Devoir de Philosophie

Le Roi se meurt: Tu vas mourir à la fin du spectacle. Eugène Ionesco

Publié le 19/03/2020

Extrait du document

ionesco

«le roi. — Qui peut vous donner la permission de toucher au Roi, à part le Roi ?

marguerite. — La force nous le donne, la force des choses, le suprême Décret, les consignes.

LE GARDE, pendant que Juliette se met à pousser le Roi dans son fauteuil à roulettes et le promène autour du plateau. — Majesté, mon Commandant, c’est lui qui avait inventé la poudre. II a volé le feu aux Dieux puis il a mis le feu aux poudres. Tout a failli sauter...»

«Je ne suis donc vraiment pas un amateur de théâtre, encore moins un homme de théâtre. Je détestais vraiment le théâtre. Il m’ennuyait. Et pourtant, non. Je me souviens encore que, dans mon enfance, ma mère ne pouvait m’arracher au guignol du jardin du Luxembourg. J’étais là, je pouvais rester là, envoûté, des journées entières. Je ne riais pas pourtant. Le spectacle du guignol me tenait là, comme stupéfait, par la vision de ces poupées qui parlaient, qui bougeaient, se matraquaient. C’était le spectacle même du monde, qui, insolite, invraisemblable, mais plus vrai que le vrai, se présentait à moi sous une forme infiniment simplifiée et caricaturale, comme pour souligner la grotesque et brutale vérité. »

(Notes et Contre-notes, « Expérience du théâtre »)

 

«marie. — «Il dit que ça va bien, vous voyez, vous voyez.

LE ROI. — Ça va même très bien. marguerite. — Tu vas mourir dans une heure et demie, tu vas mourir à la fin du spectacle. le roi. — Que dites-vous ma chère? Ce n’est pas drôle. Marguerite. — Tu vas mourir à la fin du spectacle. le MEDECIN. — Oui, Sire, vous allez mourir. Vous n’aurez pas votre petit déjeuner demain matin. Pas de dîner ce soir non plus. Le cuisinier a éteint le gaz. Il rend son tablier. Il range pour l’éternité les nappes et les serviettes dans le placard.

marie. — Ne dites pas si vite, ne dites pas si fort.

le roi. — Qui donc a pu donner des ordres pareils sans mon consentement? Je me porte bien. Vous vous moquez. Mensonges. (A Marguerite.) Tu as toujours voulu ma mort. (A Marie.) Elle a toujours voulu ma mort. (A Marguerite.) Je mourrai quand je voudrai, je suis le Roi, c’est moi qui décide. »

« marguerite. — Dans une heure vingt-quatre minutes quarante et une secondes. (Au Roi.) Prépare-toi. marie. — Ne cède pas.

marguerite à Marie. — N’essaye plus de le distraire. Ne lui tends pas les bras. Il est déjà sur la pente. Tu ne peux plus le retenir. Le programme sera exécuté point par point.

le garde, annonçant. — La cérémonie commence ! Mouvement général. Mise en place de cérémonie. Le Roi est sur le trône, Marie à ses côtés... »

ionesco

« 236 / MORT (et spectacle) • 31 LE ROI.

- Que dites-vous ma chère? Ce n'est pas drôle.

MARGUERITE.

- Tu vas mourir à la fin du spectacle.

LE MEDECIN.

- Oui, Sire, vous allez mourir.

Vous n'aurez pas votre petit déjeuner demain matin.

Pas de dîner ce soir non plus.

Le cuisinier a éteint le gaz.

Il rend son tablier.

Il range pour l'éternité les nappes et les serviettes dans le placard.

MARIE.

- Ne dites pas si vite, ne dites pas si fort.

LE ROI.

- Qui donc a pu donner des ordres pareils sans mon consentement? Je me porte bien.

Vous vous mo­ quez.

Mensonges.

(A Marguerite.) Tu as toujours voulu ma mort.

(A Marie.) Elle a toujours voulu ma mort.

(A Marguerite.) Je mourrai quand je voudrai, je suis le Roi, c'est moi qui décide.» ► Toute représentation, au théâtre, confronte le specta­ teur à deux ordres de réalités qu'il faut distinguer.

D'une part, le dramaturge invente une réalité à laquelle le spec­ tateur doit adhérer, grâce à la présence des acteurs: l'effet d'illusion érige le personnage théâtral en une personne vivante.

D'autre part, la représentation théâtrale ne cesse pas pour autant de se produire sur une scène et pour la durée du spectacle, si bien que les spectateurs réunis dans la salle, et les acteurs, qui incarnent des personnages de fiction, peuvent établir une communication qui fasse bon marché des conventions : à tout moment, les acteurs­ personnages sont susceptibles de se présenter comme tels aux spectateurs.

C'est précisément ce qui survient dans la phrase mentionnée plus haut : « Tu vas mourir à la fin du spectacle.

» Bien que le théâtre occidental, jusqu'au xx:e siècle, se soit inspiré des théories d'Aristote (philosophe grec du IVe siè­ cle avant le Christ) pour faire prévaloir l'illusion théâtrale, en recourant, notamment, aux conventions illustrées par la règle des trois unités (au XVIie siècle), la communica­ tion, au théâtre, n'a jamais tout à fait exclu une relation directe entre spectateurs et acteurs-personnages.

Dans le théâtre classique, par exemple, on ne manque pas, le cas échéant, de prendre à partie le spectateur pour rïnformer sur les motivations d'un personnage : le confident rensei-. »

↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓

Liens utiles