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« Le théâtre est un champ de forces, très petit, mais où se joue toujours toute l'histoire de la société, et qui, malgré son exiguïté, sert de modèle à la vie des gens ». A l'aide d'exemples précis, vous analyserez, commenterez et discuterez éventuellement ce jugement du metteur en scène contemporain Antoine VITEZ.

Publié le 30/03/2011

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histoire

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histoire

« explicitement la critique.

Il est indéniable que les comédies de Molière raillent la noblesse : sa fatuité et son inutilitédans Le Bourgeois Gentilhomme, son hypocrisie dans Dom Juan.

Les problèmes de Molière avec la censuredémontrent que la critique portait.

De même le fameux monologue de Figaro dans Le Mariage de Figaro sonneaudacieusement à quelques années de la révolution et ne saurait se confondre avec le discours plein de sagesse dupère de Dom Juan sur la véritable noblesse morale.

« L'histoire de la société » apparait dans le premier.

Comparons :« Parce que vous êtes grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! [...] Vous vous êtes donné la peine denaître, et rien de plus » {Le Mariage de Figaro y, 3) et « Apprenez [...] que je ferais plus d'état du fils d'uncrocheteur qui serait honnête homme, que du fils d'un monarque qui vivrait comme vous.

» (Dom Juan, IV, 4). L'auteur peut également s'éloigner dans le temps, mais choisir une situation intemporelle susceptible de toutes lesréactualisations possibles.

Ainsi est-ce le cas des récits et des personnages qui prennent valeur de mythe. Antigone incarne la Résistance à la loi politique, dans la Grèce Antique de Sophocle, l'Allemagne nazie de BertoltBrecht et l'époque contemporaine d'Anouilh.

Les mises en scène insistent sur cette intemporalité ; on joue parexemple l'Antigone d'Anouilh en robe du soir pour les femmes, en imperméables pour les gardes et en smoking pourles autres...

Selon l'époque de la représentation, la pièce se colore politiquement : Britannicus évoque la montée aupouvoir d'un tyran quel qu'il soit.

Les mises en scène, les réactions du public et éventuellement les décisions de lacensure démontrent la représentativité et l'impact politiques d'une pièce. L'utopie en choisissant d'autres époques et d'autres lieux s'appauvrit de la ressemblance mais sa charge critiquen'en n'est pas diminuée pour autant.

Les pièces utopiques de Marivaux telles La Colonie ou L'Ile de la Raison jouentavec la hiérarchie sociale, proposent d'autres modèles sociaux.

Marivaux n'est pas un révolutionnaire, mais il jongleaussi avec les idées qui parcourent son siècle. Les pièces de théâtre ne plongent pas de la même façon dans la réalité.

Aussi est-ce une erreur d'affirmer, croyons-nous, que « toute l'histoire de la société » s'y joue et qu'elles servent « de modèle à la vie des gens ».L'interprétation historique ou marxisante n'est pas toujours pertinente, de même que la notion de « modèle ». La peinture de la réalité peut autoriser une critique politique, voire marxiste qui autorise le conflit en terme de luttede classes. L'interprétation historique d'une pièce telle Rhinocéros de Ionesco est indéniable.

Soulignons néanmoins que l'auteurlui-même entend dénoncer tous les totalitarismes passés et à venir.

Le critique P.

Bénichou mène une analysemarxiste des auteurs classiques dans son ouvrage intitulé Morales du grand siècle.

Il analyse ainsi le héros cornélienà la lueur de la féodalité, de la Fronde et de la naissance d'un pouvoir absolu.

Pourtant si l'analyse est éclairantepour certaines œuvres, combien échappent à cette grille ! Quelle politique, quelle histoire sociale pour des pièces psychologiques, philosophique ou de pure fantaisie ?Beaucoup de pièces de théâtre ne reflètent pas la réalité dans le but politique précis.

Ionesco évoque la conditionhumaine intemporelle dans Le Roi se meurt : l'angoisse de Bérenger est de tous les temps hors de tout contextepolitique, personne n'attend du spectateur une prise de position particulière...

Moins métaphysiques, pluspsychologiques, les comédies de Musset par exemple développent le thème du Mal du Siècle, du dualisme de l'âme.Ce conflit intérieur, qui est à l'origine celui de l'auteur, à part dans Lorenzaccio qui s'affirme comme dramehistorique, ne revendique pas une historicité particulière.

Le théâtre peut même fuir la réalité, soit par une critiquedu langage comme dans La Cantatrice Chauve, soit par pur divertissement avec le théâtre de boulevard.

La critiquehistorique ou marxisante ne s'applique donc pas fructueusement à un grand nombre de pièces.

Aussi peut-on seméfier ou du moins trouver discutable une grand nombre de mises en scène qui soulignent ou inventent des rapportsde classes, des allusions politiques passées ou présentes.

Britannicus gagne-t-il vraiment à être représenté encostumes 1930 comme l'ascension du National Socialisme et pourquoi prêter au roi dans Horace les traits deRichelieu ? Le metteur en scène propose des interprétations historiques que l'auteur n'a pas toujours rendues explicites.

Desurcroît, la notion de modèle politique que revendique Vitez n'est pas partagée par tous.

Elle est même récente etlimitée.

En effet, les théories de certains dramaturges visent à empêcher une prise de position effective du public età lui proposer dans la pièce un contre-modèle, ce qui s'oppose à la thèse de Vitez.

La « catharsis » prônée parAristote ou « purgation des passions » prétend délivrer le spectateur de ses sentiments violents en les lui montrantà l'œuvre sur scène et donc en les lui ôtant dans le vie réelle.

De même, la célèbre formule « castigat ridendo mores» (corriger les mœurs par le rire) que l'on applique aux comédies de Molière institue une ligne de partage entre lasalle et la scène.

L'éveil politique, la mobilisation du public sont le fait d'un petit nombre d'auteurs.

Brecht est deceux-là.

Ses pièces s'enracinent dans un contexte politique précis, celui de la montée du nazisme contre lequel illutta particulièrement en tant qu'opposant communiste.

Les titres en témoignent, comme La Résistible Ascensiond'Arturo Vi (il s'agit d'Hitler) ou Grandeur et Misère du Troisième Reich.

Cette œuvre engagée se double d'uneesthétique particulière, communément résumée sous le terme de « distanciation ».

Brecht, à l'inverse de la traditionthéâtrale, veut rompre l'illusion du théâtre, souligner la rupture entre la salle et la scène.

Ainsi le spectateur ne peutpas être magiquement envoûté par le spectacle et resté passif.

Confronté à l'histoire, il est obligé de prendre part àun spectacle qui s'affiche comme tel avec son alternance de paroles et de chansons et ses panneaux quidescendent des cintres.

Le public doit avoir une attitude critique devant la part de réalité qui lui est dévoilée : c'estce qu'explique Bertolt Brecht dans son court ouvrage didactique Petit Organon pour le théâtre.

On ne peut doncaffirmer sans nuancer et sans prendre en compte les options esthétiques des auteurs que toute pièce est une leçon. »

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