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Article de presse: Andreï Sakharov, le héraut des droits de l'homme

Publié le 17/01/2022

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9 janvier 1980 - Rien ne prédisposait Andreï Dmitrievitch Sakharov à devenir à la fois le héraut et le rempart du mouvement pour les droits de l'homme en URSS, sauf ses qualités personnelles, sa bonté et son honnêteté. Il est né le 21 mai 1921 à Moscou, dans une famille bourgeoise. Son père était aussi professeur de physique et son oncle est le grand généticien Nicolas Vavilov, qui mourra dans un camp, sous le règne de Staline. Après des études à l'université de Moscou, il est envoyé, en 1942, comme ingénieur dans une usine d'armement, où il se distingue par plusieurs inventions. Après la guerre, il fait sa thèse de doctorat sous la direction de Igor Tamm, spécialiste de physique quantique, qui recevra, en 1958, le prix Nobel. En 1948, il est versé dans une équipe travaillant sur la bombe atomique. Il affirme avoir été dans ce groupe l'auteur de " plusieurs idées clés ", mais il refuse le titre de " père de la bombe H soviétique ". A partir de 1950, il mène avec Tamm des travaux sur l'application industrielle de l'énergie atomique, mais il reste dépendant du groupe de recherche militaire qui, jusqu'en 1953, est placé sous la tutelle de Beria. Andreï Sakharov n'a jamais été membre du parti. La fréquentation des fonctionnaires cyniques du complexe militaro-industriel, la mort de Staline, puis le XXe congrès, l'amènent à se poser des questions. Entre-temps, cependant, il est élu, en 1953, membre à part entière de l'Académie des sciences sans avoir jamais été correspondant. A trente-deux ans, il est le plus jeune académicien. Jusqu'à son envoi en relégation, il en avait gardé certains privilèges (salaire, datcha, voiture noire avec chauffeur quelques heures par jour) qui donnaient parfois l'impression qu'il était intouchable. Ses premiers désaccords publics avec les autorités portent sur les expériences atomiques, dont il demande, dès 1958, l'arrêt à Khrouchtchev. Il recommence la même démarche trois ans plus tard, quand le premier secrétaire veut lancer toute une série d'essais pour impressionner les Américains, en pleine crise de Berlin. " Reprendre les essais après trois ans d'interruption pourrait faire échouer les discussions sur l'arrêt des expériences et le désarmement ", écrit-il. Au cours d'un dîner, il passe son texte à Khrouchtchev, qui répond qu'il est un bon scientifique mais qu'il n'a pas à s'occuper de politique étrangère. Ses idées seront pourtant reprises dans le traité de Moscou de 1963. Au début des années 60, il défend les thèses génétiques classiques de Mendel contre les élucubrations de Lyssenko. C'est alors qu'il se lie avec les frères Medvedev (Jaurès, le biologiste, est en exil à Londres, tandis que Roy, l'historien, vit toujours à Moscou), puis il commence modestement son activité en faveur de ce qu'on n'appelle pas encore le mouvement pour les droits de l'homme. En 1966, avec d'autres personnalités scientifiques, il écrit à M. Leonid Brejnev, à la veille du XXIIIe congrès, pour mettre en garde contre une réhabilitation de Staline. Il proteste contre les condamnations de Siniavski, de Daniel, de Guinzbourg, de Galanskov. En 1967, il fait préparer son premier samizdat par les secrétaires de son institut qui, évidemment, le dénoncent à la police. Malgré les pressions des autorités, il fait circuler son rapport, publié sous le titre : " Réflexions sur le progrès, la coexistence pacifique et la liberté intellectuelle. " L'intervention soviétique en Tchécoslovaquie lui montre que tout espoir de libéralisation interne du système est vain. En 1970, il fonde avec d'autres physiciens le premier comité pour la défense des droits de l'homme. Depuis, il est resté la figure de proue du mouvement, prenant fait et cause pour tous les détenus et persécutés, quelles que soient leurs orientations idéologiques ou politiques. En 1973, il appelle le Congrès américain à voter l'amendement Jackson, qui lie notamment le développement du commerce entre l'Union soviétique et les Etats-Unis au droit à l'émigration pour les juifs soviétiques. Quand il reçoit, en 1975, le prix Nobel de la paix, la propagande officielle se déchaîne contre lui. Les autorités lui refusent le droit de se rendre en Norvège et c'est sa femme, Helena Bonner, qui joue également un rôle actif dans le mouvement, qui lit son discours de remerciements. Dès lors, Sakharov consacre sa vie à la défense des droits civiques, malgré les tentatives d'intimidation, les menaces, les perquisitions, les interpellations par la police, et les amendes. DANIEL VERNET Le Monde du 24 janvier 1980

« Sakharov (Andrei) 1 Andrei Sakharov, l'un des plus brillants physiclens de ('URSS, passe pour etre le pbre de Ia bombe H sovietique.

IIjouit a ce titre d'une autorite particuliere aupres non seulement de ses collegues mais de toute l'intelligentsia de savants et de hautstechniciens qui constitue ('elite de Ia soclete sovietique.

Menage par le pouvoir qui nose pas l'attaquer de front, Andrei Sakharov mullions les prises de position Ilbera les.

Son manifeste La liberte intellectuelle en URSS et Ia coexistence ainsi que sa participation a Ia creation d'un Comite de defense des drafts de I'homme en URSS ont fait de lui l'un des dissidents les plus remarques.

Le Prix Nobel de la pals, qui lui a ete decerne en 1975, rend hommage cette activite.

Pour le Kremlin, c'est un geste politique qui nuit I Ia detente. 2 Andrei Dimitrievitch Sakharov,neaMoscou le 21 mai 1921, fait preuve tree jeune de qualites exception- nelles.

IIest meme si brillantgull est dispense du service militaire alors que ('invasion allemande deferle sur le pays.

II ne quitte l'Univereite en 1942 que pour se joindre a I'equipe d'Igor EvgenlevItth Tamm a l'institut de physique Lebedev de l'Academie des sciences.

C'est la qu'il se trouve le 6 twat 1945 quand Ia bombe ato- mique explose sur Hiroshima, &tenement qui vs deter- miner ('orientation de ses travaux. 3 IIs'agit en effet pour ('URSS de rattraper les Etats- Unis dans ce demaine.

Sous Is directien de Tamm, lui- meme specialidte de Ia mecanique quantrque et non de la fission nucleaire, Sakharov va travailler non pas a la bombe A, mais a Ia future bombe H.

Grace a lui et a ses colleagues, Ia premiere bombe I hydrogene sovietique sera mise au point, le 12 mat 1952, avant celle des Etats-Unis.

On connait peu alors les travaux de Sakharov qui, touchant aux interets militaires du pays, ne sont pas publies, eauf une partie de sa these sur les rayons Sakharov (Andréi) 1 Andréi Sakharov, l'un des plus brillants physiciens de l'URSS, passe pour être le père de la bombe H soviétique. Il jouit à ce titre d'une autorité particulière auprès non seulement de ses collègues mais de toute l'intelligentsia de savants et de hauts techniciens qui constitue l'élite de la société soviétique.

Ménagé par le pouvoir qui n'ose pas l'attaquer de front, Andréi Sakharov multiplie les prises de position libérales. Son manifeste « La liberté intellectuelle en URSS et la coexistence » ainsi que sa participation à la création d'un Comité de défense des droits de l'homme en URSS ont fait de lui l'un des dissidents les plus remarqués. Le Prix Nobel de la paix, qui lui a été décerné en 1975, rend hommage à cette activité. Pour le Kremlin, c'est un geste politique qui nuit à la détente.

2 Andréi Dimitrievitch Sakharov, né à Moscou le 21 mai 1921, fait preuve très jeune de qualités exception­ nelles. Il est même si brillant qu'il est dispensé du service militaire alors que l'invasion allemande déferle sur le pays. Il ne quitté l'Université en 1942 que pour se joindre à l'équipe d'Igor Evgenlevltch Tamm à l'institut de physique Lebedev de l'Académie des sciences. C'est là qu'il se trouve le 6 août 1945 quand la bombe ato­ mique explose sur Hiroshima, événement qui va déter­ miner l'orientation de ses travaux.

3 II s'agit en effet pour l'URSS de rattraper les États- Unis dans ce domaine. Sous la direction de Tamm, lui- même spécialiste de la mécanique quantique et non de la fission nucléaire, Sakharov va travailler non pas à la bombe A, mais à la future bombe H. Grâce à lui et à ses collègues, la première bombe à hydrogène soviétique sera mise au point, le 12 août 1952, avant celle des États-Unis. On connaît peu alors les travaux de Sakharov qui, touchant aux intérêts militaires du pays, ne sont pas publiés, sauf une partie de sa thèse sur les rayons. »

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