorte de terreur religieuse qui domine tout son livre. Dieu lui-même lui parait être en cause ; Dieu lui-même a dQ vouloir cette mar-che impressionnante à l'égalité des conditioru~ ; prétendre arrêter la démocratie, ne serait-ce pas lutter contre Dieu même, en s'accro­chant follement à un passé révolu que rejette Dieu lui-même ? La volonté de Dieu n'est-elle pas qu'au contraire les peuples chrétiens s'efforcent de diriger, pendant qu'il en est encore temps, le mouvement inéluctable qui les emporte : • Leur sort est entre leurs mains, bientôt il leur échappe. •
Mais qui donc y songe ? Quelles classes dirigeantes, qui ne dirigent rien ? Qui donc voit, en tirant les conséquences, qu'à un monde tout nouveau, il faut • une science politique nouvelle • '!
 
La société ariliocratique d'hier est morte. Elle était fondée sur l'inégalité et la hiérar­chie, mais elle opposait au pouvoir absolu d'un seul, à la tyrannie d'un prince, d'insur­montables barrières. Elle réservait à quelques-uns biens, force, loisirs, joies du luxe, plaisirs de l'esprit et raffinement des arts, ne laissant en partage à la foule des autres que « le travail, la grossièreté et l'ignorance ». Mais elle n'était pas sans donner aux hommes certains genres de bonheur et de grandeur. Les nobles prenaient au ilort du peuple « cette espèce d'intérêt bienveillant et tranquille, que le pasteur accorde à son troupeau ». L'obéissance du peuple ne le dégradait pas, parce qu'elle s'adressait à des pouvoirs qu'il jugeait légitimes ; son infériorité lui apparaissait naturelle :
Quand Tocqueville, au prix d'une dépense d'énergie physique et intellectuelle qui surprenait chez un être aussi frêle, eut accumulé observations et idées sur le Nouveau Monde, il se demanda comment les mettre en œuvre. C'eût été présomption que de prétendre donner, après moins d'un an de séjour, u·n tableau complet de l'Amérique. Le jeune homme comprit qu'il fallait, << en choisissant les matières •, ne présenter que des sujets ayant avec l'état social et politique de la France des rapports plus ou moins di_rects. Ainsi tous les développements seraient bienvenus, qui jetteraient quelque lumière sur ces problèmes français de liberté et d'égalité qu'un seul mot recouvrait: Démocratie (l'un des maîtres mots du siècle, en attendant le mot Socialisme et le mot Nationalisme). Le titre de l'ouvrage à publier ne serait donc pas « L'Amé­rique », mais : « La Démocratie 1/2n Amérique ». Bien intéressants, parfois captivants, seraient pour le public français les profonds aperçus de l'auteur sur la grande Répu­blique fédérale : jamais encore une réalité démocratique :moderne n'avait été présentée à ce public dans un esprit impartial, hors de toute polémique partisane. Il n'en est pas moins vrai que, pour une large part, l'Amérique ne serait qu'un prétexte, qu'un << cadre •, et que la Démocratie tout court serait le vrai sujet.
 
Les deux années, 1832-1834, pendant lesquelles Tocqueville composa les deux premiers volumes qui forment la première partie de l'ouvrage, furent probablement les deux plus heureuses de sa vie. Il pouvait se donner tout entier à cette œuvre qui le passionnait, car il avait démissionné de la magistrature peu après son retour d' Amé­rique, pour protester contre la révocation de son ami Beaumont. Tout le jour, il se cloîtrait pour-composer. Son esprit s'épanouissait dans le travail exaltant de la création, plus exaltant encore quand il s'agit du premier livre, celui qui permet tous les espoirs, toutes les illusions. Devinaitril, ce lecteur assidu et aigu de Montesquieu, pénétré des tours die pensée et de quelques-uns des tours de style (les plus discrets) de L'Esprit des lois, devinaitril le mot admiratif que La Démocratie arracherait au prince­patriarche des doctrinaires, le vieux Royer-Collard : « depuis Montesquieu, il n'a rien paru de pareil »? Pressentait-il que désormais nul ne saurait sans présomption lui disputer le plus beau des titres, qui n'était pas échu, en dépit de tant de dons, à Benjamin Constant, le grand docteur du libéralisme jusqu'en 1830 : celui de Montes­quieu du XIxe siècle ?

tocqueville

« SUIT ES DE LA.

RÉVOL UTION Il songea à ces jeunes États-Unis, à cette société politique toute neuve, qui parais­ sait avoir résolu avec succès les problèmes de liberté et d'égalité, au milieu desquels la France depuis 1789 ne cessait de se débattre.

Il s'ouvrit à son ami Beaumont d'un p ro jet de voyage.

Mais comment obtenir un congé ? La réforme des prisons était alors à l'ordre du jour en France :. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles